‹ Le gouvernement de l'AngleterreChapitre 159 sur 191 · CIIAP.LXIV. — INTÉRÊTS GÉNÉRAUX, PARTICULIERS, LOCAUX · texte numérisé non relu

CIIAP.LXIV. — INTÉRÊTS GÉNÉRAUX, PARTICULIERS, LOCAUX

pour les raisons mêmes que Macaulay faisait valoir 1 1 ).

Or il sciait impossible de maintenir en vigueur un examen d'un caractère Littéraire, comme celui <\c< emplois de la première classe, si l'opinion n'admettait pas d'une manière générale que le degré de succès dans les études universitaires fournit une base convenable pour L'appréciation des capacités intellectuelles. En Amérique, où le publie considère que la valeur de l'éducation se trouve dans l'utilité des connaissances acquises, on accepterait difficilement une pareille épreuve de capacité ; en eflet, si l'on y a largement employé les examens pour tenir la politique en dehors des nominations inférieures et des emplois de commis, on a fait très peu de progrès en ce sens pour ce qui est des fonctions comportant une responsabilité. Et pourtant, c'est là que se trouve précisément Le plus grands mérite du système anglais. Ce n'est qu'en soustrayant ces fonctions à L'action des partis, que l'on a pu éliminer de la vie publique toute intrigue personnelle.

Le libre échange. — Si L'organisation du service civil permanent à écarté beaucoup de questions personnelles, d'autres circonstances ont considérablement atténué L'intrigue au profit d'intérêts privés et locaux. Quoique l'on puisse penser des etfets économiques du protectionnisme et quelle que puisse être la nécessité de cette politique pour développer les industries d'un pays neuf, il n'est pas douteux que le libre échange adopté par l'Angleterre a écarté de l'arène politique une question féconde en cou-- Hits entre les diverses parties du pays et les différentes professions des citoyens. En dépit de tous les avantages que l'on peut trouver à l'établissement d'un tarif scientitique, la combinaison des droits de douane par une chambre législative ne va pas, en pratique, sans un échange de concessions entre les diverses espèces d'industries, dont chacune défend ses propres intérêts avec la dernière énergie.

(1) Lowell and Stephens, Colonial Civil Service, pp. 144 et s.

640 HUITIÈME TARTIË. RÉFLEXIONS

Absence de travaux publics locaux par l'Etat. — La deuxième circonstance qui a permis de tenir les intérêts locaux à l'écart de le politique générale, c'est la tradition qui interdit d'employer les ressources nationales au profit des localités. Le gouvernement doit, naturellement, entretenir des arsenaux dans quelques uns des ports, et l'on sait quelle est la réputation politique des « députés d'arsenaux ». Mais à part ces cas, le gouvernement ne dépense rien pour les ports ; les travaux gigantesques de Liverpool, de Glasgow et d'autres villes ont été exécutés par la population locale à ses propres frais. Certes, l'Etat doit avoir des bureaux de poste ; mais il en a partout. 11 ne construit ni canaux ni routes ; et bien qu'il subsidie largement la police locale, l'instruction publique et d'autres services encore, il le fait d'après des règles générales qui s'appliquent également à toutes les parties du pays. Pour le bonheur des députés et. des affaires publiques, cette tradition supprime une source d'intrigue au service des intérêts locaux, qui exerce ailleurs une influence funeste.

