‹ Le gouvernement de l'AngleterreChapitre 158 sur 191 · INTÉRÊTS LOCAUX · texte numérisé non relu

INTÉRÊTS LOCAUX

Raisons de la prédominance des questions publiques. — Si la vie publique en Angleterre est relativement exempte non seulement de la corruption, sous les formes les plus grossières, mais aussi de l'intringue dans les nominations, de l'insistance au nom des intérêts privés et locaux et des marchandages parlementaires qui sont la plaie de beaucoups d'Etats, elle le doit au fait que la politique porte presqu'exclusivement sur des questions d'intérêt général. Les affaires privées et les affaires locales ne jouent qu'un rôle très secondaire et elles n'ont guère d'influence sur la question réellement vitale, qui est la possession du pouvoir par le ministère. Il s'en faut de beaucoup que l'on soit arrivé au même résultat dans d'autres pays qui ont adopté la forme parlementaire de gouvernement ; on ne peut donc pas attribuer ce fait uniquement à la responsabilité ministérielle, bien que ce soit là sans doute un élément essentiel du problème en Angleterre. Ce résultat est dû à une série d'autres facteurs, qui protègent les ministres et les députés contre les exactions dont ils sont ordinairement les victimes dans d'autres pays. Nous avons indiqué la plupart de ces facteurs en

OUAl'. l.xiv. — INTÉRÊTS GÉNÉRAUX, PARTICULIERS, LOCAUX G37

traitant ce sujet dans divers chapitres antérieurs, mais il ne sera pas hors de propos de les résumer ici.

J.r service civil permanent. — En tète de la liste nous pouvons placer l'existence d'un service civil permanent, s 'appliquant non seulement aux postes inférieurs et aux emplois de commis, mais encore à ceux qui comportent un travail responsable d'un caractère plus relevé ; en fait, cela comprend toutes les fonctions gouvernementales en dessous du rang de ministre. Chacun des membres de cet immense corps des serviteurs de l'Etat conserve sa place à travers tous les changements des partis au pouvoir, et à peu prés toutes les nominations auxquelles il y a lieu se font sans acception de relations politiques. Dans la plupart des déparlements, en effet, les titulaires de toutes les fonctions du cadre permanent, sauf ceux d'un petit nombre des postes les plus élevés, sont choisis d'après un examen au concours libre, qui est le point de départ de leur avancement. Ce système, qui constitue peut être la différence la plus essentielle entre le gouvernement anglais et le gouvernement américain, empêche qu'on ne se serve des fonctions publiques en guise de butin de parti et il tient la politique à l'écart du service civil. 11 favorise T'esprit de suite et la méthode dans l'administration, et il rend possibles les changements de parti sans dislocation des fonctions publiques. 11 permet aux ministres et aux députés de consacrer toute leur attention aux questions nationales, sans être distraits parla nécessité de satisfaire une borde de solliciteurs ou de récompenser des partisans lidèles ; et il élimine complètement les considérations de géographie politique. L'idée qu'il faut distribuer les nominations aux emplois publics entre les différentes parties du pays, en proportion de la population, paraîtrait absurde aux Anglais. Dans leurs rapports sur les résultats des examens pour les emplois de la première classe, par exemple, les commissaires du service civil indiquent les universités d'où sortent les candidats admis et quelquefois aussi l'occupation de leurs parents, mais

jamais le comté de leur résidence. Personne ne s'inquiète de savoir si l'Ecosse, le Yorkshire ou Londres a remporté

plus de places que le Pays de Galles, les comtés des Midlands ou d' ' East-Anglia ; personne non plus ne songerait à se plaindre du succès supérieur de tel candidat, dans un concours dont les conditions sont les mêmes ■ pour tous.

On ne peut guère réussir à conférer les fonctions responsables au concours qu'en employant la méthode suivie par les Anglais, c'est-à-dire, en choisissant un grand nombre de très jeunes hommes au moyen d'un examen qui fait l'épreuve de leur instruction générale et de leurs talents, puis en élevant aux (onctions supérieures ceux d'entre eux qui montrent les qualités requises. Aucun examen ne peut donner la mesure des capacités administratives ; celles-ci dépendent d'aptitudes personnelles qui sont en grande partie étrangères au succès dans les études classiques. D'autre part, comme nous l'avons fait remarquer dans le chapitre sur le service civil permanent, la connaissance de la besogne à fournir, l'aptitude immédiate pour le service, — qualités essentielles quand il s'agit de fonctions dont la durée doit être brève, — ont peu d'importance dans le choix de jeunes gens destinés à faire une carrière qui durera autant que leur vie. Bien plus, en exigeant ces aptitudes, on ne réussit qu'à détourner un grand nombre des meilleurs candidats, parce qu'on les oblige à consacrer beaucoup de temps à l'étude de maintes choses qui leur seront complètement inutiles s'ils échouent à l'examen. C'est la raison qui détermina la commission Macaula}' à formuler le principe que l'examen devait comprendre seulement des branches que les candidats auraient étudiées comme partie de leur instruction générale ; et depuis lors, le même principe a été étendu aux grades inférieurs du service civil anglais. Le système contraire, celui d'un examen portant sur la préparation professionnelle, a été essayé en Hollande pour l'admission du service colonial de Java, mais, après de longues années d'expérience, on l'a abandonné

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