DE L'INFLUENCE DE LÀ RACE
Une autre cause a amené l'échec de la tradition absolutiste de la Rome impériale en Angleterre et son triomphe en France, c'est la Réforme acceptée là, repoussée, exterminée ici. Le christianisme, à l'origine, était une démocratie libre etégalitaire. La Réforme était un retour vers le christianisme primitif. Ceux qui l'embrassaient se trouvaient ainsi préparés à se gouverner eux-mêmes et à vivre libres. Le catholicisme, au contraire, était devenu, surtout à partir du concile de Trente, un régime parfaitement absolu et la première vertu inculquée à ses fidèles était l'obéissance. Les peuples qui lui restaient fidèles étaient donc préparés à servir.
C'est à l'ombre du temple que les peuples réformés achevèrent leur éducation politique ; ils y apprirent à élire leurs pasteurs, à gérer leurs affaires, à délibérer, à discuter, à se faire leur foi et leurs lois. Les peuples catholiques devaient se soumettre à des prêtres choisis par les évêques, que nommait le pape ou le prince, et recevoir tout faits les articles de leur Credo, auquel ils ne pouvaient rien changer. Il leur fallait donc tout croire et obéir en tout, ou tout rejeter à la fois : l'incrédule devenait ainsi un révolté. Ceci explique pourquoi les nations catholiques avancent par voie de révolutions et les peuples protestants par voie de réformes.
Tous les peuples réformés ne jouissent pas du même degré de liberté ; mais tous se sont montrés capables de la pratiquer dès qu'ils l'ont obtenue. En tout pays, même là où ils ont été définitivement écrasés, en Pologne, en Bohème, en Hongrie, (311 France, en Belgique, ils ont réclamé les libertés politiques, et pour elles ils ont combattu et donné leur vie.
Ce qui précède suffit, je crois, pour démontrer que si certains peuples sont arrivés, plutôt que d'autres, à établir <l»'s institutions libres, les vicissitudes de l'histoire et spécialement l'influence des croyances religieuses, en sont la cause, bien plus que la race.