La législation des bills privés. — La manière anglaise de discuter les bills privés supprime encore une autre source féconde d'intrigue au service des intérêts privés et locaux. Grâce à la procédure quasi-judiciaire à laquelle ces bills sont soumis devant de petits comités impartiaux, les députés se voient enlever l'occasion d'intervenir en faveur des projets qui intéressent particulièrement leurs électeurs ou leurs amis, et les moyens qui leur restent de combattre efficacement les projets qui déplaisent à leurs électeurs sont très réduits. On ne connaît pas en Angleterre le député dont l'attention, pendant tout le cours de la session, se concentre tellement sur le passage d'un bill de distribution d'eau, réclamé à grands cris par sa ville, qu'il est prêt à faire marché de son vote sur d'autres mesures, en échange de celui qu'on lui promettra pour son water bill ; cet homme n'a pas conscience qu'il manque d'esprit public, mais il n'en est pas moins un élément de démoralisation dans un corps lé-

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gislatif. lin un certain sens, assurément, un membre du Parlement se serl de son vole sur le] projel pour obtenir le passage de tel autre projet, car il vote toujours avec son parti dans les questions où il n'a pas d'opinion arrêtée, afin de le maintenir au pouvoir pour les mesures qui l'intéressent profondément. Lu principe de I i responsabilité ministérielle l'oblige à suivre les whips avec une singulière fidélité, mais cela s'applique aux affaires publiques, non à des intérêts particuliers.

La force de l'esprit de parti. — La rigueur avec laquelle sont tracées les lignes de parti à la Chambre des Communes est, en effet, tout ensemble la cause et le résultat de la prééminence des questions d'intérêt général sur les questions privées et les questions locales. Les deux bancs du premier rang se font une guerre incessante sous les yeux attentifs de la nation entière. Tout le monde suit avec intérêt les péripéties du combat. Chacun croit qu'il comprend les questions qui sont enjeu, parce que la lutte ■ •.si parfaitement claire. Elle se livre entre deux groupes permanents de guerriers, toujours répartis en deux camps opposés et luttant pour un objet bien déterminé, à savoir : lequel des deux gouvernera le pays. Il n'y a pas de confusion des buts, pas de factions particularisas parmi les chefs. Cette situation oblige les deux bancs du premier rang à prendre nettement position sur les questions d'intérêt général, et elle force les autre membres de la Chambre à soutenir l'un des deux partis. Le député de la majorité qui vote contre ses chefs court le risque de les faire tomber au profit d'un ministère de l'opposition ; et il est sur, après la dissolution qui suivra, de ne trouver que peu de sympathie auprès de ses électeurs. Pour ceux-ci, la question capitale de la victoire du parti éclipse toutes les autres. Sous la forme présidentielle de gouvernement, il n'est pas possible de maintenir cetle discipline parmi les députés, parce qu'on ne peut pas les menacer d'une dissolution ou d'un changement de ministère, et que, par conséquent, leurs idées personnelles et leurs réclamations en faveur d'amis ou d'électeurs ont

plus de poids. Il en est de même dans le gouvernement parlementaire en France, parce que la chute d'un cabinet n'amène pas un véritable changement de parti. Mais en Angleterre les ministres conduisent et la majorité doit les suivre. Le conflit est si simple et il absorbe tellement l'attention publique, que les ministres ne doivent pas acheter l'appui en distribuant des faveurs personnelles ou locales. Ils peuvent se borner à compter sur leur programme seul, et celte attitude est pour eux avantageuse et commode à la fois. En pratique, ils s'abstiennent à peu près complètement d'intervenir dans la catégorie des affaires rentrant dans la compétence de la législation par voie de bills privés. C'est pourquoi, en répétant la conclusion à laquelle nous étions arrivés dans un chapitre antérieur, nous dirons que les partis politiques anglais, sous la conduite de leurs chefs responsables au Parlement, sont des facteurs d'une puissance extraordinaire pour diriger l'œuvre législative, mais qu'ils s'occupent à peu près uniquement des affaires importantes au point de vue national.

Il y a des avantages manifestes à ce que la politique porte sur les affaires d'intérêt général et non pas sur des questions particulières ou locales. Cela diminue la tentation de rechercher des profits personnels, de former des combinaisons secrètes : disposition qui, si elle n'est pas précisément corrompue, est pourtant démoralisante et a beaucoup contribué à jeter le discrédit sur les corps législatifs populaires. Mais cette situation récèle aussi certains dangers qui ne sont pas sans rapport avec un phénomène d'importance mondiale : la recrudescence moderne du « paternalisme » d'Etat.

