DE L'INFLUENCE DE LA RACE SUR L'EXERCICE DE LA LIBERTÉ
De nos jours, quand il s'agit de ce qui favorise rétablissement de la liberté, on parle beaucoup de la race et très peu de rinfluence des idées, de la religion, des grands hommes, de l'histoire, en un mot.
Si les institutions libres sont solidement établies en Angleterre et en Amérique, c'est que ces pays sont habités par des Anglo-Saxons. Si en Italie, en Espagne et en France, la liberté subit parfois des échecs et des éclipses, c'est parce que ce sont des pays latins. Explication superficielle, démentie par les faits.
Voyez les Hongrois : ils sont de môme race que les Turcs, et cependant aucun peuple n'a été plus attaché à la liberté et n'a su mieux la défendre. L'Espagne a eu des institutions représentatives et libres bien avant l'Angleterre. Anglais et Français sont, au fond, de même race ; leurs origines ethniques, — en partie celtiques, en partie germaniques — sont les mêmes.
On ne peut nier que la plupart des peuples ont chacun des traits, des caractères particuliers, physiques et moraux, qui constituent des types connus, mis en relief par la caricature et ta charge1, mais ce caractère national qui se communique de l'un à l'autre et de génération en génération, par l'éduca-
(1) Ainsi l'Anglais, John Bull, l'Américain, le Yankee, la vivacité du Français, le phlegme du Hollandais, la raideur du Prussien, la légèreté du Polonais, slavus saltans, l'esprit chevaleresque du Madgyare. Un
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lion, par les habitudes, vient non du sang, mais des influences historiques; il s'acquiert et peut se perdre.
Les Français en Europe sont devenus un peuple révolutionaaire,par suite des traditions de 1789 et de 1793. Sous l'ancien régime, ils ont été très conservateurs, très dociles, très respectueux de toute autorité, et aujourd'hui au Canada, ils le sont encore !
Les traits distinctifs du Yankee : âpreté au travail, activité dévorante, simplicité d'allures, finesse en affaires, sentiment religieux, dévouement à la chose publique, sont évidemment l'héritage des Pilgrhn-Fathers, des puritains.
Le caractère prussien, — très différent de celui de l'Allemand du Sud, — esprit de discipline, d'ordre et d'économie, obéissance aux supérieurs, pratiques méthodiques, raideur automatique, le Preussenthum et le Kaporalismus, dont Heine se moquait si volontiers, a été formé pas ses rois, par Frédéric II et plus encore par son père.
Pourquoi l'Angleterre a-t-elle joui de la liberté plus tôt et d'une façon plus régulière que la France? Influence de la race? Nullement. C'est parce que les rois de France sont parvenus à supprimer l'assemblée nationale, au lieu que les rois d'Angleterre ont été forcés de s'y soumettre.
Mais, dira-t-on, d'où vient cette différence? Je réponds : de la tradition romaine et de la religion catholique, dominant en France, de la tradition germanique et de la religion protestante dominant en Angleterre, comme j'essaierai de le montrer dans le chapitre consacré à l'histoire des libertés dans ce pays.
A l'origine, nous voyons en Grèce, dans l'Italie primitiveT exactement comme en Germanie, des groupes d'hommes libres, des « nations » formées de l'association des familles en communautés, les yévoi, les gentes, les propinquitates (Tacite), les cognaùones hominum (César), les geschleckten; mais plus tard, la notion de l'État se développe et domine tout, d'abord en Grèce, puis à Rome, sous l'empire. Les républiques
opérateur habile enlève le cerveau à un fonctionnaire prussien : il reste un bureaucrate modèle. Deux Hollandais quittent La Haye pour se rendre à Paris. Le premier dit : Quelles belles vaches dans cette prairie. En arrivant à Paris, le second répond : Oui, elles sont bien belles.