CHAP. LVIII. — LA FÉDÉRATION IMPÉRIALE
gleterrc ou, — ce qui serait probablement moins à souhaiter, — par l'ensemble de la fédération, et elles ne peuvent prendre aucune part véritable au gouvernement de l'union. Par conséquent, à peu près viTl) millions de sujets britanniques ne peuvent jouer aucun rùle actif dans cette fédération qui se bornerait au Royaume-Uni, avec ses quelque 12 millions d'habitants, et à l'Amérique du Nord britannique, l'Australie et le Cap, avec 13 millions d'habitants environ pour leur part. Ce serait donc une combinaison entre un grand Etal d'Europe et une série de petits Etats très éloignés, ne renfermant qu'à peu près le tiers de la population du premier. 11 faut avoir ces conditions présentes à l'esprit en discutant les formes possibles d'une union plus étroite ; car si la proportion des habitants dans les différentes parties de l'Empire doit naturellement changer, il est certain, comme nous l'avons déjà dit, qu'il se passera longtemps avant que la population des colonies autonomes toutes ensemble puisse devenir égale à celle des Iles Britanniques.
l.r bien actuel. — De même que dans l'exemple classique des Grecs, le lien qui rattache les colonies autonomes à la mère-patrie est principalement une affaire de sentiment. Il est renforcé aussi par la communauté de nationalité et par la protection navale offerte par l'Angleterre et à laquelle les colonies n'apportent qu'un très modeste appoint (1). Jusqu'à présent, ce lien s'est montré assez résistant ; il a même nettement gagné en solidité depuis une trentaine d'années. Mais il n'a pas
• (t) Bernard Holland, dans Imperium et Liberlas (pp. 297-298) cite les chiffres recueillis par le Comité de la fédération impériale en 1899 pour montrer que les colonies, avec à peu près un tiers de la population et près de la moitié des revenus du Royaume- Uni, contribuaient pour moins d'un centième aux frais de la défense navale. D'après les chiffres recueillis pour la conférence coloniale de 1902, la moyenne des dépenses navales par tète d'habitant dans les colonies était de 4 d. tandis que dans le Royaume- Uni elle atteignait 15 sh. i d. De même, les dépenses militaires
été mis à l'épreuve d'une tension excessive, parce que depuis l'époque où l'Angleterre a octroyé à ses colonies le gouvernement responsable, elle ne s'est trouvée engagée avec aucune grande puissance dans une guerre capable de moitié ses colonies en danger ou de leur faire du mai. Aussitôt ne pourrait-on prévoir avec certitude quel serait le résultat d'une tension de cette sorte. Si la question du Venezuela avait fait éclater la guerre et si les Etals-Unis avaient essayé de se dédommager des ravages exercés contre les villes sans défense de leurs côtes, en s'emparant des « terres à froment » de la région située à l'ouest des Grands Lacs, est- on sûr que le Canada n'aurait pas cherché à détourner ce péril en se proclamant neutre? Bref, est-il certain que les colonies autonomes, au risque de subir elles-mêmes des perles énormes, se rangeraient à côté de l'Angleterre dans une lutte qu'elles n'auraient pas provoquée et où la mèrepatrie ne pourrait les protéger qu'imparfaitement? La sécurité et peut être l'existence même de l'empire dépend de la possibilité pour l'Angleterre de communiquer avec les différentes parties de son empire et de les défendre, et cette possibilité exige la maîtrise de la mer. Or, si l'éloignement des colonies, autonomes forme un obstacle à la fédération, la distribution de l'empire est singulièrement favorable à la domination maritime. L'Angleterre possède sur presque chacune de ses importantes lignes de communication des citadelles qui tiennent la route ouverte pour ses flottes et parfois la ferment aux Hottes de ses ennemis, tandis que ses possessions les plus éloignées sont assez grandes pour ravitailler ses navires et pour résister indéfiniment à une conquête par mer. De plus, l'Australie, le Cap, les petites îles et, en pratique, pouvons-nous ajouter, l'Egypte ne sont pas exposées à se voir attaquer du côté de la terre ; et le Canada n'a pour voisin qu'un pays avec lequel il est extrêmement
élaient do 2 sh. 5 d. contre 14 sh. 1 | d. par iête. Corn. Papers, 1902, LXVI, 4SI, p. VI.
