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CHAP. XLV1. — LE CONTRÔLE CENTRAL

dit qu'ils souffrent quelques-uns des maux caractéristiques de la bureaucratie. Il se fait en même temps que le correctif appliqué à d'autres départements du gouvernement central au moyen des questions au Parlement, a moins d' efficacité dans le cas de l'administration locale, parce que toule la matière des bills privés et locaux el des ordonnances provisoires ainsi que du contrôle sur les autorités locales, se trouve en quelque sorte soustraite au domaine de la politique et de la responsabilité' ministérielle. Pendant un certain temps, l'impopularité du ministère du Gouvernement local l'a empêché d'obtenir l'augmentation très nécessaire du personnel de ses bureaux, de sorte que son travail a souffert de l'arriéré et que l'état des affaires a empiré ; mais à la suite du rapport d'un comité du département en 1 81*8 ( 1), les crédits furent relevés el cette source de retard disparut.

A tout prendre, il faut dire que le système du contrôle central a eu beaucoup de bons effets, et que la simple perspective de l'inspection a réussi sans aucun doute à empêcher dans une certaine mesure la mauvaise administration. Mais il faut reconnaître aussi que le système n'est point parfait, qu'il a parfois été vexatoire, et qu'un étranger fait bien de s'interdire toute tentative d'en établir la balance des prolits et pertes.

(1) Corn. Papers, 1898, XL, 429.

L'Enseignement.

CIIAIMTRK XLVII

L ENSEIGNEMENT PRIMAIRE TIBLIC

L'enseignement populaire s'est développé très lentement en Angleterre; car il eut des ennemis, ou plutôt des amis tellement acharnés à faire la prospérité de cette bonne œuvre, chacun à sa façon, qu'ils manquèrent de la mettre en pièces. Ces dissentiments provenant d'une divergence d'idées religieuses, ont sévi à peu près uniquement dans le domaine de l'enseignement primaire public pour les classes ouvrières. Ils éclatèrent dès avant l'institution de cet enseignement, ils se renouvelèrent au temps où il n'était encore que bien peu de chose et ils n'ont pas cessé d'en accompagner le développement, sans qu'aucun des antagonistes soit parvenu à porter à l'autre un coup fatal.

Les premières écoles de grammaire. — Durant le Moyen Age, l'instruction demeura naturellement entre les mains de l'Eglise et fut confiée, pour la plus grande partie, aux ordres religieux ; mais quand la dissolution des monastères eut mis fin à cet état de choses, de nombreuses écoles furent fondées (endowed), en partie par la

Couronne et par les hommes que les dépouilles des domaines abbatiaux avaient enrichis. Ce changement, toutefois, n'eut pas pour eflet de séculariser l'enseignement, car, bien que les laïcs eussent une part dans l'administration des nouvelles écoles, celles-ci demeurèrent en relations étroites avec l'Eglise (1). Le nombre des institutions fondées sous l'impulsion de la Réforme fut considérable, et l'on assure qu'un tiers des écoles de grammaire existantes remontent à cette époque. Mais bien que les écoles ainsi dotées ne fussent pas peu nombreuses, — elles étaient même, sous le rapport de la population, beaucoup plus abondantes que de nos jours, — elles ne se trouvaient naturellement pas à la portée du peuple tout entier. On finit par les réserver à l'usage des couches moyennes et supérieures de la société qui désiraient acquérir une instruction plus élevée que celle du degré primaire, et on ne laissa aux classes ouvrières que de médiocres facilités d'instruction élémentaire. On a prétendu que l'organisation de l'apprentissage put tout d'abord suppléer à ce défaut ; mais cette institution ellemême disparut à l'avènement du régime des fabriques et l'on eut besoin des écoles primaires pour la remplacer ; tout comme aujourd'hui l'on réclame une instruction professionnelle d'un degré plus élevé à cause des autres changements apportés à la méthode de recrutement du travail dans le monde industriel.

La Société nationale et la Société britannique. — Les écoles primaires pour les classes ouvrières furent organisées peu de temps avant la fin du xvme siècle par Joseph Lancaster et Andrew Bell. On a beaucoup discuté le point de savoir lequel des deux inventa le système des moniteurs, — c'est-à-dire le système qui consiste à faire donner l'enseignement aux enfants les plus jeunes par leurs aines, — et qui formait la base de leur méthode.

