CHAPITRE XL1X
LES UNIVERSITES
Une étude des universités anglaises ne serait guère à sa place dans un livre surle gouvernement; et. pourtant, il semble naturel de donner comme suite à l'histoire des subsides de l'Etat en faveur des écoles primaires et moyennes, quelques pages sur les institutions qui forment le couronnement du système pédagogique et sur la part que l'Etat a prise récemment à leur entretien.
Contraste avec les universités allemandes. — Les universités anglaises et les universités allemandes sont également les héritières de la grande institution moyenâgeuse qui, sous les formes les plus variées, entretint l'activité de la vie intellectuelle et prépara le monde à la pensée plus large des temps à venir. Mais l'évolution qu'elles ont subie à l'époque moderne oll're un contraste frappant. Les universités allemandes sont devenues des groupes de quatre écoles professionnelles dirigées par les facultés de théologie, de droit de médecine et de philosophie ; les trois premières préparent aux carrières du même nom, la quatrième forme principalement les humanistes et ceux qui se destinent à l'enseignement dans les écoles et dans les universités. Cependant, la manière de vivre des étudiants considérés comme communauté ou comme groupe de communautés s'est développée en
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toute indépendance d>'s autorités et elle est devenue une question libre où le conseil académique n'intervient guère. Le mouvement a été tout différent à Oxford et à Cambridge. Les halls établis pour le logement des étudiants ont été graduelle nt remplacés par des collèges
d'une organisation plus complète, doués d'une vie en commun lié-- vigoureuse, qui constitue depuis longtemps en réalité l'élémenl capital. L'étudiant est dans ces collèges sous une surveillance et une discipline de tous les instants (I).
Ox/unl et Cambridge recherchent la culture humanitaire. — Si la vie en commun dans des collèges distincts offre un contraste frappant avec les universités allemandes, la différence n'est pas moins marquée dans le but et la méthode de l'enseignement. L'importance que, dès le début, les deux célèbres institutions savantes de l'Angleterre accordèrent aux « arts libéraux » a grandi avec le temps et, jusqu'il y a peu d'années, elles ne donnaient aux éludes aucune orientation professionnelle. Le Lut principal qu'elles avaient en vue était de produire des hommes cultivés , et non des avocats, des médecins ni même des clercs ou des humanistes au sens strictement professionnel des mots. Le programme, qui autrefois comprenait presque uniquement des études classiques et mathématiques, a été développé plus tard dans les autres domaines de la science, mais plutôt h cause de leur valeur pédagogique qu'en vue de l'utilité directe que ces connaissances pourraient avoir pour une carrière subséquente. 11 est vrai qu'il)' a eu une réforme sur ce point dans ces dernières années. Les facultés de droit et de médecine, par exemple, se montrent très actives ; mais l'enseignement du droit ne prépare pas complètement à la pratique et ne dispense pas les jeunes
(1) Chaque collège, aussi bien que l'université elle-même, forme un être juridique (corporation) distinct; et bien qu'en fait, les felloxrs qui les habitent aient été, jusqu'à une époque récente, tous des ecclésiastiques, ces institutions sont des corporations laïques.
42 i QUATRIÈME PARTIli. L'ENSEIGNEMENT
gens d'étudier dans les Jnns of court, pas plus que l'élude de la médecine à Oxford et à Cambridge ne peut remplacer le travail dans une clinique d'hôpital. Ces universités se sont efforcées aussi d'amener un grand nombre d'étudiants déjà gradués à se consacrer à la spécialisation scientifique, mais, sur ce point, les résultats obtenus jusqu'ici ne sont pas très importants. L'ancien usage d'accorder les fellowships (1) des collèges à des hommes à qui l'on ne demande ni d'enseigner ni de suivre des cours, mais de poursuivre leurs études en particulier, s'accorde mieux avec les traditions de ces établissements ; et encore qu'il ait permis certains abus, cet usage fait naître des œuvres remarquables.
Les méthodes d' enseignement. — La manière de donner l'enseignement aux candidats pour les grades académiques (jundèr graduâtes) n'a pas été moins caractéristique que le but que l'on se proposait. Pendant longtemps, les professeurs d'universités cessèrent à peu près complètement d'enseigner. Leur mission principale ('lait d'étudier et de publier. Pour ce qui est de la publication, on peut certes en dire autant des professeurs allemands, du moins en théorie ; mais autrefois, en pratique, on n'exigeait pas des professeurs anglais qu'ils communiquassent les résultats de leurs éludes aux élèves, et ils ne le faisaient pas. Les étudiants, tout en recevant certaines leçons des maîtres (lecturers) de leur collège, devaient surtout travailler personnellement dans les ailleurs, sous la direction d'un précepteur (tulor) nommé par le collège ou payé par eux-mêmes. Ils étaient donc préparés aux examens par des fonctionnaires de l'université qui conférait les grades. Tout cela aussi a été modifié récemment et l'enseignement direct a pris beaucoup plus d'importance, mais les anciennes méthodes inspirent encore le système dans son ensemble. Elles persis-
(i) Fellowship, qualité de membre d'un collège, donnant à celui qui en est revêtu le droit aune part dans les revenus delà fondation, sous forme de logement ou de Irailement (N. d. T.).