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LE DEVELOPPEMENT niî L KTATISMK

Le « laisser faire*. — L'adaptation d'un état de choses ancien aux conditions modernesdc l'industrie et de la société amena, depuis le milieu du xvm* siècle jusqu'au milieu du xixe, de nombreux changements dans les lois et les institutions. Les règles établies pour des raisons qui avaient disparu devinrent si souvent pires qu'inu!ili > el de véritables obstacles dans la voie du progrès, que les hommes se mirent à considérer tous les règlements comme étant mauvais par définition, et leurs ancêtres, comme coupables d'une stupidité presque maligne dans la conception de ces barrières. Rousseau fil môme la découverte générale que toute la civilisation avait été une erreur depuis le commencement. En France, l'esprit nouveau déchaîné par la Révolution balaya devant lui toutes les parties les plus apparentes de l'ancienne constitution ; en Angleterre, tandis que le sentiment conservateur et l'horreur du bouleversement empêchèrent la propagation des doctrines subversives dans le domaine politique, des théories très radicales rencontrèrent une grande faveur dans les questions économiques. La raison de ce phénomène en Angleterre, c'est que la théorie de la réduction de l'intervention de l'Etat au point le plus faible possible coïncidait avec les nécessités immédiates

de l'époque. Les manufactures s'élaient développées très

rapidement en Grande Bretagne, et l'un des objets do la législation pondant le deuxième quart du xix6 siècle fut de détruire ce qui pouvait faire obstacle à leur expansion. Ou ne perçut pas tout d'abord complètement les graves problèmes qu'elles allaient soulever, les abus qu'elles allaient engendrer. Le travail n'était d'ailleurs pas suffisamment organisé pour faire entendre sa voix d'une manière efficace, car l'extension du suffrage avait donné le droit de vole surtout aux classes moyennes, premièrement intéressées au développement de l'industrie et à la production de la richesse. De plus, les prophètes de l'ère nouvelle croyaient que tous les hommes devaient, en fin de compte, avoir une part aux bienfaits de la richesse et que chacun, en poursuivant son intérêt personnel, contribuait par là même au plus grand bien-être de la communauté. La doctrine du « laisser-faire », proposée par les économistes classiques et réalisée dans la politique pratique par l'école de Manchester, s'appuyait en fait sur la présomption que l'intérêt personnel éclairé de chaque individu devait être en harmonie générale avec celui de chacun des autres ; et les esprits les plus audacieux prophétisaient un état de prospérité universelle basé sur l'égoïsme universel.

Changement de théorie. — Toute théorie politique renferme les germes de sa propre destruction, car il est inévitable qu'elle soit inexacte dans une certaine mesure, et plus rigoureusement on la met en pratique, plus nettement en apparaissent les défauts. Il en résulte qu'au moment où un principe semble généralement admis et où on le regarde comme l'idée régnante d'une époque, ordinairement le temps de sa chute est proche. Le progrès humain marche comme un navire qui louvoie au vent, courant une bordée à tribord, puis une autre à bâbord, car l'humanité, incapable de discorner la vérité absolue pour diriger sa course, avance en exagérant un principe à la fois. La doctrine du « laisseriaire » ne fut pas une exception à cette règle. Les direc-

