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les amitiés de jeunesse contractées dans les écoles publiques et à Oxford on à Cambridge, et ils sont constamment réunis dans les réceptions de la capitale ou dans les visites aux châteaux. Cette constitution donne au grand monde beaucoup de solidité et d'inlluence. Bans l'étroitesse et la raideur qui sont le propre d'une ciste purement héréditaire.
Pourquoi If gouvernement </>■ classe persiste. — Nous avons déjà fait observer que la masse du peuple préfère d'être représentée par des hommes du monde, et qu'elle aime d'autant mieux un candidat que sa position sociale est plus élevée ; à condition, bien entendu, que le parti auquel il appartient soit prêt à réaliser ses désirs, — et cette condition, nous allons voir que les partis ne sont que trop disposés à la remplir. Les Anglais ignorent presque complètement la passion de l'égalité et la jalousie de classe qui sont si communes dans d'autres pays. Au contraire, le sentiment de déférence ou le snobisme augmente plutôt à mesure qu'on descend l'échelle sociale. L'ouvrier, quand il n'est fias amené à voter pour un candidat trade-unioniste sous l'impulsion d'un grief aigu, préfère un personnage titré, et c'est pour cette raison que les dernières extensions du droit de suffrage ont plutôt renforcé qu'affaibli l'autorité de la classe dirigeante sur la vie publique.
L'habitude d'élire des non-résidents a également donné des avantages aux hommes riches et de haute situation. Elle leur permet de poser leur candidature avec d'excellentes chances de succès dans toutes les circonscriptions du royaume ; tandis que l'homme qui ne possède pas une large aisance, qui a grandi dans un milieu modeste, se trouverait presque dans l'impossibilité de se faire élire loin de son berceau, à moins qu'il n'ait déjà conquis la distinction. Même dans sa ville natale, l'absence d'une hiérarchie de mandats publics, d'une échelle politique qui mène traditionnellement au Parlement, lui permet difficilement de se hisser jusqu'à la Chambre des Communes.
Le coût d'un siège au Parlement. — Le sentiment populaire qui aide à maintenir l'autorité politique de la classe supérieure se trouve renforcé par l'effet direct de la richesse ; car l'influence de l'argent en politique est, d'une manière générale, très différente en Angleterre et en Amérique. Dans ce dernier pays, il n'est pas rare qu'on s'en serve pour gagner les faveurs d'une législature ou d'un conseil municipal, et plus souvent encore pour obtenir d'être traité sans injustice ou pour détourner des attaques illégitimes. Le payement [bribery) direct des législateurs tend, il est vrai, à devenir plus rare, mais l'argent s'emploie plus couramment sous forme de souscriptions aux fonds de campagne, et on le verse au boss, dans les endroits où il existe. Une contribution de cette sorte, bien qu'elle ne soit pas le prix d'un service déterminé, donne droit à la reconnaissance et à la considération dans l'avenir. En Angleterre, par contre, il est rare, si jamais cela arrive, qu'on se serve des fonctions publiques au profit de la richesse, mais la richesse sert très largement à procurer les fonctions publiques. Les membres du Parlement ne reçoivent aucune indemnité, les frais normaux de l'inscription des électeurs et de l'élection sont généralement lourds, et, à moins qu'il ne s'agisse de candidats du travail soutenus par les trade-unions, ces frais retombent principalement sur le candidat; et les charges d'entretien [nursing) de la circonscription y ajoutent une somme qui n'est pas négligeable. Il en résulte qu'un siège à la Chambre des Communes est un luxe réservé surtout à la seule classe de la société qui a de quoi se le payer.
