‹ Le Gouvernement de la defense nationale a ToursChapitre 11 sur 44 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

U eapituiation de Mets. — La trahison de Baaine. — La proclamation de Gambetta à l'armée. — Thiers à Versailles. — Rupture des négociations pour rarmistice. — Batteries départemenlales et levée en masse de 21 à 40 ans. — Le plébiscite de Paris.

Avant le S7 octobre, date néfaste de la capitulation de Metz, le bruit avait circulé plusieurs fois à Tours, avee une certaine persistance, que Bazaiùe avait rendu la place et livré son armée prisonnière à l'ennemi. Ces rumeurs, colportées avec complaisance par les ennemis de la république, par les partisans de Tarmistice et de la paix à tout prix, prenaient un caractère de gravité et de vraisemblance d'autant plus grand que M"* Bazaine habitait Tours, au couvent des Dames-Blanches de la Bretèche, et que l'on pouvait croire qu'elles étaient puisées à cette source. Les voyages de Bourbaki en Belgique et en Angleterre, du général Boyer à Versailles, éveillaient les soupçons du public, informé de ces menées mystérieuses, et sans doute du gouvernement, mieux renseigné que le public. C'était une

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opiaion géuéraleiUËiil répandue, i^u'il «'élait uoué du ' intrigues qui devaient aboutir à une trahison.

Des personnes bien informées, et en mesure de connal- Ire les secrets du gouvernemeni, racontaient même que le ministère de la guerre avait supplié M"* Bazaine de se rendre auprès de son mari, en lui promettant de lui faire obtenir un suuf-conduit pourenlri-r à Metz, à la seule condition d'engager le maréchal à tenir le plus longtemps possible. M*" Bazaine aunit d'abord prétexté de son état maladif pour ajourner son départ; puis, après l'avoir retardé de quelques jours, elle aurait forniellemeDL refusé de partir.

Quoi qu'il en soit, ce De fut point évidemment sans des indices et des motifs graves que la délégation du gouvernemeni, dans une proclamation à la France, déclara ranger la capitulation de Metz parmi « les capitulations scélérates >> dont notre malheureuse patrie était victime. Mais tout le monde remarqua que la proclamation au peuple français, annonçant ce nouveau désastre et la trahison de Bazaine, ne portait pas la signature de l'amiral Fourichoo. On en concluait que ce délégué du gouvernement, ministre de la marine, ne partageait pas l'opinion de ses collègues Qambetta, Crémieux et Glais-Bizoin, sur l'acte infime reproché à un maréchal <ie France. On disait même qu'il avait exprimé son opinion en termes blessants pour eux. et qu'il ne prenait pas la peine de dissimuler ses sympa-

ibiM poar Tauteur de la capitulation scélérate de Metz; ce qui n'empêcha pas ses collègues de lui conserver ses pou- . . voirs. La réaction, appuyée sur Tamiral Fourichon, preuait naturellement parti pour ie maréchal de Tempire contre le gouvernement de la république, et avec son habileté ordinaire à semer les divisions, même à l'aide de la ealomnie, elle s'efforçait de faire croire que la proclama*tion au peuple était une insulte à l'adresse de toute Tarmée.

Gambetta, le 1^ novembre, répondit aux calomniateurs par une éloquente adresse à l'armée :

« Soldats, vous avez été trahis, mais non déshonorés.

» Depuis trois mois la fortune irompe votre héroïsme ; » vous savez aujourd'hui à quels désastres l'ineptie et la » trahison peuvent conduire les plus vaillantes armées.

» Débarrassés de chefs indignes de vous et de la France, 9 ètes-vous prêts, sous la conduite de chefs qui méritent » votre confiance, à laver dans le sang des envahisseurs » l'outrage fait au vieux nom français? En avant!

» D'indignes citoyens ont osé dire que Tarmée avait été o rendue solidaire de Tinfamie de son chef. Honte à ces u calomniateurs qui, fidèles au système de Bonaparte, » cherchent à séparer l'armée du peuple, les soldats, de » la république.

» Non, nonl j'ai flétri comme je le devais la trahison

f - lït —

1 n de SeUau tl la capitulation de Metz, et je vous appelle â

lu venger voire propre honneur, qui est celui de la France.

I ï Vos frères d'armes de l'arniée du Rbio ont déjà pro-

I > teslé contre ce lâcbeatlenlal,etretiréavec hoireurleur

I > main de cette capitulation à jamais maudite.

I > A vous de relever le drapeau de la France qui, dans

I n l'espace de quatorze siècles, n'a jamais subi pareille flé-

I » trissure. Le deruier Bonaparte et ses séïdes pouvaient

Kb seuls amonceler sur nous tant de lionle eu si peu de

La jours. >

I Le rapport si complet et si éclatant de vérité de M. de I Valcourt, publié dans le Moniteur du 4 novembre, réduit Bit au néant les protestations de Uazaine et de son frère, et I fit taire les partisans du traître qui avait capitulé à Meiz. m Tous les officiers et les employés échappés de la malheu- ^reuse cité livrée à l'ennemi confirmèrent unanimement la P-lrahisoD de ce maréchal du dernier Bonaparte; et qnel- I ques documents, quelques renseignements que l'on puisse Irecueillir et ajouter à ceux de M. de Valcourt, le nom de l'Bszaine restera cloué au pilori de l'histoire à côté de celui Kde son maître.

