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L ENSEIGNEMENT EN ECOSSE

L'histoire des écoles publiques de part et d'autre de la Tweed fournit un bon exemple de la nécessité continuelle d'une législation spéciale pour l'Ecosse. Les Ecossais entrèrent dans la voie de l'enseignement populaire quelque deux cents ans avant les Anglais, et ils sont restés en tête pendant toutes les réformes des quarante années écoulées. Et qui plus est, leur système, dès l'origine, a été national à un point auquel on n'est encore jamais arrivé en Angleterre.

Histoire des écoles au début. — Après la confiscation des biens d'église au temps de la Réforme, il tut fait une série de tentatives, particulièrement par le clergé, pour établir dans tout le royaume des écoles pour le peuple. On vota même des lois autorisant l'imposition de taxes locales dans ce but, mais il ne fut réalisé qu'en partie avant la révolution. Finalement, la loi de 1696 institua le système écossais des « écoles communes » (1). Elle imposa aux heritors, c'est-à-dire aux freeholders ou pro-

(1) Craik, The State in its Relation to Education, en. vin ; 2e rapport de la commission des écoles communes en Ecosse, Corn. Papcrs, 1867, XXV, 1, pp. xxvi et s. Le deuxième et le troisième rapport de cette commission contiennent une masse de renseignements sur l'instruction publique en Ecosse.

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priétaires du sol, conjointement avec le pasteur de chaque paroisse, l'obligation d'ouvrir une école et de payer le traitement d'un instituteur ; les Irais seraient acquittés sur le produit d'un impôt local à percevoir. De cette façon, on arriva à établir une école dans chacune des paroisses du pays.

Les écoles paroissiales. — Dans les écoles de paroisse ouvertes en exécution de la loi de 1696, l'instituteur était choisi par les herilors et le pasteur; mais en vertu du principe consacré par la loi de 1803, il fut subordonné à l'approbation et à la surveillance du « presbytère », c'est-à-dire des ministres et des « anciens » des églises d'un district, et on l'obligea à signer la Confession de Foi et le Formulaire de l'Eglise écossaise. Les écoles étaient donc soumises au contrôle de l'Eglise « établie », mais il n'y eutguère de diflicultés de ce chef. En 1821), l'assemblée générale de l'Eglise ordonna aux instituteurs de n'imposer aux enfants des catholiques romains aucun enseignement qui pourrait soulever des protestations de la part des parents ou du prêtre de leur religion, et les chartes des écoles fondées par l'Eglise elle-même renfermaient une clause de conscience (1). Les dilférends entre les sectes presbytériennes portaient sur des questions comme le droit de présentation aux bénéiiees, et non sur la doctrine ; et même à l'époque où s*ouvrirent un grand nombre d'écoles confessionnelles, vers le milieu du xix° siècle, le choix des parents, y compris les épiscopaliens (anglicans et les catholiques romains, dans la plus grande partie du pays, s'inspirait fort peu du caractère confessionnel particulier d'une école (2).

L'instituteur était nommé « pour la durée de sa bonne conduite » ou, comme disait la formule, ad vitam aut culpam; et s'il est vrai que cette condition eut l'incon-

(1) 2e rapport de la commission, Com. Papers, 1867, XXV, 1,

p. XXX.

(2) Ibid., pp. xix-xx, xxv-xxvi.

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vénient de protéger des maîtres qui étaient devenus incapables, elle donna d'autre part, comme dans le cas du clergé paroissial, un sentiment de sécurité et de propriété qui dut avoir sa valeur au début, à une époque où l'enseignement n'était pas encore devenu une carrière ouverte à la concurrence.

Leur caractère. — Les écoles paroissiales n'étaient pas du tout destinées uniquement aux classes ouvrières. Dans son deuxième rapport, la commission des écoles écossaises dit que « c'est une particularité des écoles paroissiales en Ecosse, que depuis leur fondation même, elles ont été fréquentées par des personnes de toutes les catégories sociales... Des enfants de tout rang se sont rencontrés sur leurs bancs et ont concouru pour les honneurs qui ne sont qu'au prix de la supériorité des dons naturels ou des qualités morales (1 ). » Ces écoles n'étaient d'ailleurs pas de simples écoles primaires. Bon nombre des instituteurs sortaient d'une université ■'!) et mettaient leur fierté à préparer leurs plus brillants élèves à s'y rendre à leur tour. Chaque école en particulier n'y envoyait que très peu de jeunes gens, mais l'ensemble des étudiants universitaires sortis des écoles paroissiales et d'autres du même genre, formait un chiffre considérable. La commission constata que leur nombre, entre 1800 et 1870, s'élevait à peu près au quart de toute la population universitaire (3). La voie de l'enseignement supérieure s'ouvrait à tous les garçons, et elle fut quelquefois parcourue par les fils des parents les plus pauvres.