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leurs des nouvelles industries, uniquement préoccupés d'agrandir leurs affaires et libres de toute entrave des lois, employaienl la main-d'œuvre dans les conditions déterminées par la loi de l'offre et de la demande, en s'inquiétant beaucoup trop pou du bien-être de leurs ouvriers; partant, le développement rapide de la vie industrielle jeta la misère dans les classes inférieures du peuple, particulièrement chez les femmes et les enfants employés dans les fabriques et dans les mines. Quand ces maux finirent par attirer l'attention générale, ils suscitèrent la législation sur les manufactures. L'emploi de la main-d'œuvre infantile lui graduellement restreint, les heures de travail lurent réglementées, les conditions sanitaires furent améliorées, les machines dangereuses furent munies d'appareils de sûreté, l'instruction obligatoire fut imposée pour les enfants, et les patrons fuient rendus responsables des accidents éprouvés par leurs ouvriers. On avait commencé d'adopter des lois de ce genre longtemps avant que la doctrine du « laisserfaire » n'eût atteint le plus haut point de la faveur populaire, et on a continué depuis d'en voter d'autres avec une rapidité croissante. Elles supposent admise l'idée que l'intérêt personnel éclairé des patrons ou des employés n'est pas une.sauvegarde suffisante contre l'oppression I .

La touche de socialisme. — Les lois ouvrières [factory acts ont fait à la doctrine du « laisser-faire » une brèche constamment élargie, à tel point que ce qui reste de ces idées ne suffit plus à opposer une résistance formidable à une législation qui veut s'inspirer de philanthropie. Les économistes se sont occupés de cette entreprise, ils en ont montré les défauts et les limites. Mais elle a aussi été attaquée par des théories socialistes fondées sur un principe diamétralement opposé, et encore

(1) Sur tout ce sujet, v. le lumineux ouvrage du professeur A. V. Dicey. Le droit et l'opinion publique en Angleterre, éd. française Jèze.

qu'elles ne soient pas reçues comme croyance par une fraction importante du peuple anglais, ces théories ont déposé un ferment dans l'opinion publique de toutes les classes. Elles partent du principe que les intérêts des hommes sont essentiellement divergents, et que l'Etat doit intervenir pour régler le conflit des forces et empêcher les abus de pouvoir. En pratique, celte doctrine, dans sa forme la plus complète, mettrait toute l'industrie entre les mains du gouvernement et refuserait aux particuliers le droit d'administrer n'importe quelle atlaire. Il suffit de lire une ou deux des curieuses paraboles de H. G. Wells pour voir jusqu'à quel point peut aller cette idée de la discordance naturelle des intérêts humains ; car les romans traduisent parfois l'opinion avec autant de clarté qu'aucun traité sur la matière. Dans sa « Machine à compter le temps », où l'écrivain se transporte dans le monde à des milliers d'années plus tard, il trouve l'humanité divisée en deux parties, la plus vigoureuse conservant l'autre pour s'en nourrir. Dans sa « Guerres des mondes », les Martiens, créatures bien supérieures à l'homme, envahissent la Terre et vivent en suçant le sang des gens qu'ils y rencontrent. Il y a une thèse dans ces contes, et ce n'est point par pure fantaisie littéraire que l'auteur a fait aboutir au cannibalisme le libre cours d'une évolution guidée par l'égoïsme. Ces récits marquent l'oscillation du pendule la plus éloignée des conceptions fondamentales du « laisser-faire. » Les Anglais ne sont certainement pas enclins à accepter aucune théorie de discordance nécessaire entre les intérêts humains, mais ils ne croient plus à leur harmonie essentielle, et loisqu'on leur montre un grief actuel, ils sont prêts à y appliquer un remède, au lieu d'attendre, avec une confiance aveugle dans le cours naturel des événements, qu'il remette toutes choses en place.

