CHAP. XLIV. — LES INDUSTRIES MUNICIPALES
théorie n'est qu'une tentative maladroite pour entraver la dispersion de la population loin du centre. Tout progrès humain, et peut être par dessus tout l'amélioration du sort des niasses, impose des souffrances passagères à une foule d'individus ; et en s'elforçant trop jalousement de prévenir celles-ci, on risque quelquefois d'empêcher un changement des plus désirables. Le relogement après destruction d'un slum n'est pourtant pas obligatoire pour les villes de province, à moins que le ministère du Gouvernement local ne l'exige, et les fameuses améliorations de Birmingham ont été exécutées sans qu'on s'inquiétât de reloger les expulsés.
Enfin, la troisième partie de la loi permit aux autorités locales de construire de nouvelles habitations ou maisons de logement, indépendamment de toute destruction d'autres immeubles, et uniquement en vue de suppléer à l'insuffisance existante.
Résultats des entreprises de logement. — Profitant des dispositions contenues dans la première et la troisième partie de la loi, un grand nombre de bourgs et d'autres autorités locales, principalement des conseils de district urbain I ), ont élevé des maisons de toute espèce, depuis des rangées de cottages séparés jusqu'à d'énormes blocs d'appartements [tenements) . Mais, à l'exception de Gildart's Gardens et de quelques autres édifices du même genre à Liverpool, ces habitations n'ont pour ainsi dire jamais reçu les classes les plus pauvres ni même une partie considérable de la population expulsée par la démolition des quartiers malsains. Une douzaine de villes, parmi lesquelles Londres, ont construit dos maisons de logement modèles, parfois connues sous le nom « d'hôtels de pauvre homme », mais, sauf à Glasgow qui a
(t) La première partie de la loi ne s'applique pas aux districts ruraux (§ 3); mais ils peuvent prendre les mesures prévues dans la troisième partie (§§ 5i et 55). Les Allolment Arts, qui permettent aux autorités locales d'acquérir du terrain agricole et de le louer en lopins (allolments) aux ouvriers des campagne», n'ont guère reçu d'application.
dépassé toutes les autres villes par l'importance de ses entreprises en cette matière, ces logements ne sont pas occupés par une catégorie fort indigente (1).
Bref, dans tout le pays comme dans la capitale, les entreprises municipales de logement n'abritent pas les vrais pauvres, c'est-à-dire la classe qui a le moins de chance d'être logée convenablement par l'initiative privée et la seule classe qui mérite à proprement parler qu'on lui fasse la charité. Les villes fournissent donc des habitations au taux ordinaire des loyers à une toute petite fraction d'une catégorie nombreuse qui normalement devrait pouvoir se loger dans des conditions satisfaisantes sans cette assistance ; et cela, nonobstant le fait que dans quelques-uns de ces bourgs, à Glasgow, à Manchester et à Liverpool, par exemple, un grand nombre de maisons demeurent vacantes. Nous avons déjà lait l'observation à propos de Londres, qu'à part la vague influence que cette entreprise peut avoir sur l'initiative privée, — et il y a dos raisons de croire qu'elle entrave celle-ci plutôt qu'elle ne l'encourage, — la construction par une ville, d'un petitnombre d'habitations au profitde personnes gagnant un salaire convenable, ne semble pas même être un pas vers la solution du problème du logement, à moins que les autorités publiques ne se proposent d'aller plus loin et de loger toute la population des salariés. Mais quand on leur demande quel est leur but en définitive et si oui ou non elles ont songé à un projet aussi gigantesque, on constate souvent que cette question les surprend et qu'elles n'ont rien prévu au delà de la construction de quelques tenements de plus. N'est-ce pas le cas de dire qu'elles essayent de traiter un
(1) Glasgow possède sept de ces maisons de logement pouvant abriter 2i66 hommes et 248 femmes au prix de 3 1/2 à 4 1/2 pence par nuit. Glasgow possède aussi une maison de famille (family home) municipale pour le logement des veufs avec enfants. Les prix varient de 7 sh. 4 (/. à 13 sh. 6 d. par semaine, suivant qu'il s'agit d'un à cinq enTants ; la pension du père est de 9 1/2 pence par jour et le service des bonnes est gratuit.
