SI
constater qu'en proYince Tattitiide du parti républicain avait été la mfime que celle de la gauche fermée à la chambre. En face de cette guerre sans motifs sérieux, qu'avait-il à attendre et à espérer ? Elle le plaçait dans une terrible et poignante alternative.
Lee victoires de Tempire et de ses généraux de fer blanc et de carton ramenaient la liberté aux carrières et les républicains à l'exil, à Cayenne et à Lambessa. Evidemment, c'était pour se refaire une popularité dans Tarmée que Napoléon III, après les échecs de Sadowa et du Mexique, avait entrepris cette guerre^ et espérait revenir victorieux imposer au pays un despotisme incontesté.
Les défaites, c'était peut-être la ruine de la dynastie impériale^ la révolution, la république, mais dans des conditions désastreuses, avec Tinvasion étrangère, Tépui- , sèment et la ruine de la France.
De, Saarbruck à Sedan l'ineptie et la lâcheté des généraux de Tempire, et de Tempereur lui-même, ne donnèrent au pays que des défaites et des désastres à enregistrer.
Dès les premiers jours d'août l'empire avait perdu tout son prestige; les esprits clairvoyants pressentaient &ou écroulement. Combien n'ai-je pas entendu de gens n'appartenant pas à Topinion républicaine dire tout haut alors : 11 n'y a que la république qui puisse sauver la France.
Pour moi, J'avais espéré que la gauche et la population
républicaine de Paris n'atleodraient pus que loutea \t& armées régulières fussent anéanties pour proclamer li déchéance de l'empire et l'avènement de la républiqne; mais lorsque j'avais vu la gauche accepter un ministife Palikao et laisser passer la date fatidique du 40 aoAt, sans renverser cet empire qui venait de se suicider, je m'étais pris à désespérer du salut de la France par la république. Je pensais que la gauche républicaine, resiée I au-dessous de sa tâche, ne pourrait jamais composer un gouvernement fort, tiomogène, une dictature assCE énergique pour relever le pays affaissé et presque tombé i terre.
Le 1 septembre, après la capitulation de Sedan, le jour * même oîi la république était proclamée à l'Hôtel-de-Ville, je doutais encore de la république. Bien plus, je n'osais lai souhaiter de naître en de pareilles circonstances, et j'aurab été tenté de laisser la responsabilité des humilia- ' lions à subir et de l'abaissement qu'une paix nécessaire I infligerait à la France à ceux qui, de près ou de loin, s'étaient associés aux dilapidations et à l'incurie de l'empire. Je tremblais de voir compromettre notre chère république dans cette épouvantable aventure, d'autant que je partageais sur les hommes politiques de la gauche l'opinion émise par Giraolt (du Cher).
I u J'assistais, dil-il, le 4 septembre ii la chute da l'em- I > pire et à la proclamation de la république : mais au lieu
» de partager la joie qni, en cet instant suprême^ animait » tout Paris, je lus saisi par une affreuse douleur morale ; » on pressentiment terrible me disait qu'en présence » d'une situation presque désespérée^ quelques grands 9 orateurs qu'ils fussent^ les hommes qui prenaient en » mûn les destinées de la France ne possédaient ni » rénergie, ni l'esprit pratique impérieusement nécessaires 0 en un pareil moment.
• Je me disais que sans un triomphe éclatant de la
• nation sur Tennemi, toutes les calamités accumulées
* par Pempire retomberaient sur la république...*
Le gouvernement proTisoire du 4 septembre 4870, où se retrouvait le vieil élément de 1848, édulcoré et encore aflkdi par sa fusion avec Trochu, général de l'empire et de l'Eglise^ avec Tamiral Fourichon, le vieux Glais-Bizoin et d'autres républicains non moins pâles, sembla effrayé de la révolution pacifique qui l'avait élevé au pouvoir et n'osa franchement s'appeler le gouvernement de la république ; il prit timidement le titre de gouvernement de la défense nationale. G*était une première et lourde faute^ car c'était tenir la porte ouverte aux prétendants et aux restaurations monarchiques, et placer au-dessous du suffrage universel la république, la seule forme de gouvernement compatible avec la liberté et la souveraineté du peuple.