La croissance du sentiment humanitaire. — Le germe nouveau tomba dans un sol préparé par le développement des idées humanitaires. C'est peut-être par l'éten-

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dur de la sympathie humaine qu'il faut mesurer la civilisalion. Au début, les hommes n'ont d'affection sociale que pour les membres de leur famille, de leur tribu ou de leur clan particulier. Tous les autres humains sont des ennemis naturels qu'il faut exterminer nu réduire en servitude, l'uis la conception de liens communs s'étend à un groupe [dus large, à une ville, à un Etat, même à toute une race parlant La même langue ou adorant Les mêmes dieux ; mais les limites sont encore étroites. Même à l'époque classique de la (irèce, les esclaves étaient encore considérés dans une large mesure comme des mo)*ens pour le perfectionnement d'une caste supérieure, plutôt que comme des êtres dont le bonheur avait de l'importance en soi. L'idée que l'humanité tout entière, de toute couleur, de toute race et de toute religion, a droit à l'amitié et à l'aide, est relativement neuve comme croyance populaire, et même à présent, il lui est parfois difficile de se maintenir contre les exigences de la vie pratique. Enfin, les animaux excitent la pitié comme jamais ils ne l'ont fait auparavant, à telles enseignes que le monde pense que toute créature capable de jouir et de souffrir a droit à la sympathie de l'homme.

Si la marche de la civilisation peut se mesurer à l'élargissement de la sympathie, le progrès commencé en Europe au milieu du xvmc a continué avec une allure croissante. Le développement rapide de tous les moyens publics et privés pour soulager la misère et améliorer le sort et l'avenir des indigents, l'œuvre des setllemenls sociaux et L'intérêt qui se porte sur toutes les entreprises philanthropiques en sont des preuves suffisantes. Ces efforts ne sont peut-être pas toujours dirigés très judicieusement, mais le sentiment qui les inspire est profond et sincère. On en voit les signes de toute part. Il y a quelques années, on rapporta à l'auteur le propos d'un vieillard qui disait que lorsqu'il était arrivé à Londres dans sa jeunesse, les cha'.s fuyaient l'homme, tandis que maintenant ils venaient chercher des caresses ;

cette observation renferme tout un chapitre du progrès humain. Si les combats d'ours sont interdits aujourd'hui en Angleterre, ce n'est certainement pas à cause du plaisir que les spectateurs y prendraient. Les amusements populaires à notre époque, tels les tournois des joueurs professionnels de cricket et de foot-ball, sont, si l'on veut, des formes de distraction peu édifiantes, mais les sports ne sont plus cruels, sauf, chose étrange, dans les classes supérieures, et nulle part ils ne sont plus une école de brutalité, ni pour les acteurs ni pour les spectateurs.

Diminution de la brutalité. — On entend encore parler d'hommes qui battent leur femme et d'une foule d'autres délits, mais il semble pourtant que la brutalité ait beaucoup diminué dans les niasses anglaises ; en effet, les statistiques judiciaires montrent qu'il y a une décroissance constante dans le nombre des ciimes de violence (I). On ne rencontre pas dans la rue ces perpétuelles bagarres d'hommes et de gamins que Dickens décrit. L'ivrognerie est naturellement encore une plaie, surtout en Ecosse, où l'on constate, non sans stupéfaction, et l'étendue de ce vice et l'indifférence avec laquelle on le traite. Mais d'après les statistiques des commissaires du revenu intérieur, la consommation de l'alcool a été en diminuant depuis quelques années (2) ; et il est certain que le goût des querelles de rue, pour le simple plaisir de se battre, a considérablement disparu (3). Et ce qui est peut-être plus frappant encore, c'est l'attitude du gouvernement envers le crime, telle que la révèle le nouveau palais érigé à la place de, l'Old lîaile}% tout près de l'endroit où s'élevait la prison de Newagte avec ses longues annales de châtiment et de

(1) Corn. Papers, 1905, XGIX, 1. pp. 32, 33.

(2) Cf. Corn. Papers, 1895, XXVI, 443, p. 14; 1905, XXIV, 1, p. 38.

(3) A un niveau social plus élevé, la suppression des brutalités qii se rattachaient aux brimades dans les grandes écoles publiques marque avec non moins de force ce même changement dans les idées.

