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CHAPITRE IX

LE CÉSARISryiE ET LES COUPS D'ÉTAT

Dans un pays troublé par la discussion des partis et par l'antagonisme des classes et où le régime politique, trop souvent modifié, n'inspire plus confiance ou respect, les coups d'État et le césarisme sont à craindre.

On le voit clairement dans l'histoire des républiques grecques et des républiques italiennes, où « le tyran » s'empare du pouvoir, en trouvant son appui dans les craintes des uns et dans les espérances des autres. Il promet aux riches la sécurité, aux pauvres le bien-être, et à tous le repos, dont les luttes intestines inspirent le besoin et la soif.

Ce qui s'est passé en France est plus instructif encore, parce qu'il s'agit là des temps modernes. On sait avec quel entraînement universel, avec quel enthousiasme sans bornes, la France, fatiguée des troubles de la Révolution et avide d'ordre, s'est livrée à la main de fer de Napoléon Ier, au 18 brumaire.

Exemple plus instructif encore : après 1848, elle a préféré, et à une écrasante majorité, au général Cavaignac, l'honnête citoyen, le brave militaire estimé de tous, un aventurier, qui n'était connu que par les échauiï'ourées absurdes de Strasbourg et de Boulogne. Et, bientôt après, elle a ratifié le coup d'État du 2 décembre, qui, tramé et exécuté comme un coup de main de bandits, envoyait en prison, en exil ou à la mort, les républicains défenseurs du droit, les hommes les plus considérés des divers partis. Louis Napoléon, il est vrai, portait un grand nom ; celui du despote, qui malgré son génie et ses prodigieuses victoires, avait laissé la France amoindrie. Lui, à son tour, après

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l'avoir menée aux défaites décisives de Gravelotte et de Sedan, L'abandonnait pantelante, mutilée, diminuée de l'Alsace et de la Lorraine.

Néanmoins, malgré ces mémorables et cruelles leçons, on a vu récemment le peuple français accorder momentanément ses faveurs à un aspirant usurpateur, absolument indigne et incapable de jouer ce rôle. Rien n'explique sa popularité qui, un moment, était telle qu'un mouvement plébiscitaire semblait devoir rélever à la tête de l'État. Il ne portait pas un nom illustre; la gloire de ses ancêtres ne lui tenait pas lieu de mérite. Officier indiscipliné, héros de café-concert, exploitant sans pudeur la réclame et l'image à deux sous, sans moralité d'aucune sorte, prêt à tromper tous ses adhérents, le général Boulanger, puisqu'il faut le nommer par son nom, s'il n'avait pas pris la fuite devant la menace d'un procès, serait peut-être arrivé au pouvoir, comme Louis-Napoléon.

Plus l'homme était déconsidéré, et plus la faveur publique qui le portait au sommet est inexplicable, plus aussi ce phénomène politique mérite d'être étudié comme un avertissement des dangers futurs.

Les causes de cet entraînement me paraissent être les suivantes.

Ainsi qu'en Grèce, dans l'antiquité, en Italie, au moyen âge et en France en 1848 et en 1852, les riches, craignant les revendications populaires, voulaient à tout prix un sauveur, dussentils le prendre sur les tréteaux.

Les institutions républicaines ne paraissant pas encore définitivement assises, beaucoup voulaient les renverser, pour y substituer, les uns la monarchie, les autres le collectivisme ou l'anarchie.

La crise économique avait engendré de nombreux mécontentements. Quand, l'empire écroulé, on fonda la République, ce régime idéal, couronnement espéré de tous les progrès politiques, le peuple crut que l'âge d'or commençait. Et en effet les premières années, jusque vers 1875, furent étonnamment prospères. La France était fière d'avoir pu payer si facilement les dix milliards que lui avait coûté la guerre, et l'Europe entière admirait ce prodigieux relèvement. Mais bientôt la crise a commencé; tous les prix ont baissé, tous les revenus

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