Pour créer la république il faut avoir le courage et Tau-
— 3i — ilace d'affirmer sa croyance, de coûfesser sa foi ; el 1« gouvernement provisoire avail hésité à proclamer son acte de foi républicaine. Or, qu'est-ce que la république? Le gouvernement qui nous divise le moins, a dit le scepticisme politique de M. Tbiers; m&is nous diwns, nous autres républicains, que c'est le seul qui n'exclut el ne repousse aucune manlftslatjon d'opinion, parce qu'il est à'i son essence de donner à lûiites les O|iluions la plU' complète liberté. La république est dans le domaine politique ce que la libre-pensée est dans le domaine moral (l -philosophique. De même qu'un dogme, ou une religion, catholique ou autre, n'a paBiedroit,quelque soillc nombre de ses adhérents, de contraindre la seule couscîence qui lui resterait opposée à abdiquer sa liberté et son droit de croire, m6me à l'erreur; de mëoie une majorité, si immense et si imposante qu'on la suppose, n';ipas ledwt d'imposer à un individu, encore moins à une minorité eti un parti, nn pouvoir et des lois qui mutilent ou amoindrissent sa liberté de penser, de parler, de prêcher et d'écrire. Une royauté, aussi libérale que possible, ne saurait permettre que l'on discute et que l'on attaque, par la parole el par la presse, ni son principe, ni la personne sacrée du souverain; l'Ile ne permettra jamais la libre propagande républicaine. La république admet la discussion de son principR el de son gouvernement, cl son reuvorsenient ' p^ir nn coup d'Et^it violent ou un coup Je majorité est
rinaibilation ou la diminution de la souveraiiit té du peuple et des libertés publiques.
Donc, elle doit être placée au-dessus du suffrage universel; et ce n'est pas seulement la forme politique qui nous divise le moins, c'est aussi la seule qui puisse mettre un terme aux révolutions, en n'opposant aucun obstacle aux évolutions politiques et sociales préparées et mûries par le temps et la libre discussion.
La députation de Paris, en saisissant les rênes du gouvernement tombées des mains indignes du prisonnier de Sedan et de ses complices, aurait dû comprendre qu'elle avait besoin de faire preuve de l'énergie et de Taudace des Danton et de ces vaillants conventionnels qui allaient au fen i la tète des soldats de la première république. Et elle n*osait même pas s'appeler résolument le gouvernement de la république ! C'était se créer une situation qui laissait transpirer les indécisions et les tiraillements de ce comité de salut public, qui pouvait avoir la volonté mais non la force de sauver le pays.
Léon Gambetta, ministre de l'intérieur, envoyait à la France des télégrammes reçns et publiés par des préfets de Tempire, pour annoncer que la déchéance avait été prononeée au Corps législatif, la république proclamée H radtel-de- Ville, et qu'un gouvernement de la défense nationale, composé de onze membres, tous députés de Paris, avait été constitué et ratifié par racclamatiop popu-
Uirc. Il ajoutait que le général Trochu était mainteiii' dans ses pouvoii's de gouverneur de Pariç, et Qomnié mi* niBtre de la guerre, en remplacemeut du général Palijuo. AÎDsi, cette dépêche aux provinces, qui visait peut-être à l'habileté, mêlait ensemble l'élément impéiinl et l'élémenl populaire, le Corps législatif de l'empire et l'Hfitel-
I tle-Ville envahi par le peuple, les pouvoirs de gouvemeor
' de Paris conférés it Trochu par te gouvernement de la récente, et le ministère de la guerre donné à ce général par le gouTernement de la défense nationale, constitué et ratilîé par l'acclamation populaire.
I La république proclamée à l'Hôtel-de-Ville n'appinis-
I sait que comme un simple incident encbissé dans ane incidente.
Gel^ manquait de netteté, comme le gouvernement lui* même, comme la politique de compromis et d'expédients
, qu'il inaugurait par sa constitution même, par la collecti' vile dont il se composait.
Ce gouvernement devait porter dans les grandes choses
I l'incohérence et les contradictions qu'à son origine même, il mettait dans les petites.
' Il faut que la justice se rende au nom de quelqu'un ou de quelque chose; il faut une formule exécutoire à sea
I arrêta.
( la gouvernement de la défense nationale décràlti :
Les tribunaux rendront la justice au nom du peuple rançais. »
A voilà ce gouvernement, qui n*ose se dire hautement gouvernement de la république^ qui se sent obligé nposer à la magistrature de Tempire les formules ublicaines :
I République française, au nom du peuple français. ... république mande et ordonne, d iais il faudra que quelque maire de Paris donne [ample, pour que la devise : Liberté^ égalité, fraternité Araisse.
