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CHAP. LUI. — LA FÉDÉRATION DES ÉGLISES LIBRES

elles une coopération sympathique; et ce mouvement a certainement produit entre les églises des relations plus intimes et un échange de prédicateurs plus fréquent que ce ne fut jamais le cas à une époque antérieure. \ mesure que les conseils locaux se développèrent, le besoin se lit sentir d'avoir un chaînon intermédiaire entre eux et l'association nationale. On constitua des fédérations de district, composées en grande partie de représentants des conseils locaux, avec un président, un comité exécutif et naturellement un secrétaire, qui est la cheville ouvrière du mécanisme. L'Angleterre et le Pays de Galles ont été partagés ainsi en cinquante fédérations, et les églises libres ont perfectionné pour leur propre usage une organisation du type généralement adopté par les autres associations spontanées de la Grande Bretagne.

Leurs rapports avec les autorités publiques. — Les questions politiques ont un côté moral et la religion a une portée pratique, qui sont susceptibles d'entrer en contact. Aussi, dans les premiers temps, la formation d'un Conseil des églises libres à Birmingham fut-elle combattue par la raison que des associations de cette espèce courraient le risque de se transformer « en caucus municipaux et politiques (1) ». Sans doute cette appréhension n'a pas été complètement justifiée ; et pourtant, dès l'origine même, les conseils ont pris une part active aux élections des corps représentatifs locaux. Dans le manuel que le secrétaire du Conseil national publie sous le titre The Work of a Free Churcli Council, il est dit que « l'on désire vivement voir emplo3?ertous les efforts pour faire entrer des représentants des églises libres dans les diverses autorités publiques de chaque localité » . Mais on ajoute que « nous ne cherchons pas à servir les intérêts spéciaux d'aucun parti politique, mais à obtenir premièrement le bien public, et secondement la représentation équitable du corps des églises libres à quoi le

(1) The Free Churclt Fédération Movement — A Historical Sketch, p. 20.

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nombre de nos fidèles nou.< permet de prétendre. » On donne aussi des indications sur la conduite des élections (I) ; et le rapport annuel du secrétaire national fait souvent allusion aux résultats obtenus dans les élections locales par les conseils et les fédérations dans différentes parties du pays.

Laq/tes/io» de Renseignement et la politique nationale. — Bien que dans les élections locales les conseils des églises libres aient été naturellement enclins à soutenir des candidats libéraux, ils n'obéissaient pas d'une manière absolue à des considérations de parti politique. Mais la lutte sur la loi d'enseignement de 11)02 attira définitivement toute l'association sur le terrain politique des partis nationaux. En elTet, aussitôt que la loi fut volée, les congrès annuels réclamèrent la suppression des subsides publics aux écoles libres (2), et l'organisation s'arma sur le pied de guerre pour lutter aux prochaines élections générales du Parlement. Le rapport pour 1905, allégua, en manière d'excuse, la nécessité de cette attitude, en disant que la Fédération était une œuvre inspirée d'un but spirituel et qu'elle ne pouvait pas se mêler aux luttes ordinaires de la politique, mais que la situation présente était extraordinaire et réclamait des mesures extraordinaires (3). On organisa donc une section spéciale du travail électoral ; on stimula l'énergie des conseils locaux ; on publia des feuillets de propagande ; on pressa les électeurs non-conformistes de se faire inscrire : un grand nombre des plus hauts placés parmi eux se décidèrent à poser leur candidature au Parlement et en maints endroits ils reçurent l'assistance du Conseil national pour les aider à faire face aux dépenses d'une lutte électorale. De cette façon, les églises libres purent mettre en ligne deux cents candidats qui se rangèrent naturellement du côté des libéraux ; quant aux

(1) fbi/L, pp. 70-71, 120, 124.

(2) P. ex. Rapport pour 1905, pp. 55, 154. (3)lbid., p. 60.

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antres candidats, on leur posa une série de questions dans Le but de leur [aire prendre L'engagement de défendre le^ idées du Conseil en matière d'enseignement.

L'élection de 1906. — Dès que l'imminence d'une élection générale parut évidente, les dirigeants du Conseil national lancèrent un manifeste portant non seulement sur la question de L'enseignement, mais encore sur celles de la tempérance i't de l'engagement servile [indenlured labour) des Chinois dans l'Afrique australe. Ce document n'avait pas L'air d'un plaidoyer en faveur du parti libéral, et l'une des questions les plus pressantes de la campagne politique, celle des tarifs de prélérence, u'\ était pas même indiquée; mais, en fait, dans cette élection, l'association des églises libres fit cause commune avec les libéraux. Elle organisa d'imposantes manifestations dans plusieurs villes de province et des petites réunions dans tout le pays. Les ministres du culte prirent une part active à la lutte, en prononçant des discours soit dans les meetings en plein air, soit dans les locaux des assemblées; et une demi-douzaine des plus distingués parmi les orateurs ecclésiastiques parcoururent le pays en automobile, adressant la parole à des auditoires enthousiastes partout où ils s'arrêtaient. En vérité, la religion et la politique allèrent la main dans la main. Dans les réunions de prière, on recommandait aux fidèles de ne pas oublier l'élection générale et, en certains endroits, au milieu d'une assemblée politique ils « éclatèrent en supplications ferventes (I) ». La loi d'enseignement de L902 avait produit un sentiment d'oppression religieuse, et les fidèles des églises libres étaient persuadés qu'ils combattaient le combat du Seigneur. Après la bataille, ils furent convaincus que leur participation avait contribué à procurer aux libéraux une victoire écrasante.

Perspective politique. — Tout au long de cette bataille, le Conseil national, malgré qu'il fut entraîné dans l'arène politique, ne perdit pas de vue qu'il poursuivait un but

(1) Rapport pour 1906, pp. 52, 58, 61.

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religieux, et non des ambitions politiques : aussi espérait-il que ses relations avec la politique ne seraient que temporaires. Le rapport pour 1906 débuta par ces mots: « On ne saurait trop souvent répéter que le mouvement de la Fédération a pour objet premier et essentiel un service d'ordre spirituel. Nous espérons maintenant voir la lin du conllit d'enseignement où l'on nous précipita malgré nous, et nous nous plaisons à espérer avec confiance que de grandes et innombrables œuvres spirituelles et sociales s'oiîriront à notre activité. » Seulement, il est plus facile pour une organisation nationale d'entrer dans la politique que d'en sortir. De même que le lion qui a goûté du sang, elle risque de prendre un goût durable. Le conllit d'enseignement n'est pas terminé et si, le jour où ce conflit sera tranché, la politique ne se concentre pas sur quelque grande question économique, il se peut bien que d'autres questions morales ou religieuses surgissent, et sur lesquelles les non-conformistes auront des idées arrêtées. Il n'est donc pas du tout certain que la Fédération ne jouera pas un rôle actif dans la vie publique pendant bien des années encore.

L'Empire.

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