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DES CONDITIONS DE SUCCÈS DÉFINITIF D'UNE RÉVOLUTION

Une révolution peut être légitime, heureuse, glorieuse même, mais c'est toujours une crise redoutable, qui crée des dangers particuliers auxquels il faut pourvoir.

Le premier danger vient des ennemis que rencontre tout régime nouveau; mais il n'existe pas quand la révolution n'a eu pour but que de briser la domination étrangère. La nation est alors presque unanime; elle comprend la nécessité de la discipline; elle prend un caractère militaire; Tordre social n'est point troublé. Telles nous apparaissent la révolution qui a affranchi les Pays-Bas de l'Espagne, celle qui a détaché les États-Unis de l'Angleterre, celle qui a renversé les Stuarts, celle qui a séparé la Belgique de la Hollande, celle qui a constitué [a <irèce indépendante, celle qui a fait le royaume d'Italie.

Il est peu sûr d'imposer, par la force, des conditions à un roi vaincu; mieux vaut changer de dynastie, si on ne préfère adopter la forme républicaine. Les souverains qui ont été absolus ne peuvent se résoudre à obéir à la volonté des représentants du peuple ; cela leur semble odieux et contraire à l'intérêt général. Il est rare qu'ils se croient liés par les serments, qui leur paraissent entachés de violence.

Les exemples abondent, depuis Maximilien d'Autriche et les Stuarts et Louis XVI, jusqu'à notre époque. Comme le dit Sismondi : « Si, dans des révolutions futures, d'autres souverains sont chassés de leur patrie, comme l'a été Charles X, qu'ils n'en accusent que l'exemple funeste et presque univer-

LES GOUVERNEMENTS

sel qui a é Lé donné, depuis le commencement de ce siècle, par 1rs rois qui avaient pris des engagements envers leurs peuples et qui les ont violés. » Mais, si Ton change de dynastie, le nouveau roi aura un rôle difficile à remplir; car il rencontrera pour adversaires les partisans de l'ancien régime et ceux qui voulaient la république. Quelles difficultés n'a pas eues Guillaume 111 à se maintenir sur le trône, dont tout le rendait digne : sa valeur, sa gloire militaire, les services rendus comme restaurateur de la liberté, défenseur de la religion nationale et champion de l'équilibre européen!

Ce qui n'est pas moins nécessaire que la modération de la part du parti radical, c'est, de la part du parti conservateur, le courage nécessaire pour affronter les troubles et la fermentation qui accompagnent tout changement de régime.

Qu'on se le persuade bien : chez une nation longtemps asservie, la liberté ne peut prendre racine qu'après plusieurs années de troubles et de luttes. Ceux qui en ont été privés ne manquent pas d'en faire d'abord mauvais usage. Si la bourgeoisie ne peut supporter cette crise et demande au gouvernement de rétablir le calme, pour rendre aux affaires l'activité habituelle, jamais un régime stable ne pourra s'établir. Bientôt la compression qu'elle a sollicitée, la gênera elle-même, et le bras fort qu'elle a invoqué l'irritera. Ses alarmes oubliées, elle se remettra dans l'opposition, et finira par renverser le pouvoir né de ses terreurs ; puis, l'œuvre de destruction accomplie et le spectre de 93 ou du socialisme se dressant sur les ruines, la panique reprendra, et ce sera à recommencer. Pour échapper à ce cercle vicieux, il faut se ceindre les reins et s'apprêter à tout supporter, sauf les attaques à main armée, dont on serait toujours sûr de venir à bout, car, lorsqu'on accorde liberté à tous, nul n'a plus ni droit ni prétexte à employer la violence.

Les clubs attaqueront la propriété; mais elle n'a rien à craindre dans un pays où les propriétaires sont en majorité; la religion, mais l'histoire montre qu'elle se fortifie et se purifie dans l'épreuve; la famille, mais apparemment on ne défendra à personne de se marier, et quant aux adversaires du mariage, ils n'attendent pas la réforme qu'ils réclament, à en juger d'après le nombre croissant des enfants naturels. Contre les

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