CIIAP. 1.1V. -- LES PARTIES COMPOSANTES DE L'EMPIRE
rapport à ceux qui habitent les lies Britanniques n'es< guère plus considérable qu'elle n'élail en 1715. Contrai-
r • ni à ce que certaines personnes pensèrent à cette
époque, la révolte ih's colonies américaines n'empêcha point l'Angleterre de construire un grand empire, mais elle empêcha pour autant que cet empire fût en grande partie anglo-saxon. D'après le dernier recensement, les possessions britanniques, y compris l'Egypte cl le Soudan, renferment une population totale de quatre cent et vingt millions environ; dans ce chiffre, les peuples <\i descendance européenne figurent pour à peu pus •■ i nquante-quatre millions: les indigènes de l'Inde, pour plus de deux cent quatre-vingt-quinze millions: les races africaines de toute espèce, depuis l'Egypte jusqu'au Gap, pour quelque soixante- Jeux millions ; et le reste sont des Chinois, des Cingalais, des Malais et d'autres races aborigènes de diverses espèces.
Distribution des éléments européens. — Sur les cinquante quatre millions d'hommes de race européenne, quarante et uo millions et demi habitent le Royaume-Uni, et seulement douze millions et demi environ, les autres parties de l'Empire Et ceux-ci ne se multiplient pas assez rapidement pour qu'il soit probable qu'ils rattraperont bientôt la mère patrie. Si le taux d'accroissement de la population dans le Royaume-Uni, l'Amérique du JNord britannique et l'Océaaie devait rester le même que pendant la décade précédant le dernier recensement, la population européenne de toutes les colonies réunies n'égalerait pas celle des Iles Rritanniques d'ici à quelque deux cents ans. Naturellement, le taux d'accroi-sement ne demeurera pas constant; aussi tous les calculs de cette sorte n'ont-ils guère d'autre valeur que de montrer que, pendant une période de temps indéterminée, le Royaume-Uni dépassera en importance toutes les autres communautés politiques de langue anglaise cou prises dans l'empire.
Distribution des peuples de langue anglaise. — De plus, les douze millions et demi de sujets d'origine eu-
h EMPIRE
ropéenne qui habitent les colonies ne sont pas tous d'extraction britannique, tant sV.i faut. A part les Glesd'émigrants étrangers qui se confondent rapidement ave£ la population au milieu de laquelle ils vivent et que celle-ci s'assimile, il existe quelques vieilles souches de pionniers primitifs ou d'anciens habitants, tels les Canadiens français, les Hollandais du Cap et les Maltais, qui n'ont perdu ni leur langue ni leurs traditions. On en compte à peu près deux millions et demi, ce qui fait qu'il ne reste pas beaucoup plus de dix millions de sujets de langue anglaise en dehors des lies Britanniques. Sauf peut-être dans l'Afrique du Sud, ces groupes de race européenne étrangère n'occasionneront probablement pas de difficultés politiques sérieuses ; mais il n'est pas probable qu'ils disparaissent. Pendant ces dernières années, il est vrai, on a essayé de généraliser l'usage de l'anglais à Malte, et il est possible que l'expérience réussisse dans un endroit qui est essentiellement une garnison britannique. Mais au Canada, aucune entreprise de cette sorte ne pourrait être tentée. Les Français, qui y sont au nombre de plus d'un million et demi, sont massés dans la province de Québec et fournissent les quatre cinquièmes de sa population. Groupe compact et fortement attaché à ses traditions, ils ne se laissent pas absorber par leurs voisins, pas plus d'ailleurs qu'ils ne se les assimilent, dans une mesure appréciable. Bien qu'ils soient plus prolifiques que les Anglais, ils ne reçoivent aucun accroissement par immigration, et comme, d'autre part, ils émigrent en grand nombre vers les villes manufacturières de la Nouvelle Angleterre, ils restent, par i apport à la population de langue anglaise du Canada, dans une proportion à peu près constante de trois contre sept.
