‹ Le gouvernement dans la démocratieChapitre 8 sur 134 · DES DROITS NATURELS · texte numérisé non relu

DES DROITS NATURELS

Cette expression n'a pas de sens. Il n'y a pas certains droits qui sont naturels et d'autres qui ne le sont pas. On ne peut invoquer la nature en fait de droit. La nature est le règne de l'injustice et de l'immoralité.

Dans la nature, le plus fort l'emporte: il dépouille ou dévore le plus faible, et cependant la force ne peut faire le droit. Le fait est très souvent contraire au droit.

La nature est ce qui est. Le droit est ce qui doit être.

Les droits ne sont pas naturels, c'est-à-dire conformes à la nature, mais rationnels, c'est-à-dire conformes à l'ordre légitime que la raison découvre et dont elle commande le respect.

On a considéré comme droits naturels certains droits qui, •étant donnée la nature de l'homme, doivent toujours lui être reconnus : la propriété et les libertés essentielles; mais même dans cette acception, tous les droits sont naturels; ce n'est -qu'une question de degré, et il est impossible de tracer ici une distinction. Dans un certain état de civilisation ou dans certaines situations, l'exercice de ces prétendus droits naturels, c'est-à-dire des libertés les plus essentielles, sera suspendu: dans une ville assiégée, par exemple, le commandant chargé de la défense démolira votre demeure, vous enlèvera vos chevaux et vos vivres, vous interdira toute publication, tout discours en public; et il en aura le droit, car ce sera la condition du salut et du bien général.

La révolution française a voulu consacrer des droits « inaliénables et imprescriptibles », et elle a eu raison en tant qu'elle

LE DROIT ET L'ÉTAT

a voulu diro que le despotisme ne pouvait refuser certaines libertés, sous prétexte qu'elles avaient été aliénées ou présents; mais il faut toujours examiner si cet exercice est conforme à Tordre le plus favorable au progrès.

Le droit se détermine en raison des conditions variables de la civilisation. Il est donc variable, non d'une façon arbitraire, mais parce que, les hommes et les choses étant différents, le règlement le plus favorable au bien et au progrès ne peut rester le même. .

Page 1