‹ Le gouvernement dans la démocratieChapitre 87 sur 134 · E. DE LAVELEYE · texte numérisé non relu

E. DE LAVELEYE

LES GOUVERNEMENTS

les sujets, qui ont perdu jusqu'aux derniers restes des libertés féodales, obéissent à la consigne royale : Nicht rais onnir en (ici l'on De raisonne pas).

A ceux qui ne suivraient pas ses instructions, il promettait des châtiments exemplaires, à la russe, « exemplarisch und gui russisck. »

Il exigeait un ordre absolu dans les comptes. Les fermages de ses domaines, comme les impôts de toute nature, devaient être payés au terme fixé, sans retenues sous prétexte d'impenses, sans délais sous prétexte de mauvaise récolte. Ses sujets n'avaient qu'à prendre exemple « sur notre petite terre de Schenken, disait-il, que nous exploitons nous-même et où nous avons appris les choses par expérience, non dans les livres ».

Cette discipline de fer à laquelle il voulait plier tous ses sujets, depuis ses paysans et ses soldats jusqu'à ses ministres, n'était pas de nature à le faire aimer.

Il était la terreur des flâneurs. 11 dispersait à coups de canne les gens qui s'attardaient à jouer aux boules. Aussi ses sujets redoutaient-ils sa rencontre et l'évitaient, au besoin, par la fuite. Il faisait poursuivre le fuyard: « Pourquoi te sauves-tu? — Parce que j'ai peur. — Tu ne dois pas avoir peur, tu dois m'aimer. » Pour faire sentir au pauvre diable ce devoir de l'aimer, il le rouait de coups.

Il se savait détesté, haï ; il savait qu'on désirait sa mort, mais il était craint et obéi, et il est parvenu à ses fins : il a su faire régner l'ordre là où il y avait confusion. Son père avait une armée de 30,000 hommes ; il en laissa une de 80,000 à son fils; ses ancêtres avaient tous reçu des subsides de l'étranger; il s'est appliqué toute sa vie à ne dépenser que de l'argent gagné par lui, et il légua à son fils, en même temps qu'une armée bien disciplinée, un pouvoir fort, un trésor bien rempli et un État qui allait jouer un certain rôle dans l'histoire.

Quel contraste avec le fastueux Louis XIV laissant après lui un royaume ruiné, plein des germes des révolutions futures I

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