Dans l'Afrique australe, la découverte de l'or et la guerre des Boers ont amené une situation telle que pendant plusieurs années encore il sera impossible de prédire ce que deviendra le rapport des races. Si l'on considère dans leur ensemble les quatre colonies du Transvaal, de l'Orange, de Natal et du Cap, les Hollandais
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dépassent quelque peu les Anglais; mais les races sont plus mêlées au point de vue géographique et les différences religieuses qui les séparent seul moins profondes qu'entre les Anglais et les Français au Canada. I. 'assimilation d'un peuple par l'autre peut donc ne pas être impossible. <>r, il semble que dans certaines parties de l'Europe, au moins, la race la moins civilisée tende à se développer aux dépens de sa rivale, parce qu'elle est plus prolilique, parce qu'elle tient avec plus de force à sa langue età ses coutumes et parce que les mariages mixtes tournent à son avantage. Si tel doit être le cas dans l'Afrique australe, vers où il est peu probable qu'un courant d'émigration considérable se dirige d'une façon permanente, la proportion des éléments anglais et hollandais pourra, avec le temps, se trouver sérieusement modifiée.
Les revenus. — A l'inverse des possessions lointaines de la plupart des grands empires du temps passé, les dépendances de l'Angleterre ne sont pas tributaires. Normalement, chacune de ces colonies, autonome ou non, doit se suffire à elle-même. Elles ne versent rien au trésor impérial, et la mère-patrie ne contribue à aucune partie de leurs dépenses administratives. L'Inde, par exemple, entretient les troupes britanniques qui sont en garnison chez elle et elle pave les traitements des fonctionnaires anglais de son administration, de même que leurs pensions de retraite quand ils ont quitté son service; bien qu'il puisse y avoir là un avantage pour l'Angleterre, cet argent est pourtant dépensé uniquement pour le gouvernement de l'Inde et, en principe du moins, au profit de l'Inde. On n'entretient d'ailleurs aux frais du pays pas plus de troupes qu'on ne juge nécessaire pour sa défense et pour le maintien de l'ordre. A l'occasion, l'Angleterre fait à une de ses colonies une avance d'argent, remboursable dans l'avenir; mais elle ne leur réclame jamais un prêt. Ses colonies ne contribuent pas même aux dépenses communes, ni d'une façon régulière à la défense commune de l'empire. Certes, des troupes de
l'Iude fuient emplc^'ées en Egypte en 188.^-1883 et en 1898, et des régiments anglais furent expédiés de l'Inde, dans l'Afrique australe en 1900 ; tout comme les colonies autonomes envoyèrent, elles aussi, des volontaires pour la guerre sud-africaine. Mais pendant la durée de leur service, toutes ces troupes furent entretenues et payées par le gouvernement anglais. Sans doute encore, depuis quelques années, les colonies autonomes se sont engagées à entretenir des vaisseaux de guerre ; mais ils sont destinés surtout à la protection des côtes de ces colonies, et les frais en sont insignitiants en comparaison des dépenses de la marine britannique.
Le commerce. — Le profit que l'Angleterre tire de ses dépendances ne lui arrive pas sous forme de tribut, mais elle le trouve dans les débouchés plus considérables qui s'offrent à ses habitants. On a beaucoup discuté sur la question de savoir si « le commerce suit le drapeau» (1), mais quoi qu'il en soit des effets directs, il n'est pas douteux que le fait d'exercer son autorité sur un immense empire a eu, dans le passé, des résultats indirects pour l'Angleterre. De même que la guerre de 1870 a contribué à attirer l'attention de l'humanité entière sur la science allemande, de même la présence du pavillon britannique dans toutes les parties du monde a été une réclame productive pour les produits anglais. Le commerce de l'Angleterre a profité aussi des facilités de transport qu'offrait sa marine marchande, et celle-ci a été favorisée par le développement de ses possessions d'outremer. Il se pourrait bien que le commerce suive moins que jadis le drapeau, mais le drapeau empêche qu'on ne restreigne le commerce ; car de nos jours, presque tous les pays dont la clientèle vaut la peine qu'on se la procure, ou bien ont dressé des barrières protectrices de leur propre commerce, ou bien sont placés sous la domination de quelqu'autre Etat qui cherche, au moyen
(t) Il y a une intéressante étude de ce problème dans Allbyne Ireland, Tropical Colonisation .