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ROMAIN ET BYZANTIN

AByzance, l'empereur, leBasileus, exerçait un pouvoir absolu : il était à la fois le législateur, le chef militaire, la loi vivante, ïl était investi d'un caractère religieux et sacerdotal, car, avec le patriarche, il était le chef suprême de la religion orthodoxe.

Jusque sous Léon VI, Byzance conserva un sénat, des consuls, des curies, toutes les institutions politiques de la république romaine, mais leur autorité était nulle. Le sénat n'était composé que de fonctionnaires ; le peuple était une foule qu'on tenait en bride, en lui distribuant du blé etenlui offrantdes spectacles. Les trois Novelles de Léon VI déclarent que « la majesté impériale s'étant arrogé les attributions sénatoriales, le sénat est devenu inutile », et il en est de même pour les consuls. « Les choses civiles s'étant transformées, tout dépend désormais de la sollicitude et de l'administration de la Majesté impériale. »

Ce qui préservait de l'arbitraire complet de l'absolutisme, c'était le droit romain et le corps de jurisconsultes qui l'appliquait. Les intérêts avaient ainsi une garantie et une protection.

Ce despotisme, qui semblait si fort parce que son autorité était illimitée, se trouvait être en réalité très faible, à cause de l'instabilité du trône, car l'hérédité n'était pas le mode habituel d'y monter. On y arrivait par l'usurpation, par l'intrigue, par une révolte militaire, par une émeute de la populace, par le régicide : tout le monde pouvait aspirer à la pourpre l.

Léon I avait été boucher ; Léon III, artisan ; Phocas, un simple centurion ; Justin Ier était venu de son village d'Illyrie, la besace au dos ; Léon était né de parents chassés d'Arménie pour leurs méfaits ; Michel II et Basile Ier avaient été palefreniers chez le patricien Bardanios. Un soldat audacieux, un aventurier entreprenant pouvait arriver au trône. L'hérédité de la couronne n'était pas un droit reconnu et il n'y avait pas de sang royal qui, aux yeux de tous, constituait un titre indiscutable à succéder au souverain défunt.

La fin d'un règne était souvent tragique. « Sur cent neuf empereurs, dit M. Rambaud, qui régnèrent seuls ou en association, d'Arcadius à Constantin Dragazôs, trente-quatre seulement moururent dans leur lit impérial et huit à la guerre ou

(I) V. Un empereur byzantin au xe siècle. Revue des Deux Mondes, l« janvier 1891, par M. Alfred Rambaud, à propos du livre de M. G. Schluiuberger : Les empereurs d'Orient.

LES GOUVERNEMENTS

par accident. Douze furent contraints d'abdiquer, douze périivnl au couvent ou en prison, dix-huit furent mutilés ou eurent les yeux crevés, vingt-trois furent empoisonnés, étouffés, étranglés, poignardés, précipités d'une colonne, condamnés à mourir de faim. En mille cinquante-huit années, soixante-cinq soulèvements de palais, de rue ou de caserne, aboutissent à soixante-cinq révolutions.

C'est le régime politique de Byzance, plus encore que celui de la Russie, qu'on peut appeler la monarchie absolue tempérée par le régicide.

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