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LA TRANSFORMATION DES GOUVERNEMENTS

Dans ce régime, la royauté reste faible pour deux motifs : d'abord, parce que son pouvoir est limité par la puissance des magnats, lesquels, du moment qu'ils s'unissent, sont plus forts que le souverain ; en second lieu, parce que le mécanisme administratif, très mal construit, ne permet pas aux rois de saisir ses sujets et de leur imposer l'obéissance et le payement de subsides réguliers. La monarchie est ainsi limitée par l'aristocratie. L'exemple le plus typique nous est offert par l'Angleterre.

Un régime aristocratique est chose rare, et ne se rencontre guère que dans les États qui ont acquis force et richesse par le commerce. Carthage et Venise en sont des exemples.

Du moment que la royauté parvient à se procurer un revenu régulier et suffisant pour entretenir une armée permanente, elle ne tarde pas à briser toutes les résistances, à dompter l'aristocratie et à devenir absolue.

Grâce à l'ordre et à la paix intérieure qui régnent alors, l'agriculture, l'industrie, le commerce, produisent davantage. La richesse se répand et bientôt aussi les lumières.. La bourgeoisie se constitue et réclame certains droits politiques; le peuple commence à s'impatienter du joug qui pèse sur lui. A la suite de concessions ou de révolutions, l'exercice de la souveraineté passe aux mains du peuple. C'est le triomphe de la démocratie, comme dans les républiques grecques ou de nos jours.

Mais l'égalité des droits politiques accordée à tous ne suffit pas à la classe qui vit du travail ; elle veut s'en faire un moyen pour arriver à l'égalité des conditions. Comme le dit Rousseau, « cette égalité de droit n'est qu'apparente et illusoire; elle ne sert qu'à maintenir le pauvre dans sa misère et le riche dans son usurpation. Dans le fait, les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n'ont rien; d'où il suit que l'état social n'est avantageux aux hommes qu'autant qu'ils ont tous quelque chose et qu'aucun d'eux n'a rien de trop. » (Contrat social, I, IX.) Aces revendications égalitaires résistent la classe aisée et surtout l'ordre social, qui ne se laisse pas remanier aussi facilement que l'ordre politique. A partir de ce moment, commencent les luttes de classe qui ont toujours abouti au rétablissement du despotisme.

LES GOUVERNEMENTS

Les théories sur la nature de l'Etat et de la souveraineté ont aussi exercé une grande influence sur les changements introduits dans les Tonnes de gouvernement. Sous l'empire romain, la théorie de la puissance absolue du prince est venue consacrer l'absolutisme des empereurs. C'est ce même idéal que les souverains ont tenté de réaliser, avec l'appui des juristes, dès Charlemagne, contrairement aux traditions de liberté populaire et de droit individuel, venant surtout des Germains.

Au xvie siècle, avec le retour du christianisme, renaissent les idées démocratiques d'égalité, de souveraineté du peuple et celle du contrat social ; elles triomphent dans la révolution américaine d'abord, puis dans la révolution française, et elles régnent aujourd'hui partout.

Mais maintenant se répand dans tous. les rangs de la société la conviction que le travailleur n'a pas une juste part des produits du travail et que l'ordre social doit se transformer de façon qu'il l'obtienne. Il en résultera peut-être une nouvelle transformation des institutions qu'il est encore difficile de déterminer.

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