(i) A partir d'ici, ce mot désigne, comme l'expression anglaise The Churc/i qu'il traduit, l'église officielle d'Angleterre ou église anglicane (N. d. T.)

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Mais connue tout le monde reconnaît aujourd'hui que ce système était déplorable, ce droit de priorité n'a aucune importance, sauf ceci, qu'un conflit entre les deux fondateurs fut l'origine d'une divergence d'idées qui n'a pas cessé de régner depuis lors. Lancaster était un quaker partisan de l'enseignement non confessionnel. Les écoles prospérèrent sous le patronage des Whigs, et, en L808, fut fondée la Société scolaire britannique et étrangère, pour la diffusion de ces écoles. Bell, au contraire, était un écossais convaincu que l'enseignement devait être placé sous l'égide de l'Eglise, et, en 181 I , la Société nationale fut constituée pour la propagation de sou (ouvre. Les deux organisations rivales furent donc établies à peu près en même temps : la Société britannique et étrangère, en faveur des écoles non-confessionnelles ; la Société nationale, en faveur d'un enseignement par l'Eglise, accessible aux enfants de toutes les croyances, niais leur apprenant à tous le catéchisme de l'Eglise. Les deux sociétés, à l'origine, dépendirent exclusivement de la charité privée. Vers la même époque, Whitbread avait bien déposé au Parlement un bill pour l'institution d'écoles paroissiales pour les pauvres au moyen di s taxes locales et son projet avait passé à la Chambre des Communes; mais la Chambre des Lords l'avait rejeté. En 1820, lirouiiham tenta d'obtenir un résultat semblable en déposant le projet d'une taxe scolaire dont le produit serait administré par les juges de paix. Les instituteurs devaient être des fidèles de l'Eglise (churchrnen), bien qu'il ne dût pas y avoir d'enseignement religieux, mais seulement une lecture delà bible. Il semble pourtant que ce projet n'ait satisfait personne, car son auteur luimême y renonça. Dans l'entretemps, il s'était occupé d'un comité spécial de l'enseignement des pauvres à Londres, qui fit en 1818 une proposition destinée à produite des résultats. Ce comité conclut que dans les localités où l'on pouvait espérer quelqu'assistance de la charité privée, mais dans des proportions insuffisantes pour construire et entietenir tout ensemble des écoles, « il

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serait bon de consacrer une sommes d'argent au premier de ces besoins, en laissant à la charité' individuelle le soin de fournir les ressources annuelles nécessaires à la continuation de l'école (1) ».

Les premiers subsides publics. — Une douzaine d'années s'écoulèrent encore avant que le trésor public vint en aide aux écoles du peuple ; cette assistance arriv;i en 1833, sous forme d'un crédit de i 20.000 volé par le Parlement « pour la construction de bâtiments d'école à l'appui de la contribution des particuliers à cette œuvre. » Ce chiffre était modeste, — les crédits de l'enseignement en Prusse à cette époque étaient de £ 600.000, — et il ne permettait évidemment pas d'aller très loin. Le Parlement n'avait d'ailleurs fourni aucune indication sur l'emploi de cette somme. La Trésorerie, qui avait proposé le crédit, demeurait libre de l'administrer à sa guise et, dans une minute de 1833, elle fit savoir que l'argent serait consacré à l'érection de bâtiments d'école suivant les recommandations des deux sociétés, à condition que la charité privée assumât la moitié des frais. Les deux sociétés reçurent d'abord chacune une part égale, mais bientôt la Société britannique et étrangère se vit dans l'impossibilité de réunir la somme voulue en proportion, et par conséquent la Société nationale obtint la part du lion.

Le comité de renseignement. — De cette manière, l'Etat aidait dans une modeste mesure les associations libres à construire des écoles qu'elles pouvaient ensuite administrer à leur convenance. C'était une politique d'essai, mais on la poursuivit sans rien y changer jusqu'en 1830. A ce moment, dans le but d'encourager la bonne organisation des écoles assistées par les deniers publics, le gouvernement institua, par une ordonnance en Conseil, un comité de l'enseignement au sein du Conseil privé et porta le crédit annuel de £ 20.000 à 30.000.

