‹ Le gouvernement de l'AngleterreChapitre 125 sur 191 · CHAP. LVI. LIÎS COLONIES DE LA COURONNE · texte numérisé non relu

CHAP. LVI. LIÎS COLONIES DE LA COURONNE

ganes de l'Etat doivent en fin de compte se soumettre à un tribunal supérieur, qui est le corps électoral de la nation. Mais la combinaison d'une Législature élue parle peuple, avec un gouverneur nommé par une puissance éloignée, a'esf propre qu'à fomenter des dissensions et à les rendre perpétuelles.

/.-v colonies de lu Couronne existantes. — Nous nous sommes arrêtés un peu plus longtemps aux gouvernements de la Jamaïque et de .Malte pane qu'ils offrent de bons exemples d'un principe d'application universelle, qui a agi pendant toute l'histoire de la colonisation anglaise dans toutes les parties du monde. La nature fourmille de cas où les types extrêmes prospèrent, tandis que tous ceux qui les séparent ont été éliminés, faute d'avoir pu s'adapter, (l'est ce qui est arrivé dans les dépendances britanniques Une colonie peut être gouvernée soit par sa propre population, soit par la mère-patrie; mais il est impossible, dans des conditions normales, de la gouverner avec succès en combinant les deux systèmes. C'est pourquoi les possessions anglaises d'outremer sont nettement divisées en deux groupes : celui des colonies autonomes, qui ont tendu à l'administration de plus en plus complète de leurs propres affaires, et celui des colonies de la Couronne, qui ont tendu à perdre ce qui leur restait d'autonomie. 11 n'existe [dus que trois spécimens de l'ancien type, où l'on rencontre une assemblée complètement élective et un gouverneur dont les ministres ne sont pas responsables devant la législature. Ce sont les îles Bermudes, Bahamas et des Barbades, dont les premières et la troisième possèdent les plus anciennes assemblées représentatives de l'empire britannique, après la Chambre des Communes. Il est inutile d'étudier en détail les circonstances particulières grâce auxquelles ont pu survivre dans ces îles des institutions qui ailleurs ont péri. Il suffit de dire que ces circonstances sont particulières, sans toutefois être les mêmes dans chaque cas.

Types divers, — Le reste des colonies de la Couronne

.'ilti SIXIÈME PARTIE. — [7 EMPIRE

peut se partager en trois catégories. Dans la première se trouvent les Iles sous le Vent, la Guyane anglaise, Malte l'Ile Maurice et les Iles Fidji ; leur législature renferme des membres élus, mais pourtant en minorité (1). Là où la population comprend un nombre considérable d'européens ou d'autres éléments instruits, ce système à l'avantage de mettre le gouverneur et ses conseillers en contact avec une opinion locale éclairée, et celle-ci, pourvu qu'il n'éclate pas de conflits aigus, est capable d'exercer une grande influence. La deuxième catégorie de colonies de la Couronne est la plus nombreuse de toutes; elle comprend les colonies où le corps législatif est entièrement nommé. C'est le cas, par exemple, pour toutes les autres possessions anglaises des Indes occidentales et de l'Amérique centrale, pour Ceylan et pour la plupart des colonies des côtes tropicales de l'Afrique (2). Ce système est à peu près indispensable lorsque la proportion des résidents européens est minime ou qu'ils ne représentent pas véritablement les industries locales. Enfin, dans les simples stations militaires, comme Gibraltar et Sainte-Hélène, et dans les régions imparfaitement explorées, comme cellesde l'intérieur de l'Afrique, le gouverneur n'a aucun conseil législatif.

Les fonctionnaires publics. — Chacune des colonies d'Orient, — Ceylan, Hong-Kong et les Etablissements des

(1) La Guyane Anglaise possède une ^constitution singulière qu'elle a héritée des Hollandais. Le gouvernement a la majorité simple dans la Cour de Politique, qui discute les lois ordinaires; mais la Cour Combinée, qui vote les impôts, est formée par l'addition de membres élus. Sur la manière de contrôler cette assemblée, V. Ireland, Tropical Colonisation p. 45-51, 05, 66.

L'Ile de Chypre est ta seule qui ait un corps législatif renfermant des membres élus et des membres nommés, mais où les premiers se trouvent en majorité. Nous avons vu que c'est normalement le cas aussi à la Jamaïque; seulement la majorité peut toujours y être transformée en minorité.

cii A Hong-Kong Pt dans les Etablissements des Détroits, les conseils législatifs sont entièrement nommés ; mais ii y a dans chaque cas deux membres présentés par les chambres de commerce ou par d'autres corps.