■ Etrange situation d'un gouvernement composé .d'élé- I ments disparates, nullement uni par une étroite commu* Inauté de vues et de politique et encore séparés par les KbuoQDetUs prussiennes I Tandis que l'amiral Fourichoa â

Toon refusait de 8*a80oeier à ses collègues pour flétrir la trahison de Bazaine, à Nantes, dans une réunion publique,

Kératry, le nouveau général des forces de Bretagne,

pressé de faire connaître son opinion sur Tacte de son ancien général du Mexique» se bornait à répondre qu'il n'était pas venu en Bretagne pour faire de la politique* Le Moniteur j organe officiel du gouvernement dans la partie réservée k ses actes et à ses communications^ dans la partie abandonnée à la rédaction était en désaccord avec lui dans ses appréciations sur la conduite de Bazaine. Enfiti, pendant qu'à Tours Gambetta flétrissait la capitulation de Metz, le Journal officiel de Paris Texcusait et attribuait uniquement à la famine le bonteux dénoûment de la carrière militaire de celui que Jules Favre avait appelé notre Baiaine :

« Le gouvernement vient d'apprendre la douloureuse » nouvelle de la reddition de Metz. Le maréchal Bazaine V et son armée ont dû se rendre après d'héroïques efibrts, » que leur manque de vivres et de munitions ne leur per- 1 mettait plus de continuer. Ils sont prisonniers de » guerre. »

Mais le peuple de Paris croyait à la trahison, et cette croyance était une des causes de la journée du 31 octobre. Les négociations pour Tarmistice ajoutaient encore à Texaspération populaire.

Tbiers avait quitté Tours le S8 octobre pour se rendre i

Versailles, muni d'un sauf-conduit que la Prusse lui avait

accordé sur la demande expresse de la Russie el de l'An* ;, gleterre. appuyées par l'Autriche el l'Italie. L'espoir qu'il I avait conçu duns le succès de sa mission diplomatique, I fortifié pai' cette apparence de sympathie des puissances

neutres pour la France, était partagé par tous ceux qui

soupiraient après la paix et particulièrement |iar ceux ' dopt la complicité ou la Ciibiesse coupable a vuit précipité

le pays dans cette guerre insensée. Tbiers, amvéàVer- , sailles le 30 octobre, se fit conduire ù Paris pour conférer 1 a?ec le gouvernement et ■ compléter les pouvoirs, uéces-

» sairenieat incomplets, qu'il avait reçus de la délégation [ > de l'ours, n Le lundi soir 31 , le jour même oij «datait

la révolution avortée de Paris, il repassait les avant-postes [ prussiens, et le lendemain 1" novembre, ù raidi, il était

en conférence avec M. de Bismark. Les exigences du

chancelier de la confédération dn Nord demandant, pour ' accorder un armistice de vingt-cinq jours sans ravitiitle-

ment, un et môme plusieurs forts de Paris, tirent rompre . les négociations le 5 aovenibre, el il fnllut que les f plus pacifiques reconnussent la nécessité de continuer la I gaerre.

Mais le temps perdu â ces pourparlers diplomatiques.

Vénervemeut que causait cette indécision de l'opinion publique, ballottée entre les désirs de paix et les résolutions de guerre à outrance, diminuaient les forces morales du

pays et ses chances de victoire. L'égoïsme, Tintérèt prîTé, U terreur de Tinvasion menaçante prenaient le dessus, étouflaient le patriotisme et nuisaient à la défense nationale. L'union trop cherchée se brisait, et les dissentiments politiques agitaient Marseille aussi bien que Paris. Esquiros, préfet des Bouches-du-Rhône, donnait sa démission ; la délégation de Tours décrétait que la garde civique était dissoute, et Alphonse Cent, le nouveau préfet envoyé par Gambetta pour calmer l'effervescence des Marseillais» était blessé d'un coup de pistolet dans la préfecture envahie.

Cependant, malgré les négociations pour l'armistice» Gambetta, partisan de la lutte jusqu^à épuisement, décrétait, le S novembre, la formation de 12 batteries de mitrailleuses de garde nationale mobile, dans les sept départements de Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, Charente- Inférieure, Charente, Vendée, Gironde, Basses-Pyrénées; et le 5 novembre, le jour même de la rupture de Tarmistice, la délégation de Tours ordonnait la levée en masse et la mobilisation de tous les hommes valides de 21 à 40 ans, mariés ou veufs avec enfants.