(1) Rapport du comilé de l'éducation des classes inférieures, Corn. Papers, 1818, IV. 57.

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Les ministres auraient voulu créer, pour la formation des instituteurs, ane école normale d'Etat où l'enseignement

profane devait être commun à tous les élèves, tandis que l'instruction religieuse aurait été donnée séparément, aux fidèles de l'Eglise et aux dissidents, par des personnes de leur propre confession. .Mais le crédit pour renseignement ne passa aux Communes qu'avec deux voix de majorité, et le Gouvernement fut contraint, par la résistance de l'Eglise, d'abandonner cette partie de son plan. Le subside qu'il destinait à cet objet fut partagé eutre la Société nationale et la Société britannique et étrangère pour être affecté à l'entretien de leurs propres collèges d'instituteurs, et, en fait, jusqu'à ce jour, il n'a pas élé établi d'école normale d'Etat.

L'inspection et le concordat. — Le nouveau comité de l'enseignement eut plus de chance avec un autre projet i|ui, à la longue, produisit une amélioration dans les écoles. Le comité institua un cadre de fonctionnaires de l'enseignement sous la direction d'un secrétaire et nomma des inspecteurs, en faisant de l'inspection périodique par ces agents une condition du subside pour l'érection d'une école. .Mais comme l'enseignement religieux était compris dans les objets de l'inspection, une difficulté se présenta ; car la Société nationale ne pouvait guère admettre l'inspection d'hommes en l'orthodoxie desquels elle n'avait point confiance. Une convention, appelée le Concordat, fut donc conclue en 1840, aux termes de laquelle les inspecteurs devaient être approuvés par les archevêques de Canlorbéry et d'York ; et peu d'années après, la Société britannique et étrangère reçut le droit de veto à l'égard des inspecteurs désignés pour ses écoles.

Le comité continua à distribuer des subsides pour aider à la construction des bâtiments d'école, mais sans les réserver exclusivement aux deux sociétés primitives. Seulement les autres organisations ne pouvaient les obtenir qu'en adoptant une « clause de conscience » qui permettait de dispenser les enfants des exercices reli-

gieux. C'était un précédent destiné à recevoir plus tard une large application.

Les subsides pour les élèves-instituteurs. — Jusqu'ici les subsides n'avaient eu pour objet que la construction et l'équipement matériel des écoles ; mais les inspecteurs olîraient un moyen de se renseigner sur les résultats, et leurs rapports révélèrent que les écoles étaient lamentablement inefficaces. L'un d'entre eux estimait que, dans la région du centre (midlands), les trois quarts des enfants quittaient l'école sans savoir lire la bible avec facilité, la moitié sans aucun enseignement de la calligraphie, et o 0/0 seulement avec la connaissance de la règle de trois (1). On attribuait ces défauts au système des moniteurs qui faisait instruire les tous petits par d'autres enfants, eux-mêmes guère plus âgés et à peine moins ignorants. Le comité comprit le besoin criant qu'il v avait d'instituteurs capables et, par la minute du 21 décembre 1846, il instaura une innovation. Le maître d'école reçut un traitement pour former un ou plusieurs enfants, choisis parmi les plus âgés, en qualité d'élèvesinstituteurs pendant cinq ans; chacun de ceux-ci recevrait une somme qui s'élèverait de dix à vingt livres sterling par an pendant toute cette période, et il aurait le droit de concourir pour une bourse de la Heine dans une des écoles normales de l'époque (2). Les instituteurs qui avaient été formés dans un de ces collèges recevraient aussi des subsides « d'augmentation » eu outre du traitement qui leur serait alloué par les écoles. Pour tout cela, il fallait de l'argent; mais l'opinion publique prenait de plus en plus d'intérêt à la question de l'enseignement, et cette année-là, un crédit de i 100.000 fut voté à une grande majorité.

Les subsides de capitatiou. — Le gouvernement cen-

(1) Corn. Papers, 1845, XXXV, 337, pp. 242-243.

(2) On peui se convaincre de l'efficacité de ces subsides par le fait qu'en 1859, sur les 2065 élèves de ces 32 écoles normales, 167) étaient boursiers de la Reine. Rapport du comité de l'instruction publique, Corn. Papers, 1861, XXI, lre partie, p. 115.

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