CHAI'. [VI. — t.FS COLONIES DE LA COURONNE -".17

Détroits (y compris les Etats fédérés de Malaisie; — possède son service civil particulier; mais le recrutement de tous ces fonctionnaires se fait en même temps ;'i Londres,

par un examen au concours qui est commun à ces fonctions-ci, au service civil de i'Inde et aux emplois de première classe des ministères anglais. .Nous avons déjà expliqué le caractère de cet examen (1), et nous avons Fait remarquer que les candidats qui réussissent peuvent, dans l'ordre de leur rang au concours, choisir le service où ils veulent s'engager. Ceux, qui sont destinés à ces trois colonies prennent le nom de « cadets d'Orient », et pour autant qu'il y ait des postes vacants, on leur permet de choisir la colonie qu'ils préfèrent. On les envoie alors immédiatement en Orient pour apprendre les langues orientales qu'ils devront connaître. En général, on peut dire que tous les postes supérieurs dans les colonies d'Orient, sauf ceux du gouverneur et d'un ou deux agents parmi ses subordonnés, sont réservés aux fonctionnaires recrutés de cette façon , et ce système, qui est copié sur le service civil de l'Inde, donne d'excellents résultats. A l'occasion, sans doute, il produit un simple étudiant dépourvu de talents administratifs, mais il semble que ces cas soient rares; aussi personne aujourd'hui ne proposerait-il sérieusement d'abandonner cette méthode. Les examens au concours, soit ouvert soit limité, s'emploient d'ailleurs à titre subsidiaire en beaucoup d'endroits ; mais de graves raisons s'opposent à ce que l'on en fasse la base du service civil pour toutes les colonies de la Couronne. En dehors des possessions d'Orient, aucune de ces colonies n'est assez grande par elle-même pour entretenir un corps de fonctionnaires de cette espèce ; et il ne peut guère être question de les grouper toutes ensemble dans ce but. Auxlndes occidentales, par exemple, les habitants d'une île sont très capables d'occuper une bonne partie des fonctions. Il ne serait donc pas juste de remplir ces places au moyen de

(1) Cf. vol. I, pp. 197-201. V. aussi Lowell and stf.phens, Colonial Civil Service, pp. 65-76.

concours tenus à Londres et accessibles à tous les sujets britanniques ; niais d'autre part, les yens des Indes occidentales n'ont habituellement pas assez de largeur de vues pour rendre des services hors de leur propre colonie. On pourrait probablement appliquer ce système à l'une ou l'autre des grandes possessions d'Afrique, mais pas au plus grand nombre des petites colonies de la Couronne éparpillées sur toute la carte du monde.

La carrure de gouverneur. — Néanmoins, les fonctions publiques dans toutes les colonies sont permanentes et elles sont bien rétribuées. Les posles de gouverneur et de secrétaire colonial surtout olfrent une carrière réservée d'ordinaire, mais pas nécessairement, à des hommes nés dans les lies Britanniques. Le fonctionnaire qui a débuté peut-être par un poste inférieur peut obtenir une nomination de secrétaire colonial dans une petite ile ; s'il réussit, il est promu aux mêmes fonctions dans une colonie plus grande ; puis il devient gouverneur d'une petite ile ; et ainsi de suite, il s'élève jusqu'aux plus importants parmi les postes de gouverneur. Il ne passe pas de longues années dans le même endroit, et c'est ainsi que le gouvernenr, tout en étant nouveau venu dans la colonie où il préside, possède une expérience considérable des problèmes coloniaux. Cela est également vrai dans les cas exceptionnels où le gouverneur sort directement des cadres du ministère des Colonies à Londres. Bref, le gouverneur se trouve dans une situation fort semblable à celle d'un ministre à la tèie d'un déparlement anglais. C'est à ses inférieurs sur place qu'il demande de l'instruire des questions immédiates qu'il doit traiter, mais il y apporte les larges vues de l'homme qui sort d'un monde plus vaste. En fait, l'habileté croissante avec laquelle l'Angleterre gouverne un empire immense et hétérogène est due dans une large mesure au grand corps des fonctionnaires qui, soit dans ses diverses dépendances, soit au ministère des Colonies, ont passé leur vie à étudier ce problème sous beaucoup d'aspects différents.

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