‹ Le gouvernement de l'AngleterreChapitre 155 sur 191 · CHAI'. I.XL1I. — ARISTOCRATIE ET DÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

CHAI'. I.XL1I. — ARISTOCRATIE ET DÉMOCRATIE

Le gouvernement dune classe. — Ensuite, le fait que le gouvernement est encore en grande partie aux mains de la classe supérieure n'est pas sans ell'et sur le niveau de l'intégrité politique. Le règne d'une aristocratie n'est

pas nécessairement un modèle de haute moralité ou d'honnêteté scrupuleuse ; Ferrero, dans sa récente histoire, montre que le déclin des vertus publiques de la noblesse romaine accompagna L'élargissement delà base du pouvoir politique, l'avènement de la richesse commerciale et l'agrandissement de l'empire. Mais en Angleterre, le cours d'événements peu dissemblables en apparence a ru tics résultats tout différents. On parle maintenant avec horreur d'une corruption qui, au xviue siècle, était générale et effrontée. Le fait est qu'aujourd'hui les classes supérieures gouvernent en Angleterre, non pas grâce aux privilèges politiques qu'elles conservent, mais en vertu du consentement de la grande masse du peuple et en qualité de fidéi-commissaires (trustées) pour son avantage. Leur autorité est très populaire auprès des masses, mais elle est au prix de garder le respect de la nation par une réputation généralement intacte de probité de caractère ; si cette réputation devait être sérieusement entamée, la classe dirigeante serait bientôt balayée du pouvoir. Or, bien qu'un pareil motif d'intégrité soit en grande partie un motif inconscient, il n'en est pas moins eflicace. 11 met les hommes mêlés à la vie publique fortement en garde contre toute conduite douteuse, en même temps qu'il les porte à discréditer les bruits de scandale et à repousser les insinuations malveillantes contre les membres de leur propre classe. Il a donc la double conséquence d'empêcher les écarts du niveau consacré de la moralité politique et de soutenir une réputation de probité sans tache. En outre, la plupait des hommes qui tiennent les rôles principaux dans le jeu de la politique, comme fidéi-commissaires du peuple gouvernant sous les yeux du public, ont combattu ensemble dans les sports des écoles et des collèges et se retrouvent sans cesse dans

les salons de Londres. Cette circonstance seule les pousse à jouer franc jeu et à respecter selon l'époque les règles conventionnelles de l'honneur.

Nature de la classe dirigeante. — C'est celte situation que le professeur Burgess appelle « le gouvernement du peuple, pour le peuple, par les meilleurs du peuple » (i). Sans vouloir discuter en quel sens ils sont les meilleurs du peuple, il est clair que la plupart de ceux qui siègent à la Chambre des Communes sont encore des membres d'une classe sociale distincte. Certes, les éléments n'en sont pas précisément les mêmes que ceux qui formaient l'aristocratie d'il y a un siècle. Les représentants de l'ancienne gentry terrienne sont moins nombreux, et ceux de la richesse commerciale, plus en vue qu'ils n'étaient jadis ; mais l'aristocratie anglaise n'a jamais été une caste fermée. Ses portes sont toujours restées ouvertes à l'accomplissement de hauts faits, au succès et à la fortune. Sa composition n'a jamais cessé de varier, et il est probable que la proportion moyenne des membres de la Chambre des Communes qui fréquentent les salons de Londres est aussi grande qu'elle le fut jamais. Les relations de la haute société avec la politique sont encore très étroites, peut-être pas moins étroites qu'en d'autres temps (2).

Le grand monde en Angleterre est une institution nationale. Ce n'est pas une collection de groupes séparés en différents endroits, mais une seule catégorie qui a des ramifications dans tout le pays et un lieu de réunion central à Londres pendant la saison mondaine. Au contraire des autres classes de la nation, qui sont localisées, la haute société existe partout. Ses membres ont entre eux des relations extraordinairement étendues d'un bout à l'autre du pays. Ils sont reliés par les mariages, par

(1) Political Science and Conslituiional Latv, II, p. 4. -

(2) Redlich fait remarquer l'importance de cet aspect de la vie publique en Angleterre (The Procédure of the House of Commons édit. angl. H, pp. 12 et s.) et Sidney Low y consacre un excellent chapitre {The Governance of England, ch.X).

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