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peu probable que l'Angleterre en àenne aux mains. S'il est donc possible de concevoir que le lien qui l'unit à ses colonies autonomes soit soumis à une tension excessive, cette hypothèse esl cependanl des plus improbables aussi longtemps que l'Angleterre gardera une marine suffisante. .Mais en dépit de sa richesse, l'obligation de rester maîtresse des mers contre le monde entier est devenu si lourde, que l'Angleterre désire en partager le fardeau avec les colonies dans l'intérêt commun desquelles, à son avis, elle s'en trouve chargée. Et cela ne peut se réaliser sans donner à ces colonies une voix au chapitre sur la politique étrangère que la marine peut être destinée à faire prévaloire.
L'évolution vers une union plus étroite. — L'octroi du gouvernement responsable fut probablement le seul programme que l'on put suivre à cette époque ; mais s'il ne mena point à la séparation que d'aucuns prédisaient alors, il ne fut certainement pas une avance dans le sens de l'union fédérale. Il plaça les colonies dans une situation qui ne parait pas leur déplaire (1). En somme, elles ont toute liberté d'administrer leurs affaires intérieures comme bon leur semble, et quant aux questions étrangères qui les intéressent, il est tenu compte de leur opinion et elles jouissent de la protection que leur donnent le nom et la marine de l'Angleterre, à peu près sans qu'il leur en coûte rien. L'observateur du dehors est porté à croire que tandis que l'Angleterre désire un lien plus étroit au point de vue politique et financier, les colonies songent surtout à consolider leurs relations commerciales. Des mesures de rapprochement ont déjà été prises dans certaines directions. On a encouragé les lignes de navigation à vapeur et la pose de cables sous-marins, on a établi la taxe générale des
(l)Ce fut l'opinion qu'elles exprimèrent, à l'unanimité moins une voix, dans la conférence coloniale de 1897. Com. Papers, 1897, L1X, 731, p. 15.
lettres à un penny, et presque toutes les colonies autonomes ont institué un tarif de préférence.
Les tarifs de préférence. — Dès 1892, le Canada adopta une résolution portant que le jour où l'Angleterre donnerait la préférence aux produits canadiens, il serait prêt à lui accorder la réciprocité (1). L'Angleterre ne répondit pas à cette avance ; mais le Canada, après avoir relevé son tarif protecteur en 1897, octroya l'année suivante une préférence de 25 0/0 aux produits anglais; il porta cette préférence à 33 | 0/0 en 1900 et maintint cette concession dans le nouveau tarif de 1907. En 1903 les colonies sud-africaines, à l'imitation du Canada, accordèrent une préférence de 25 0/0 à un grand nombre de produits anglais, et la même année, la Nouvelle Zélande releva ses barrières douanières vis-à-vis de tous les pays étrangers, mais pas contre l'Angleterre ; cet exemple fut suivi en pratique par l'Australie en 1907. Naturellement, ces concessions n'ont pas été faites et elles ne seront pas maintenues au détriment des intérêts protégés dans les colonies ; car l'expérience prouve que même à l'intérieur d'un seul pays, les gens des diverses légions ne s'inspirent pas de motifs altruistes dans les questions douanières. Les colonies consentent à prendre en Angleterre plutôt qu'ailleurs les marchandises qu'elles importent, mais on ne peut guère attendre d'elles qu'elles renversent la politique qui consiste à protéger leurs industries indigènes ; le profit que l'Angleterre peut espérer sera donc limité. Certes, quelques unes des colonies, notamment le Canada, seraient heureuses de faire un sacrifice réel en retour d'un tarif de préférence favorable à leurs propres produits. Mais les importations provenant des colonies autonomes sont principalement des matières premières et des denrées alimentaires, et beaucoup de personnes prétendent qu'un impôt sérieux sur ces marchandises retomberait lourdement sur les classes ouvrières et les industries d'Angleterre, tandis que les
(t) Corn Papers, 1905, LUI, 441, p. 2.