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grand problème social au moyeu d'un palliatif immédiat et supcrliciel (1)? Il n'y a pas suffisamment d'habitations pour la population, ergo, bâtissons quelques maisons. N'est-ce pas s'embarquer dans une entreprise d'une utilité contestable et pleine de dangers éventuels, sans voir clairement le chemin qu'il convient de prendre?
Toute question de théorie à pari, L'exploitation îles Logements municipaux est bien menée. Ils sont administrés suivant une méthode cpmmerciale et d'où la politique etle favoritisme semblent complètement exclus. En dehors de la perte qu'inflige l'obligation de reloger les gens dans le même quartier, ces entreprises ont généralement fait leurs frais et le produit net des loyers aété plus que suffisant pour couvrir les intérêts du capital emprunté. .Mais à l'inverse du gaz, de l'électricité et des tramways, le côté commercial n'a pas été la considération la plus importante dans le cas des logements municipaux. L'objet de cette entreprise étant une œuvre de philanthropie, c'est surtout comme solution d'un problème social et philanthropique qu'il faut la juger, et à ce point de vue, il ne parait pas encore qu'elle ait eu grand succès.
Les docks. — (1 y a une autre forme d'industrie municipale qu'il faut mentionner, non pas à raison de son importance, mais parce qu'elle a donné lieu à de graves , erreurs aux Etats-Unis : c'est la construction des docks. La plupart des grands docks en Angleterre ou bien sont une propriété privée, comme à Cardiff, à Southampton et à Londres, ou bien sont administrés, comme à Glasgow et à Liverpool, par un comité au sein duquel le conseil de la ville est représenté, mais dont les membres sont principalement élus par les armateurs et parles
(1) C'est en quoi leur politique diffère de celle d'une loi récente qui pousse très loin le socialisme, ou du moins, sous certain rapport, le mercantilisme municipal, à savoir: la loi qui prescrit de distribuer des repas aux enfants des écoles, en ne les faisant payer que par les parents qui en ont les moyens. Education (Provision of Meals) Ad, 1906, 6 Edw. VIF., c. 57.
Lowéll II -!1
autres personnes intéressées au trafic du port. Liverpool eut l'administration de ses propres docks jusqu'en 1858, mais ils passèrent alors sous la direction du Comité des rades et docks de la Mersey. 11 n'y a plus que trois localités en Angleterre dont les docks soient administrés par le conseil de ville, et aucune de ces trois entreprises ne se signale ni par son importance ni par ses succès. Ce sont les villes de Boston, Preston et Bristol. Boston est une petite ville de seize mille habitants seulement, sans grande activité commerciale ; on dit que ses docks lui ont procuré de gros bénéfices. Ce n'est certainement pas le cas à Preston, car ses docks lui coûtent £ 36.000 par an, soit l'équivalent d'une taxe de 1 sh. 10 1/2 <l. par livre sterling de la valeur imposable, c'est-à-dire plus du cinquième de la totalité des impositions locales de tout genre. A Bristol, les docks étant beaucoup plus importants, le résultat n'est pas aussi mauvais en proportion : pour l'année fiscale expirant le 30 avril 1906, le total des sommes demandées à l'impôt pour couvrir les dépenses, y compris l'intérêt et l'amortissement, s'éleva à £ 35.000 (1). Le commerce de ce port ne s'est pas développé très rapidement, et bien que cela soit dû asurément en grande partie à sa situation, qui se prête mal aux nécessités modernes, des personnes compétentes pensent qu'il aurait prospéré davantage si les docks avaient été administrés par une compagnie.
Résultats de la municipalisalion, — Les expériences de. municipalisation en Angleterre n'ont pas encore été suffisamment longues pour qu'on puisse prédire quels en seront les eiïets derniers, mais de leurs résultats immédiats il est possible de tirer quelques conclusions sûres. La première, c'est qu'une industrie simple et routinière est susceptible d'être bien dirigée là où la municipalité possède, comme en Angleterre, de bons fonc-
(1) Les charges d'amortissement absorbèrent 28, 172 l. 2 sh. 1 d., de sorte que les recettes ne couvrirent même pas l'intérêt de l'emprunt.