(1) 2e rapport Corn. Papers, XXV, 1, 1867, p. cv.

(2) Cela resta toujours vrai. En 1901,22% des instituteurs dans les écoles publiques primaires étaient en possession de grades académiques (Graham Balfour, Educational Systems of Greal Brilain and Ireland, 2e édit., p. 278), et, étant donné la forte proportion, dans les universiiés d'Ecosse, des étudiants qui ne prenaient pas de grades, le nombre des instituteurs qui ont fréquenté ces universités doit avoir été encore plus considérable.

(3) Com. Papers, 1867, XXV, 1, pp. cn-cm.

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Insuffisance (1rs noirs paroissiales. — In système •qui m- donnait qu'une école et un instituteur pour cha que paroisse devint insuffisant à mesure que la population s'accrut. Ce fut le cas même dans les districts ruraux du sud {loiolands , où le nombre des écoles était pourtant considérable et, en IN0:i, on essaya de remédier à la situation en prescrivant l'établissement, dans toute paroisse où c'était nécessaire, d'une seconde école, dite aussi parfois école latérale. Mais bientôt, deux écoles

lurent loin de suffire. Dans la parti videntale des

hautes terres [highlands , et plus encore dans les îles de la côte, où les paroisses avaient un territoire immense, le nombre des écoles fut, dès le début, tout à fait insuffisant. Outre cela, la loi de 18% ne s'appliquait pas aux bourgs royaux ; et encore que les écoles des bourgs donnassent assez bien d'instruction primaire en même temps que l'enseignement secondaire, elles s'adressaient à peu près exclusivement à la classe moyenne, et, du moins plus tard, elles n'atteignirent pas la masse du peuple (1).

Les subsides du gouvernement. — Peu de temps après que le besoin de nouvelles écoles devint urgent, et au moment où l'initiative privée s'efforçait activement de combler les lacunes, le gouvernement accorda les premiers subsides du trésor public pour la construction de bâtiments scolaires. Sous l'influence de cet encouragement, le nombre des écoles confessionnelles augmenta avec une rapidité bientôt accrue encore par la scission de l'Eglise « établie » et la formation, en 1843, d'une Eglise libre qui couvrit le pays de ses propres écoles. Vers le milieu du siècle, les écoles confessionnelles dépassaient le nombre des écoles paroissiales officielles), et les écoles de souscription, les écoles de particuliers et les autres étaient encore plus nombreuses que celles des

(1) 3e rapport de la commission des écoles écossaises, Corn. Papers, 1867-1868, XXIX, 1, p. 156.

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deux premières catégories (2). Pourtant, il en manquait encore, surtout dans les villes, dans les hautes terres et dans les iles. Au total, les écoles étaient de bonne qualité et, sur ce point, le rapport de la commission écossaise offre un contraste frappant avec celui de la commission parallèle sur l'enseignement populaire en Angleterre. Mais, suivant l'observation des commissaires, un régime subsidiant les écoles confessionnelles supposait des principes tout différents d'un système national d'enseignement, et il ne s'accordait guère avec les idées des Ecossais (2).

Effets du code revisé de 18(11. — Le code revisé de 1861, qui institua la méthode du payement d'après les résultats, fit paraître les différences entre les systèmes d'Angleterre et d'Ecosse tellement évidentes qu'il fut impossible de ne pas en tenir compte. Ce code fit beaucoup de bien en maintenant les écoles à un niveau lixe d'efficacité, mais à deux points de vue importants il était inconciliable avec les traditions écossaises d'enseignement national. Aux termes du code, les subsides de l'Etat étaient destinés expressément « à favoriser l'enseignement des enfants appartenant aux classes qui vivent du travail manuel ». Cela était parfait en Angleterre, où les écoles primaires publiques recevaient uniquement des enfants de cette catégorie ; mais en Ecosse, où les enfants des campagnes fréquentaient l'école tous ensemble, toute tentative de faire entre eux une distinction de cette sorte, pour la distribution des subsides, devait paraître odieuse et impraticable. Puis aussi, le code disait que les subsides ne seraient accordés qu'en proportion des succès remportés dans les études primaires proprement dites ; on en conclut que les instituteurs seraient poussés à négliger cette préparation pour l'université des rares élèves de tout premier ordre, qui avait fait jusqu'ici la gloire de leur profession (3).

