‹ Le gouvernement dans la démocratieChapitre 65 sur 134 · DE LA LIBERTÉ DANS SES RAPPORTS AVEC LE SOL · texte numérisé non relu

DE LA LIBERTÉ DANS SES RAPPORTS AVEC LE SOL

Généralisant le mot de Montesquieu, on peut dire que les pays sont prospères, non en raison de leur fertilité, mais en raison de leur liberté.

La liberté favorise la production de la richesse et l'accumulation de la richesse fait désirer la liberté, ce qui ne veut pas dire que tous les pays riches ont été libres. L'Assyrie et TÉgypte anciennes étaient à la fois très riches et soumises au despotisme.

Montesquieu dit encore : « Le gouvernement d'un seul se trouve plus souvent dans les pays fertiles, et le gouvernement de plusieurs dans les pays qui ne le sont pas, ce qui est quelquefois un dédommagement. »

Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi, car l'Angleterre et les États-Unis sont en même temps des pays fertiles et des pays libres. Mais voici en quelle mesure la remarque de Montesquieu me paraît fondée.

La fertilité du sol n'ôte aux hommes ni la force, ni le courage, ni l'amour de la liberté; mais elle leur permet d'accumuler plus de richesses; ces richesses sont inégalement réparties; l'inégalité donne aux puissants les moyens d'asservir les faibles; il en résulte des dissensions de classes, et l'ordre étant une nécessité absolue, on le demande au pouvoir absolu.

Plus augmentent les moyens de production, plus s'accroissent les chances d'inégalité. Si donc on veut maintenir la liberté, il faut que les lois mettent, autant que possible, obstacle au progrès de l'inégalité. Ce point est capital.

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