LE BON DESPOTE
vailler; ceux qui auront mangé se remettront au travail tout de suite, et les autres iront les remplacer à table, car il faut que « notre service soit fait avec zèle et fidélité ». Tous les jours, à onze heures, le cuisinier ira donc demander à l'huissier du directoire, si ces messieurs doivent dîner. A deux heures, il servira « une bonne soupe, un bon morceau de bœuf, un bon plat de poisson, un bon rôti de bœuf, de mouton ou de veau, et un quart de bouteille de bon vin du Rhin, par personne. Le menu ne sera pas toujours le même. Il faudra varier, mais veiller à ce qu'il y ait, chaque fois, quatre bons plats, aussi bien préparés que si c'était pour Sa Majesté. Pour le service, il n'y aura qu'un laquais, car il ne faut pas que la chambre soit remplie de laquais. Chaque convive recevra quatre assiettes et un verre ; il mettra les assiettes et le verre dans une corbeille placée près de lui. »
Les principes qui devaient guider les ministres dans le choix des fonctionnaires étaient simples et clairs : ils devaient choisir, « après les avoir partout cherchés, les gens les plus habiles, calvinistes ou luthériens, fidèles et honnêtes, comprenant l'économie pour l'avoir pratiquée, connaissant le commerce et la manufacture, capables de bien écrire, c'est-à-dire de bien exposer une affaire, ayant des têtes ouvertes. »
« Pour ne point parler ici des tragédies de famille, il n'est pas une classe de ses sujets, les officiers exceptés, qui n'ait été touchée par la canne royale. Il battait ses domestiques à tout propos. C'est tout juste s'il ne battait pas ses ministres. Il en eut plus d'une fois l'envie. Un jour, en dînant, devant vingtcinq convives, parmi lesquels il y avait des ministres, il demande à l'envoyé de France : « Si je donnais des coups de « bâton à un de mes ministres, le manderiez-vous en France ? » — « J'espère, répond l'envoyé, que Votre Majesté ne mettra « pas ma discrétion à pareille épreuve. »
Il avait soin de faire sentira tous son autorité, parfois même à coups de bâton. Il répétait: « Nous demeurons seigneur et roi, et faisons ce que nous voulons. » « Wir bleiben doch der fferr und Kœnig und thun was wir wollen. »
C'est Frédéric-Guillaume qui a créé cette bureaucratie prussienne, sorte de noblesse civile dressée au service, fortement disciplinée, exacte, laborieuse, principal ressort d'un État où