DE LA LIBERTÉ DANS SES RAPPORTS AVEC LES CLIMATS
Montesquieu, ayant remarqué que le froid contractait un cœur de veau, en conclut que le climat du Nord est favorable à la liberté, parce qu'il durcit les fibres et les muscles, tandis qu'un climat chaud, qui les relâche, favorise la servitude. C'est attribuer trop d'influence à une action toute physique. La Grèce, pays chaud, nous a offert le modèle de la démocratie et de la liberté. Aujourd'hui, sous la même latitude, on trouve la liberté aux États-Unis et au Canada, et la servitude en Russie.
Aux États-Unis, les mêmes institutions démocratiques et libres sont en vigueur aux bords du golfe du Mexique, sous les tropiques et dans la région des grands lacs, aux approches du cercle boréal. En Australie, les habitants du Queensland ne sont pas moins libres que ceux de laTasmanie.
Au début des civilisations, le climat exerce quelque influence. La douceur trop égale de la température peut endormir l'énergie et conduire à l'inertie, tandis que la variété des saisons excite l'attention, aiguise l'intelligence et nécessite la prévoyance. Quand les besoins sont peu nombreux et que la nature offre spontanément de quoi les satisfaire, le travail est presque superflu. Énervé par la mollesse et l'oisiveté, l'homme est plus prêt à se courber sous un maître. Mais à mesure que la civilisation se développe, l'action du climat disparaît : ce sont des causes morales qui décident des destinées des nations.