CMAP. XL1V. LES INDUSTRIES MUNICIPALES
avec plus d'ardeur que jamais et un pas beaucoup plus grand dans la direction du socialisme municipal.
Pour des raisons qui se rapportent à la suite des événements et au caractère de l'œuvre législative, nous n'examinerons pas ici les diverses expériences de municipalisalion dans l'ordre logique des quatre classes. Il sera utile pourtant de ne pas perdre de vue ces distinctions, et, en traçant l'esquisse des principales formes d'industrie qui sont devenues communes dans les villes d'Angleterre, nous insisterons particulièrement sur les cas où il y a tout à la fois un monopole et un désir de procurer des bénéfices à la caisse locale. Il ne s'ensuit pas, cependant, que parce qu'une entreprise est exploitée en vue d'un but lucratif, ce résultat soit atteint, ni qu'en l'absence d'une pareille intention, il n'y ait ni gain ni perte. Dans la statistique des industries productives de bénéfices en Angleterre et au Pays de Galles, dressée pour la (Cambre des Communes en 1902 (I , on voit que pendant la période de quatre ans expirant le -i 1 mars de cette année, le service municipal de l'électricité subit, dans l'ensemble, une perle légère et qu'il en fut de même, mais dans une mesure beaucoup plus grande, de toutes les autres espèces d'exploitation, — telles que, par exemple, les bains et les lavoirs, les cimetières, les habitations ouvrières, les jetées et les docks, — qui ne devaient pas produire de bénéfices, à la seule exception près des distributions d'eau, dont le gain fut considérable (2). On peut ajouter que les usines à gaz rapportèrent beaucoup et que les tramways et les marchés accusèrent des bénéfices sérieux.
. (1) Corn. Papers, 1002, XCIV, 113.
(2) Dana certains cas, les résultats varient beaucoup d'une localité à l'autre. Dans d'autres cas, ils sodI à peu près les mêmes partout. Les cimetière-, par exemple, sont lanlôt en bénéfices, tantôt en perte, et de même les distributions d'eau, mais dans une plus large mesure : quant aux bains et aux lavoirs, ils sont presque toujours exploités avec une perte qui augmente en raison de leurs dimensions.
Les marchés. — Bon nombre do marchés municipaux en Angleterre existent d'ancienne date, mais la plupart ont été établis ou acquis au cours des deux dernières générations (I). Et même, depuis quelques années, les villes, pour des raisons d'hygiène publique autant qu'en vue des bénéfices, ont mis tant d'activité à s'en emparer que, d'après la statistique de 1902, c'était chose faite dans deux tiers des bourgs d'Angleterre et du Pays de Galles. Sauf dans les petites localités, les marchés sont presque toujours une entreprise avantageuse, car ils rapportent, outre l'intérêt et l'amortissement de l'emprunt, un revenu approximativement en proportion de leur grandeur. La statistique de 1902 montre aussi que le produit brut, sans déduction des charges d'intérêt et d'amortissement, équivalait dans l'ensemble à un rendement de 4 3 0/0 sur le capital engagé. Mais comme nous l'avons déjà fait observer, les marchés comportent très peu de véritable exploitation de la part de l'autorité, même dans la centaine de villes qui possèdent également des abattoirs municipaux. Dans certains cas, sans doute, le bourg fabrique de la glace pour l'usage des concessionnaires d'échopes et, à l'occasion, il en vend le surplus au public ; mais, en somme, son activité se limite à percevoir une redevance auprès de ceux qui se servent de sa propriété, et c'est là tout autre chose que de produire et distribuer des denrées.
Les distributions d'eau. — Après les marchés, l'industrie dans laquelle le plus grand nombre de villes se sont engagées est la distribution d'eau. D'après la statistique de 1903, ce service avait été entrepris par cent quatre-vingt-treize bourgs d'Angleterre et du Pays de Galles, et la mise de fonds s'élevait à près de cinquantesept millions de livres sterling, soit presque la moitié detout le capital engagé dans les industries municipales. Bien qu'en règle générale elle ne soit pas dirigée dans
(1) Les marchés dont il s'agit ici sont, comme partout en Angleterre, des édifices, halles ou marchés couverts. (N. d. T.)