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souffrance. Le portail de l'édifice moderne peu-té l'inscription : « Tu protégeras les enfants du pauvre et tu puniras le méchant. »

Diminution du sang-froid. — L'augmentation du sentiment humanitaire el la modification qu'elle suppose dans le lempéramenl national ne sont pas sans rapport avec le développement des villes. Au point de vue de leur résidence, les Anglais sont maintenant en majorité un peuple urbain, et ils le sont devenus peut-être plus essentiellement encore dans leurs qualités, car les caractéristiques urbaines dans le passé provinrent principalement de- relations constante- avec autrui dans la vie urbaine. L'homme des villes était prompt à saisir et à communiquer des idées. Il devint alerte, généreux, impressionnable, prêt a agir de concert avec ses semblables ; tandis que l'homme des champs restait lent, méditatif et concentré. Mais la facilité des voyages, la rapidité des communications, la poste et la presse quotidienne ont révolutionné la vie rurale dans le monde entier, et peut-être nulle part autant qu'en Angleterre. En un certain sens, tout le royaume est devenu suburbain. Mais le développement de la vie urbaine et le grand progrès de l'esprit humanitaire ont apporté une perte en même temps qu'un gain. Quelque chose de l'ancien sang-froid a disparu et a fait place à une plus grande impressionnabilité. On l'a remarqué particulièrement pendant la guerre sud-africaine ; l'excitation du peuple alla jusqu'à l'excès, surtout après les victoires anglaises ; ce fut alors, parfois, presque du délire. Quiconque se trouva à Londres au moment de la délivrance de Mafeking n'oubliera pas facilement l'orgie qui régna dans les rues le soir où la nouvelle arriva et l'exubérance du lendemain. Cette manifestation était évidemment spontanée et d'autant plus symptomatique. Certes, les circonstances n'étaient pas normales ; mais cet émoi indiquait, encore que sous une forme grossièrement exagérée, le véritable changement qui s'est opéré dans le tempérament national. Sans doute, on n'a pas encore

vu disparaître complètement le type de John Bull flegmatique, inébranlable, qui ne s'engageait dans une querelle que lorsqu'il ne pouvait plus l'éviter, mais alors luttait avec ténacité, et qui préférait les usages de ses pères à toutes les innovations modernes; mais le déclin de la prospérité agricole l'a rendu beaucoup moins fréquent. Dans les problèmes sociaux, l'Anglais d'aujourd'hui est audacieux, impatient, prompt à attaquer les maux qu'il constate et tout disposé à faire des expériences dans la manière d'y porter remède. Souilret-il de l'encombrement des villes, il construit de suite quelques maisons ouvrières. Les travailleurs agricoles sont-il mal lotis, il vote une loi pour mettre des lopins de terre à la disposition d'un certain nombre. L'un et l'autre remède manquent-ils d'efficacité, il construit quelques maisons de plus et fait une révision sans grande portée pratique dans la loi des allotments. Se plaint-on de la grande mortalité infantile, il organise même dans quelques bourgs un service municipal du lait. Bref, il a cessé de considérer les inconvénients de l'existence, soit pour lui-même soit pour les autres, comme des choses faisant partie de l'ordre inévitable de la nature et qu'il faut supporter avec patience ; il veut y porter remède sur le champ.

Altitude à l'égard des problèmes économiques. — Le déclin de la doctrine du « laisser-faire », le développement des sentiments humanitaires et la modification du tempérament national ont amené un changement dans l'attitude vis-à-vis des questions économiques et sociales. L'ancienne idée, que tout le monde gagnerait à l'accroissement de la richesse, a fait place à la sollicitude pour le sort des gens les moins favorisés ; et cette tendance a été accentuée par l'extension du droit de suffrage. Le fait que la grande masse des électeurs appartient aux classes qui ne possèdent guère de propriété et qui ne vivent que de leurs salaires a porté vivement l'attention de tous les hommes publics sur les besoins de l'ouvrier. Aussi, par un contraste irappant avec les idées qui do-

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