évidemment, on hésitait a arborer et déployer complètent le drapeau républicain. Il ne faut pas s'en étonner,
on considère la composition du gouvernement provi-
les Favre est un merveilleux orateur et peut-être un )licain, bien que son républicanisme se colore, utut se décolore de je ne sais quelle nuance de iristianisme^ et fasse intervenir Dieu et la Provi • dans les affaires et les doctrines de sa république, lus artiste de la parole qu*homme d'Etat^ il n'avait te fougue de Toraleur homme d'action qui fit la \ Danton ; il redoutait plutôt les émotions popul'il aurait fallu, dans la crise où se trouvait la liriger et non comprimer. La veille du 4 septem* *avait pas encore vu poindre la révolutiou, ù la*
quelle il aurait tlû pousser Paris un mois plu» tôt. A la aéanc£ du 3, il (lemandnit i[uoi? La dictature niilitaire, la dictature de Truclui, ue voyant pus que le militarisme qui avait perdu la FniDce à IScdau serait impuissant à la sauver.
I a Le gouvernement ayant cessé d'exister, disait-il aux
■ eunuques impériaux du Corps législatif, le pays ne doit i> plus compter que sur lui-même ; ce qu'il y a de néces-
■ saire, c'est une dictature militaire. Un nom est cher, B il est aimé ; devant ce nom doivent s'effacer tous les
> autres, voilà mon vœu. «
Jules Pavre s'était imaginé que Truchu était un grand [ capiiaine et un grand homme !
Le général Trochu, parce qu'il avait publié un lifr* J sur l'organisation de l'armée française, s'était fait la r^pji- ; l'tatiOB d'un phénomène et d'une illustration méconnue, I an milieu de ces ânes, à qui les faveurs de la cour de Bonaparte avaient conSc ta mission de commander à des /(bns/ Quand l'incapacité des^'énéraux de l'armée impériale avait apparu à tous les yeux, a. la lueur sinistre de nos désastres, l'impératrice-régente, qui cherchait aussi un sauveur militaire, l'avait nommé gouverneur de Paris, et Palikao. repondant à Jules Favre qui demandait la dictaluro pour ce nom cher et aimé, disait : « J'ai trop
> conllance en Iuj, eu son honneur, pour penser qu'il
> accepte jamais la position que voue voulez lui faire. ■>
Trompant la confiance de la régente et de Cousin-Montaaban« Trochu acceptait le lendemain la dictature militaire de Paris. La confiance de Timpératrice et de son ministre de la guerre dans le gouverneur de Paris était bien faite pour inspirer de la défiance aux républicains. Mais dans le désarroi où l'invasion avait mis la France» combien de patriotes dévoués et sincères pensaient comme Jules Favre, qu'elle avait besoin d'un dictateur et d'un sauveur militaire ! C'est pourquoi la présidence du nouveau gouvernement fut donnée à cette solennelle et dévote incapacité.
Aux hommes de la vieille et mauvaise école de 4848, ^i avaient déjà perdu la république en la livrant, par leur faiblesse et leur politique de conciliation à tout prix, à la réaction et à TEglise» était venu s'adjoindre un homme nouveau, une jeune célébrité oratoire, Léon Gambetta, qui représentait dans le gouvernement provisoire la politique superficielle et bruyante d'un groupe de jeunes républicains, doués de plus de talent et de vanité que d'expérience. Dédaignant les hommes de 1848, qu'elle confondait tous avec ceux qui avaient si mal dirigé la république, répudiant presque toutes les traditions du passé, la jeune école néo-républicaine s*imaginait avoir assez d'habileté dans le maniement des hommes et des atfaires pour rallier tous les partis dissidents et hostiles autour du drapeau de la république. Elle pensait et disait
avant le 4 septembre que si la république de 4848 s'était laissé escamoter par la réaction monarchique, c'est que ses gouvernants avaient manqué de souplesse et de dextérité politique pour amener à elle la bourgeoisie et le peuple des campagnes, qu'une direction plus habile aurait convertis au républicanisme.
Cette pensée, mêlée aux souvenirs de la grande révolution, devait produire beaucoup d'agitation, des proclamations éloquentes, des décrets qu'eussent signés Saint- Just et Danton, mais qui sont demeurés lettres mortes, et des actes inspirés par un esprit de conciliation inopportune et maladroite, qui exagérait encore, au lieu de la corriger, la politique de faiblesse, de compromis et d'expédients que l'histoire peut reprocher^ à bon droit, aux républicains parvenus au pouvoir en 4848.