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CHAP. XXXIX. — LES ROIRGS, LE CONSEIL DE VILLE

d'autres villes copièrent, sans toutefois remployer aussi rigoureusement au point de vue municipal. Quelquefois on rejette les étiquettes des partis nationaux, pour les remplacer par les noms de « modérés » et « progressistes », à L'instar du conseil de comté de Londres. A Londres, ces divisions ont une tendance à se rapprocher des licites de partis nationaux; car, encore qu'un libéral ne soit pas toujours un progressiste, ni un conservateur toujours un modéré, et bien qu'il soit très possible à un membre d'un parti national de siéger du côté opposé dans le conseil, néanmoins, les deux lignes de démarcation coïncident en somme à peu près exactement (1), et les organisations de parti ne se. font pas faute d'aider les combattants ; cette situation parait même encore plus accusée dans les bourgs de province.

Même dans les villes où les candidats sont ouvertement patronnés par les organisations politiques, — et c'est le cas dans la plupart des bourgs, — chaque bourgeois ne suit pas invariablement son parti. Mais les exceptions ne sont pas assez nombreuses pour empêcher qu'on ne considère le résultat comme l'indice de la force des partis, bien que L'assiduité des électeurs au scrutin pour Les conseils de bourg soit tellement relâchée qu'il n'est pas rare que la majorité du conseil appartienne à l'un des partis, tandis que les députés de l'endroit sont élus par l'autre. Naturellement, ce ne sont pas les questions nationales qui font réellement l'enjeu de la lutte, et étant donnée l'attitude que les conservateurs ont prise récemment à l'égard des problèmes sociaux, il n'y a pas de rapport nécessaire entre H politique nationale et la politique locale ; car si les libéraux sont au total plus enclins à favoriser l'extension des attributions municipales, en de certains endroits les conservateurs forment le-groupe le plus avancé dans les questions locales, et en beaucoup d'autres il est impossible de faire à ce point de vue

(1) Nous reprendrons cette question plus loin, à la fin du chapitre sur !e conseil de comté de Londres.

lcS't TROISIÈME PARTIE. LE GOUVERNEMENT LOCAL

aucune distinction entre les partis. Parfois les questions nationales occupent le premier rang dans les discours électoraux; mais plus souvent l'éloquence publique porte sur les allaires locales. Parfois aussi l'on discute en public le thème plus important de l'aptitude des candidats, mais il peut prêter à un échange de personnalités qui fait mauvais effet.

Les tiers candidats ne sont pas fréquents. Il y a une douzaine d'années, des associations de contribuables, formées pour protester contre l'accroissement des taxes locales, surgirent dans plusieurs bourgs, mais elles se composaient d'hommes qui n'avaient guère d'influence et, faute, d'être appuyées vigoureusement par le public, elles ne tardèrent pas à disparaître. Le sentiment dominant du jour était en laveur d'une activité communale plus grande, ce qui implique une augmentation de dépenses ; et ni ces associations ni, à l'occasion, les candidats indépendants ne purent dénoncer aucun vice général d'administration qui aurait pu faire le point de mire d'une véritable campagne en dehors de tout esprit de parti. Aux élections des bourgs de Londres, en novembre 1906, et à celles du conseil de comté, au mois de mars suivant, les Municipal lieformers organisèrent avec un succès extraordinaire l'agitation contre l'augmentation des taxes ; mais ils le firent en absorbant les modérés et en se constituant eux-mêmes l'un des deux grands partis dans la politique locale de la mélropole. Les partisans du travail et les socialistes ont souvent aussi présenté des candidats dans un grand nombre de villes, et les premiers ont gagné des sièges, lentement mais régulièrement, dans les conseils de bourg. Ils y sont arrivés, cependant, moins à la faveur de luttes à trois partis qu'en décidant l'un des partis principaux à ne pas présenter de candidats contre les leurs. Les socialistes ont eu moins de succès. Excepté dans le faubourg ouvrier de West Ham, à l'est de Londres, où ils ont été maîtres du conseil pendant peu de temps, ils n'ont pas pu faire passer beaucoup de leurs candidats, encore que

les autorités des bourgs soient partout animées d'un esprit qu'un aurait jugé éminemment socialiste il y a cinquante ans.

