DE LA LIBERTÉ DANS SES RAPPORTS AVEC L'ÉTENDUE DES ÉTATS
Un axiome politique emprunté à Montesquieu était généralement admis : Le gouvernement républicain ne convient qu'à un petit État; dans un grand pays s'établira le gouvernement monarchique, parce que, seul, il a assez de force concentrée pour tenir réunies des régions qui ont des intérêts distincts et pour faire respecter l'autorité centrale.
On aurait pu contester cette affirmation, en citant la République romaine et la République de Carthage, qui embrassaient de vastes territoires; mais la part de vérité que contenait la sentence de Montesquieu a même disparu, grâce à deux progrès accomplis depuis un siècle, l'un technique, l'établissement des chemins de fer et des télégraphes, l'autre politique, La fédération, avec un pouvoir central fort et armé des moyens de se faire obéir.
Aujourd'hui, grâce aux facilités des communications, les relations de tout genre sont plus fréquentes, plus intimes, et le gouvernement peut recevoir des informations, transmettre ses ordres et faire respecter son autorité plus rapidement et plus sûrement dans tout un continent, l'Amérique du Nord, par exemple, que jadis dans une province.
Le régime fédératif, tel que l'ont constitué les Américains de la Nouvelle-Angleterre, en 1787, permet à chaque partie de l'Union de se gouverner conformément à ses intérêts, tout en donnant aux autorités fédérales La force nécessaire pour assurer le maintien et la défense de l'Union. (V. Liv. II, cliap. vi.)
LES LIBERTÉS
Comme l<is États de la Confédération conservent une liberté d'administration intérieure presque aussi complète que s'ils étaient indépendants, et comme, d'autre part, l'Union fédérale leur donne la force, la consistance et la considération d'un puissant empire, ils ont l'intérêt le plus évident à la maintenir. On ne voit aucun obstacle qui puisse s'opposer à l'union dans un seul État fédéral de toutes les républiques des deux Amériques ou de toutes les parties de l'empire anglais.
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DE LA LIBERTÉ DANS SES RAPPORTS AVEC LA CONFIGURATION ET LA SITUATION DU PAYS
Les pays baignés par la mer et dont les côtes sont coupées de golfes profonds sont favorables, dit-on, au développement de la liberté, tandis que les pays continentaux: y sont rebelles. Voyez, ajoute-t-on, d'un côté, l'Angleterre, de l'autre, la Russie, et dans l'antiquité, d'une part, la Grèce, de l'autre, les empires asiatiques.
La navigation, il est vrai, favorise le commerce ; le commerce apporte la richesse ; la richesse engendre la civilisation et la civilisation fait désirer la liberté.
Toutefois, au Japon, État formé d'îles, le despotisme a régné pendant une longue suite de siècles, et les États-Unis, qui embrassent tout un continent, sont le théâtre où des démocraties libres a tteignent le plus haut degré de prospérité.
Les Germains habitant l'intérieur d'un continent restaient libres, tandis que les peuples du bassin de la Méditerranée tombaient sous le joug d'un mai l ie.
On peut dire qu'une nation habitant une île a plus de chances que les autres de fonder et de conserver la liberté, parce que, la marine lui fournissant ses moyens de défense, elle peut se passer d'une forte armée permanente, instrument dont se servent ordinairement les princes pour établir et maintenir le despotisme.
Les pays de montagnes abritent souvent des autonomies locales, où les hommes jouissent d'une libel le complète, alors qu'autour d'eux tout est asservi : ainsi, les Suisses dans les
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Alpes, les Basques, avec leurs fueros dans les Pyrénées, les Circassiens dans le Caucase, les Slaves dans le Monténégro, les Kabyles dans la région montagneuse de l'Algérie. C'est que le despotisme a plus de peine et surtout moins d'intérêt à y fairepénétrer son autorité.