CHAP. XLIV. LUS INDUSTRIES MUNICIPALES
sons, da socialisme. A un point de vue spécial, c'est même encore plus du socialisme que lorsque le gouvernement vend une denre'e à sa juste valeur ; mais les deux actes ne sont pas identiquement les mômes. La satisfaction des besoins publics aux frais de l'impôt est auhe chose que l'entreprise d'une industrie qui se soutient elle-même ou qui rapporte des bénéfices. Le point. de savoir jusqu'où il faut pousser la première de ces activités est un problème qu'on ne résoudra jamais et dont le traitement variera d'âge en âge. Il ne constitue pas, comme les industries municipales, une question urgente en Angleterre à l'heure actuelle.
Distinction entre les monopoles et les autres industries. — Il importe, dans la discussion des industries municipales, de ne pas perdre de \ ue certaines distinctions. La première est celle qu'il faut faire entre les entreprises qui, à raison de limites naturelles, en vertu de la loi de l'augmentation des bénéfices ou à cause d'un usage privilégié des voies publiques, sont essentiellement des monopoles, et celles qui n'en sont pas. On peut ranger dans la première catégorie la fourniture d'eau, de gaz, de lumière électrique, les téléphones et les transports par tramways ; une tradition ancienne et générale en Angleterre fait aussi regarder les marchés comme une sorte de monopole. Dans la seconde catégorie, nous devons placer des entreprises comme la construction de logements ouvriers et l'établissement de bain-; et lavoirs. La question de savoir si un dock, une jetée, un passage d'eau, un champ de courses, un théâtre, un terrain de golf est ou non un monopole, dépend du caractère physique de la localité et des termes de la concession accordée en droit (1).
(1) Ces exemples sont naturellement empruntés à des cas d'entreprises municipales qui ont existé dans des villes d'Angleterre ; mais le gouvernement britannique a récemment adopté l'idée de considérer le téléphone, de même que le télégraphe, comme un monopole national.
Distinction entre l'intention de faire on de ne pas faire des bénéfices. — Il faut distinguer aussi les entreprises qui sont exploitées surtout en vue de bénéfices de celles qui ne le sont pas. Evidemment il ne s'agit pas ici d'une distinction naturelle, mais d'une distinction fondée sur le but que l'on poursuit réellement dans la direction d'une entreprise déterminée, et ce but peut varier d'un endroit à un autre. Il se peut qu'un service pour lequel on réclame une rétribution soit exploité en vue d'un gain ; il se peut aussi que la rétribution soit calculée simplement de façon à mettre le public à l'abri d'une perte, mais sans rapporter aucun bénéfice. Cette distinction dépend donc de l'intention, mais elle influe beaucoup sur l'attitude de l'autorité publique vis-à-vis de l'entreprise. L'eau, les bains, les lavoirs et les habitations ouvrières, en règle générale, ne sont pas établis par les autorités locale-i en vue de faire des bénéfices ; tandis que les marchés, le gaz, l'électricité et les tramways, non seulement on les exploite d'ordinaire en vue du gain, mais ce gain est apparemment la raison principale de les faire rentrer sous l'administration publique. Le fait que ces installations entraînent des travaux à la surface des rues sert habituellement d'argument pour les placer tout entières entre les mains du conseil de bourg; il y a aussi „des partisans de la municipalisation qui sont socialistes en principe, ou qui cherchent à faire prévaloir l'emploi direct des ouvriers ; mais, de conversations avec beaucoup de gens de toute espèce, on retire l'impression que le motif qui pousse l'opinion populaire à réclamer l'exploitation en régie directe des entreprises de cette sorte est le désir de procurer au public les bénéfices qui sans cela iraient dans la poche des capitalistes. Un champ de courses, un théâtre ou un terrain de golf peuvent être exploités en vue du gain, en vue d'amener du monde en ville ou simplement en vue de l'agrément et de la commodité générale; mais, en fait, l'intervention municipale dans aucun de ces derniers domaines a été si peu fréquente que nous