Hâfons-nons de dire que ces décrets» comme tant d'autres, ne furent pas exécutés ; et s'ils constatent la bonne volonté et Tardeur intermittente du gouvernement de Tours, ils ne prouvent ni sa constance dans ses résolutions, ni son esprit de suite dans sa politique. Dans une note communiquée au Moniteur le 6 novembre, il se

plaignait lui-mËme de l'inexécution de ses décrets, et ' notammenl de son décret sur la mise en élat de défense des départements voisins de l'ennemi et sur l'établissement de camps fortifiés à distance des villes, a Sur qael- » ques points les comités militaires n'ont même pas été » réunis, et l'on n'a pas encore procédé à l'élude prélïmi- B naire du terrain. Une pareille inobservation des lois, p en présence de l'ennemi, ne saurait èlre tolérée. ■ Il enjoignait donc aux préfets, à partir du (2, de signaler les infractions par eux observées el menaçait de déférer aux conseils de guerre les commandants militaires auxquals incomberaient la responsabilité de ces faits regrettables.

Vaines injonctions, non moins vaines menaces ! Si les comités militaires des déparlemepis se montraient peu sou- Lcieux de les mettre en élat de défense, à qui la fauta, r sinon à cette politique molle, en face de la pairie . en danger, qui depuis denx mois avait laissé la plupart ' de ses préfels sans stimulant ou raas appui, et qui [ avait laissé ou mis daus les comités militaires de vieux icters incapables, sans initiative el sans dévouement la république? Quelle dérense pouvait faire, par I exemple, le déparlement d'Indre-et-Loire, où élalt pour- I tant If siège de la délégation, avec un préfet comme licelui dont on l'avait dolé, et un comité mililaire où bril- ■ laient le général Sol tt le vicomte Clarf, ce cousin de

remperear, récompensé de ses services négatifs par le grade de lieutenant-colonel ?

Contre ce goayemement et contre la république qu'il représentait, bien que, à l'exception de Gambette, il n'osât pas la confesser ouTertement ni en déployer largement le drapeau, la réaction, pendant deux mois, avait exploité la commune de Lyon, l'expulsion des jésuites de Marseille, quelques agitations ou manifestations insignifiantes parei par-li. La journée du 31 octobre à Paris lui fournissait un thème à ces accusations perfides contre la république et la révolution, contre les républicains perturbateurs de Tordre. Elle retrouvait un spectre ronge pour eflrayer ses vassaux et ses paysans. La croisade noire et blancbe de 4848 allait recommencer.

Les aveugles de cette époque n'auraient-ils rien appris, et ouvriraient»il8 les yeux en 1 870 î

Le peupla de Paris avait été appelé à décider par un plébiscite sll voulait, cm €u non, conserver à sa tète les hommes du 4 septembre. Ces hommes avaient la prétention, dans Paris assiégé, d'être le gouvernement de la France entière, dont ceux de Tours n'étaient que des délégués. Un plébiscite pour Paris seul aurait pu se comprendre, s'il ne s'était; agi que du gouvernement de Paris, que de la question de savoir si une commune révolutionnaire remplacerait une municipalité parisienne installée à THÔteUde-Ville après U déchéance de Fempire.

, Mais du momeot où la conservation ou la mise en relnit I d'emploi du gouvernement de la France était soumise ft la I décision du peuple, il élait logique d'appeler au vote la France entière. Ce gouvernement provisoire qui penchait ' fort vers la réaction, il faisait ce que la réaction estime la chote la plus monstrueuse: il concédait à Paris seuils droit d'imposer régulièrement un gouvernement à toute la France. S'il avait eu vraiment le désir de fonder 11 I république, et de faire trancher par le suffrage universel L la question entre elle et la monarchie, jamais occasion L plus favorable ne s'était présentée. Il fallait appeler aussi I la province aux urnes électorales et lui faire voter le plébiscite. La province, que malheureusement on se 1 connaît pas assez à Paris, par esprit de conservation ati- I rait consacré, h une immense majorité, l'établissement de la république, en votant pour les hommes qui, le 4 septembre, avaient proclamé la déchéance de l'empire à I l'Hôtel-de' Ville. A cette époque, au commencement de novembre, la réaction aurait à peine osé se prononcer I timidement pour la forme monarchique. I Vis-à-vrs même de rKuro|ie, ce vote plébiscitaire au* I rait eu une énorme importance ; car le (^ouverneinent I auglais n'aurait pas pu dire, comme il l'avait dit déjà par I la bouche de lord (iranville, qu'il ne pouvait reconnaître I la république, puisque le gouvernement français ne la I reconnaissait pas lui-même; et M. de Bismark n'aurait

pas pu y à des propositions de paix honorables^ opposer le prétexte que la Prusse ne devait pas traiter avec un gouvemement qui n'émanait pas de la volonté de la nation. Le conseil fut donné à la délégation de Tours, et parti-, culièrement à Crémieux, de faire confirmer le plébiscite de Paris par le vote de la France entière. La question fut agitée dans les conseils du gouvernement de Tours, et nous croyons que ce fut surtout Gambetta qui s'opposa à l'adoption de cette mesure politique^ parce que le plébiscite avait été un instrument de l'empire. C'était un scrupule bien inopportun et bien futile , car il n'est pas défendu d'user vis-à-vis de ses adversaires de leurs propres armes, quand on ne s'en sert ni pour violer la justice, ni pour fausser le droit.

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