Les bourgs sans partis. — En politique, une manière

de penser, une fois acquise, exerce son influence bien au delà îles circonstances qui l'ont justifiée, et c'est ainsi que les élections municipales en Angleterre se trouvent basées pour la plupart sur une division du pays en deux partis ave.: quoi elles n'ont logiquement aucun rapport. Mais cela n'est pas le cas pour toutes les villes. 11 y a quelques bourgs, grands et petits, notamment Brighton à l'extrême sud et Newcastle bien loin au nord, où les élections ne se font pas du tout suivant les lignes de parti et où toute tentative d'introduire la politique de parti est résolument blâmée. La même chose se remarque dans la plupart des grandes villes écossaises, comme Edimbourg, Glasgow, Aberdeen, Dundee et Perth, où règne l'usage de l'aire les présentations de candidats en assemblées publiques de quartier.

Les bourgs où la politique de parti n'intervient pas dans les élections locales ne se distinguent point par un manque d'intérêt aux questions nationales, et il n'est pas facile de voir pourquoi cet usage fleurit chez eux et pas autre part. Il semble que ce soit afl'aire de tradition, car il n'y a guère de tendance à s'en écarter. Ces villes conservent leurs coutumes, mais elles n'engagent pas les autres à les copier. Elles sont fières de leur usage et elles s'en vantent ; et pourtant, on peut douter qu'il ait toute l'importance qu'on se sent naturellement porté à lui reconnaître. Ces localités sont bien administrées, mais pas remarquablement mieux que la meilleure catégorie des bourgs où les candidatures s'inspirent de considérations de parti. On entend dire parfois que la politique de parti est la plaie du gouvernement des bourgs, mais cela se rapporte à l'emploi des partis pour des vues personnelles au lieu de l'intérêt public ; et, par contre, on entend quelquefois observer finement que la politique de parti fournit aux politiciens de bourg un thème inépuisable

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pour leurs discours électoraux, tandis que sans cela, on devrait craindre qu'ils ne se livrent sans cesse à des critiques contre les fonctionnaires permanents, lesquels doivent demeurer cachés au regard du public. On verra mieux plus loin la portée de cette face du problème, et aussi que les partis comptent pour beaucoup moins dans l'administration municipale, que la simple étude des élections ne semblerait l'indiquer.

Grand nombre des sièges non disputés. — Tous les bourgs les plus importants et bon nombre de plus petits sont divisés en quartiers (tvards) entre lesquels se répartissent les sièges du conseil (1). En règle générale, — encore que ce ne soit pas du tout une règle invariable, — chaque quartier est représenté par trois conseillers, et puisque les mandats de ceux-ci sont de trois ans, un d'eux se retirant chaque année, les électeurs d'un quartier ne sont d'ordinaire appelés à nommer dans l'élection annuelle qu'un seul représentant. C'est un point important, parce qu'il a un effet sérieux sur l'activité politique des électeurs et sur l'intérêt que le peuple prend aux élections municipales. On suit dans les affairés locales la coutume anglaise de conserver ses fonctions à tout homme qui n'a rien fait pour perdre l'estime publique. C'est pourquoi un conseiller est presque toujours présenté à nouveau par son parti ou son groupe de partisans. Mais il n'y a pas de forte raison de lui opposer un concurrent, à moins que celui-ci n'ait de fortes chances de succès. L'Anglais ne se soucie pas d'être mis en évidence sans autre perspective que de se faire enfoncer. Il ne s'assure aucun titre à une récompense politique en s'engageant dans une lutte perdue d'avance pour un siège au conseil de bourg, et ce siège lui-même

(1) Cette division en quartiers se fait d'après les impositions locales aussi bien que d'après la population, el l'on accorde de cette manière une certaine influence à la propriété — 45-46 Vie. c. 50, § 30 (tO). Pour le rapport entre la population et la propriéié dans les quartiers de Glasgow, v. Bell and Paton, Glasgow, p. 63.

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