CHAP. XI. I. — LES BOURGS, POUVOIRS ET RESSOURCES
il réclame des vérins civiques d'un ordre bien élevé.
Causes des bons résultais. — Après toute celle critique de L'administration municipale de l'Angleterre, on
peul contester qu'elle ne soit à un degré remarquable
intègre el bien conduite, en dépit du fait que les meilleurs citoyens sont dans une certaine mesure détournés d'y prendre une part active. 11 semble que ses bonnes qualités tiennent surtout à trois facteurs. Le premier est la nature du corps électoral, l'extension du droit de vote aux habitants de la banlieue qui dirigent des affaires en ville et, outre cela, la disposition des électeurs à choisir des hommes qui ne résident pas dans leur quartier. Le second est l'institution des échevins, qui permet à un homme ayant fidèlement servi sa ville et s'étant acquis l'expérience des affaires municipales, de rester au conseil sans se soumettre à une réélection. On assure que de cette manière on garde beaucoup d'excellents conseillers qui ne voudraient plus se jeter dans de nouvelles luttes électorales. C'est grâce à cela que bon nombre des plus anciens parmi les membres du conseil ont été persuadés de ne pas se retirer ; même s'ils n'étaient pas de tout premier ordre au temps où ils furent élus, ils ont pris une situation importante, ils ont mis leur orgueil dans le bon renom de leur ville el ils perpétuent les traditions administratives.
Le troisième facteur est la position des fonctionnaires permanents. Leur caractère professionnel est une garantie de compétence, leur effacement les protège contre la tentation de se faire valoir auprès du vulgaire, et la sécurité de leur place les affranchit de la nécessité de prodiguer des faveurs personnelles pour garder leur emploi. Ils dirigent l'administration courante, ils ont l'initiative des projets d'amélioration dans la plupart des cas, et leur présence est une garantie d'intégrité. Un conseiller malhonnête arriverait difficilement à tromper la ville ou à encaisser des profits illicites sur les marchés, sans la connivence d'un fonctionnaire qui a encore de plus fortes raisons de rester honnête. Le premier, s'il est
un individu sans vergogne, ne risque pas beaucoup plus que la perte de sa carrière au conseil, tandis que pour le fonctionnaire, s'il est pris, c'est la ruine délinitive. Il perdrait certainement sa place et il lui serait presqu'impossible d'en trouver une autre qui lui permette de vivre. En fait, il est même arrivé, dans une ville dont le conseil renfermait des personnages trop peu scrupuleux, que les fonctionnaires, ligués sous la conduite du secrétaire de la ville, surent tenir tète et parvinrent à empêcher la perpétration de tripotages (jobs).