(1) 2e rapport de la commission, op. cit., app. table II. i -2) lin*!., pp. cvi ot s.

(3) lbid., pp. eu, cv.

chai', l. — l'enseignement en Ecosse iil

Les plaintes furent si vives que l'on se borna à prescrire l'inspection conformément au code, niais en laissant de côté le système du payement d'après les résultats.

La lui tir IH72. — Après avoir fait une étude approfondie du problème, la commission scolaire d'Ecosse formula, en 1867, un plan pour compléter l'enseignement populaire en [Menant pour base autant que possible le système national des écoles de paroisse. Quelques années plus tard, ce plan devint la loi de 1872. Sous plusieurs rapports', cette loi écossaise diffère de la loi anglaise qui la précéda de deux ans. Elle institua les bureaux scolaires dans toutes les localités. Elle transféra à ceuxci les écoles paroissiales, leur réserva à l'avenir tous les subsides de construction et leur confia la mission de généraliser l'enseignement populaire, au lieu de se borner simplement à combler les lacunes de l'initiative privée. Comme l'enseignement confessionnel n'avait soulevé aucune animosité en Ecosse, la loi permit aux bureaux scolaires de donner tel enseignement religieux qu'il leur plairait, sous réserve de l'horaire de la clause de conscience. Elle posa le principe, au moins, de la fréquentation scolaire obligatoire et générale, bien que le mécanisme d'application dût encore laisser à désirer [tendant un certain temps ; et elle remit aux bureaux scolaires la direction de l'enseignement moyen aussi bien que de l'instruction primaire.

Le royaume était divisé en districts correspondant généralement aux paroisses et aux bourgs, et dans chaque district, un bureau scolaire était élu au vote cumulatif par les propriétaires et les occupants d'un bien rapportant quatre livres sterling de revenu annuel. Les bureaux étaient chargés non seulement des écoles de paroisse et de bourg et des nouvelles écoles qu'ils ouvriraient, mais aussi de toutes celles qu'on voudrait leur transférer. Cette dernière disposition ne fut pas inutile, car bien que les écoles confessionnelles eussent autant droit aux subsides de l'Etat que les écoles

officielles (1), presque toutes, à l'exception de celles qui appartenaient aux épiscopaliens et aux catholiques romains, furent transférées aux bureaux scolaires en quelques années de temps (2).

Des lois subséquentes ont réalisé îles améliorations, particulièrement quant à la fréquentation scolaire obligatoire ; et une série de mesures, à partir de 1889, ont appliqué la part de l'Ecosse dans les subsides de la Trésorerie à rendre l'enseignement tout à fait gratuit. Un changement a été apporté aussi dans l'autorité centrale. Lorsque la loi de 1872 fut volée, on institua un comité spécial du Conseil privé pour l'Ecosse, mais la responsabilité devant le Parlement resta au ministre anglais. Mais en 188a, quand on institua un secrétaire d'Etat pour l'Ecosse, on le mit à la tète du département écossais de l'instruction et on désigna un secrétaire spécial pour en diriger le travail d'une manière permanente. L'organisation établie par ces mesures n'a subi aucune modification essentielle, et c'est ainsi que l'Ecosse a retrouvé un système véritablement national d'ens'eignement populaire, en harmonie complète avec l'esprit de ses traditions.

Les rcolcs de bourg. — L'histoire des écoles de grammaire en Ecosse remonte jusqu'au Moyen Age ; grâce aux soins des conseils de ville, elles se développèrent fortement après la Réforme. Quand la commission fit son rapport de 1867, les écoles de celte catégorie, pla-

(2) Balfouh, Educational Systems, 2e édit., pp. 127, 128. Voici quel était, en 1904, le nombre des écoles des diverses catégories, qui participaient aux subsides de l'Etat, (Com. Papers, 1905, XXIX, l,p. 8):

Ecoles officielles 2.834

» de l'Eglise écossaise 18

» de l'Eglise libre 6

» épiscopaliennes 66

» catholiques romaines 196

» non-confessionnelles 69

Total 3.189

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