Attrait de la vie publique pour celte classe. — Toutes ces circonstances tendent à placer la direction des affaires nationales entre les mains de la partie la plus riche de la société, en même temps que la vie publique exerce sur celte classe un attrait presqu'irrésislible. Le désir de prendre part à la politique parait être plus général chez les gens qui ont des loisirs en Angleterre que chez l'élément social du même rang dans aucun autre pays du
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monde. Les agréments qu'ils peuvent y trouver sont en somme plus grands, et les inconvénients moindres que
partout ailleurs. Si la Chambre des Communes n'est plus « le meilleur club de Londres », elle est pourtant un endroit fort agréable et par où l'on arrive à maintes choses qui sont désirables. Le Parlement siège pendant la saison mondaine, dans la capitale de l'empire où toute la haute société des Iles Britaniques se rencontre et où tout ce qui est important dans le monde entier est passé en revue. C'est à ce milieu qu'appartient le représentant aristocratique d'un bourg de province, de même que la plupart de ses collègues, et il est l'objet d'intérêt et d'attentions. On ne peut se retenir de se demander combien cette situation serait différente, si la rétribution du mandat parlementaire amenait dans la Chambre une forle proportion d'hommes d'origine tout autre, et si, par application du principe du centre de gravité géographique, singulièrement en vogue aux Etats-Unis, le Parlement devait siéger à Notlingham.
En outre, la manière d'arriver à la Chambres des Communes implique peu de démarches répugnantes pour un candidat. Il ne doit pas passer par un long apprentissage du mandat public dans des charges inférieures. 11 n'est pas exposé aux rebuffades d'hommes d'un goût moins délicat et il n'a pas à souffrir des personnalités trop communes dans les élections municipales en Angleterre el dans toutes les luttes politiques d'autres pays. Enfin, le Parlement est le chemin le plus facile pour qui veut se distinguer ou conquérir les honneurs de tout genre, et presque l'unique chemin qui mène au plus grand pouvoir et au plus haut rang que la nation puisse accorder ; car, s'il est vrai que les simples députés aujourd'hui n'exercent plus beaucoup d'influence sur le cours des affaires publiques, il arrive souvent, par contre, qu'un député inféodé au parti dominant, mais dépourvu de talents remarquables, reçoive pour prix de sa fidélité, et à condition qu'il soit riche, un titre de baronet ou même la pairie ; et ce n'est que par le Parlement qu'on peut
s'élever jusqu'à un siège dans le cabinet. Il n'est probablement pas d'autre carrière où un homme favorisé sous le rapport 3e la naissance et de la fortune ait autant de chances que dans la politique anglaise de se faire une réputation moyennant certaines capacités et au prix de peu d'efforts. Et il ne court pas le risque, si grand dans d'autres pays démocratiques, de retomber dans l'oubli, sans aucune faute sérieuse de sa part, après avoir occupé une haute situation. 11 est presque toujours vrai en Angleterre que celui qui est devenu chef reste chef(l) ; car un ancien ministre de cabinet qui a conservé sa vigueur est à peu près assuré de trouver place dans le prochain ministère de son parti ; sinon, pourvu qu'il soit riche, il peut réclamer la consolation d'un titre de pair. On ne pourrait pas donner en Angleterre le conseil que le président Roosevelt adressait à de jeunes américains qui le consultaient à propos de la politique comme carrière, à savoir : que c'était une excellente chose que d'entrer dans la politique, mais qu'en la considérant comme une carrière on s'exposait à des tentations presqu'inévitables. Il n'est donc pas étonnant qu'un siège au Parlement exerce une fascination puissante sur les jeunes gens nés dans la classe gouvernante.
Lçl classe dirigeante cl le cabinet. — Suivant l'observation de Sidney Low (2), les hommes qui fréquentent la haute société de Londres sont encore plus propondérants dans le cabinet que dans la Chambre des Communes. Cela est dû, d'après lui, au fait bien connu qu'un homme a beauooup plus de chances d'arriver au ministère s'il acquiert de bonne heure son expérience à la Chambre des Communes ; or cela, personne ne peut se le permettre, à moins d'ôtre alïranchi, par une fortune héréditaire, de la nécessité de gagner sa vie. Cet auteur insiste encore davantage sur le fait que les hommes de cette catégorie sont choisis pour prendre place dans le
(1) Once a leader, alwaysa leader.
(2) The Governance of England, pp. 184 et s.