‹ Le gouvernement de l'AngleterreChapitre 77 sur 191 · CHAI'. \UV. LES INDUSTRIES MUNICIPALES · texte numérisé non relu

CHAI'. \UV. LES INDUSTRIES MUNICIPALES

tionnaires permanentes. Quant à savoir si la communauté dans L'ensemble gagne ou perd à ce qu'une allaite -ml administrée de cette façon, cela dépend sans doute beaucoup de la nature de l'industrie et du contrôle à exercer sur les compagnies auxquelles, dans l'autre hypothèse, on en aurait accordé la concession.

Une deuxième conclusion assez claire, c'est qu'il est interdit aux municipalités de spéculer au moyen des deniers publics, qu'elles ne le font pas, et que partant il ne leur convient guère de se lancer dans des entreprises nouvelles et hasardeuses. Et alors se pose la question de savoir comment les municipalités doivent s'y prendre pour acquérir ces industries. Les Anglais ont essayé de deux méthodes : dans le cas des distributions d'eau et de gaz, en règle générale, le bourg a racheté moyennant une prime l'affaire en plein rapport qu'une compagnie privée avait établie et développée grâce à une concession perpétuelle ; au contraire, pour les tramways et l'éclairage électrique, le bourg a reçu l'option de racheter l'établissement simplement au prix de la construction après un certain nombre d'années. Il semble que malgré les primes que l'on a payées, la première méthode fut, à tout prendre, la plus avantageuse pour les municipalités et décidément la meilleure au point de vue du public. En effet, l'erreur commise dans la détermination de la période de rachat eut pour conséquence pendant un temps d'arrêter tout développement de l'éclairage électrique. Manifestement, la seconde méthode ne peut s'appliquer qu'à une invention nouvelle, d'un usage encore peu répandu ; et dans ce cas, elle risque d'entraver la croissance d'une industrie, comme cela est arrivé et pour les tramways et pour la lumière électrique, l'eut être trouverait-on quelqu'aulre manière d'acquérir ces entreprises, qui fût meilleure qu'aucune de i es deux-ci ; mais nous ne nous occupons ici que des résultats des expériences anglaises, non pas des possibilités de la municipalisation.

Une troisième conclusion que l'on peut tirer de ces

32 i- TROISIÈME PARTIE. LE GOUVERNEMENT LOCAL

essais, c'est que les municipalités exploitent ces affaires dans l'esprit du commerce. Si elles y manquaient, il n'est pas douteux qu'elles aboutiraient à des échecs ; mais le sens du commerce consiste en partie à ne jamais perdre de vue les bénélices et il fait redouter la concurrence. On dit souvent qu'une compagnie privée ne s'intéresse qu'aux dividendes, tandis qu'une autorité locale s'intéresse au bien commun ; et cependant, les directeurs techniques des entreprises industrielles tant privées que publiques ne se préoccupent en première ligne ni des dividendes ni de l'intérêt général, mais du perfectionnement de l'entreprise. Ainsi qu'il arrive souvent dans les choses humaines, les moyens éclipsent en grande partie la fin.

On pourrait encore citer maints exemples, outre ceux que nous avons déjà rapportés, pour faire voir comment les municipalités tout autant que les compagnies privées sont hostiles aux projets qui menacent leurs recettes (1); et à ce point de vue, il est intéressant de remarquer combien de difficultés s'opposent en Angleterre à la coopération entre les corps publics et l'initiative privée dans toute forme d'activité lucrative. Cette situation est d'autant plus frappante qu'on la compare avec la collaboration considérable qui s'est elfectuée depuis quelques années entre les autorités locales et les fondations libres (endowed institutions) en matière d'enseignement secondaire ; car l'expérience a montré en Amérique que les institutions d'enseignement sont d'ordinaire extrêmement jalouses de leur dépendance.

(1) Le major Darwin exprime cette idée avec force quand il écrit que « la différence entre les négociants municipaux et les négociants particuliers n'est pas qu'ils s'inspirent de motifs différents, car les uns et les autres chercheront toujours à se faire protéger. Mais les municipalités ont, sous beaucoup de rapports, de plus grands pouvoirs et plus de facilités que les négociants individuels pour détourner la concurrence, et elles s'en serviront tout comme le feraient les particuliers s'ils en avaient le moyen. » Municipal Traite, p. 287.

Page 1