‹ Le Gouvernement de la defense nationale a ToursChapitre 4 sur 44 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Lm préfSeeliires. — La curée. — La politique da ministre de l'intérieur. — Les municipalités. — La circulaire de Gambetta et la circalaire confidentielle de Lanrier. — Conseils inéooutés du BétftU, — La féactioB ne désarme pas !

La république du 4 septembre, c*était son droit et son deYoir, ne devait laisfser en place aucun des préfets et des sous-préfets de Tempire. Son premier acte de bonne politique et de justice était donc de s'associer en province des collaborateurs et des administrateurs intelligents et qui lui fussent dévoués. Mais était-il bon, était-il utile de conserver les préfectures et les sous-préfectures, et de nommer des préfets et des sous-préfets de la république avec les traitements de leurs prédécesseurs du temps de l'empire? Préfectures et préfets sont une institution de la centralisa* tion impériale et monarchique^ qu'une constitution républicaine doit nécessairement modifier. Si Ton ne voulait pas heurter les traditions réactionnaires de la province en nommant des commissaires de la république^ comme en 4848, on pouvait bien, sous une autre dénomination.

I pourvoir aux nécessités de radminiBtratioQ provisoire des I départements, en réduisant les ^os traitements des admi- I nislrateurs, et en confiant les sous-préfectures, qui n'ont I guère de taisoa d'ëlre, à l'adminislration communale de< } cbefs*Ueux d'arroudissemenis. Mais il gemblditquu,moins I encore qu'en i848, le goUTernement provisoire de (870 L ne voulût loucher à aucun des rouages de la vieille ma- 1 chine qu'il s'était chargé de faire fonctionuer. Le choix I des préfets ne fut pas toujours heureux. Il y eut quelques l' nominations scandaleuses.

I Aujourd'hui la réaction reproche aux républicains de F iffttre précipités a la curée. Certes, si nous avons vu, le I lendemain de la révolution, des hommes appartenant au B parti républicain, ou se glorifiant d'y appartenir, assiéger I l'Hôtel-de-Ville et les bureaux des ministères pour y I quêter des emplois; s'il s'en est rencontré pour se faire Lins introducteurs et les courtiers des délégués de départe- Ements venus à Paris pour demander des administrateurs ■ ira faire ratifier leurs choix, rien ne saurait égaler la pla- I tilnde et la hassesse des réactionnaires s'accrochant à leurs E places pour s'y conserver, ou aihorant les couleurs répn- Iblicaines pour solliciter un emploi. N'avoos-nous pas vu I un préfet, la veille encore serviteur de l'empire, ne pas I rougir de se dire le lendemain préfet de la république, et l'un journaliste, plus nuancé de blanc que de rouge, se faire Iprésenterà l'un des plus fermes républicains du gouveroe-

ment de la défense nalioiiale pour obtenir une préfecture.

Mais laissons oes tristes récriminations; qu'il nous sufiise de faire appel aux hommes de bonne foi, pour leur demander si ce n'étaient pas les solliciteurs de tous les régimes déchus qui encombrèrent deux mois la ville de Tours et les antichambres des délégations du gouvernement de la république.

La première circulaire de Gambetta aux administrateun provisoires et aux préfets des départements de la républi* que donnait la note de la politique du gouvernement : € Notre nouvelle république, disait-il^ n'est pas un gou- » vemement qui comporte les dissensions politiques^ les 9 vaines querelles. G'est^ comme nous l'avons dit, un gou- 9 vernement de défense nationale, une république de > combat à outrance contre l'envahisseur.

» Entoures-vous donc des citoyens animés, comme » nous-mêmes, du désir immense de sauver la patrie et 9 prêts à ne reculer devant aucun sacrifice.

0 Au milieu de ces collaborateurs improvisés, apportes n le sang-froid et la vigueur qui doivent appartenir au re- » présentant d'un pouvoir décidé à tout pour vaincre • Tennemi.

9 Que chaque Français reçoive ou prenne un fusil et » qu'il se mette à la disposition de l'autorité, La patrie 9 est en danger ! »

Celaient Ik de belles et nobles paroles I mais qui expiimaient celle illusion fatale que toutes les haines et les rancunes, soulevées par l'avénemenl de la république, avaient désarmé en face de l'ennemi commun et de la patrie en danger. Pour faire cesser les dissensioUR et les vaines querelles, pour que cette république de combat i oulrance conirc l'envahisseur poussât toutes les forces de la nation au secours de la patrie en danger, il fallait que > confiante dans son énergie elle sut discipliner les combattants et se faire obéir. Une s'agissait pas de faire de la terreur, mais de la justice. Or, la justice commandait d'im- I proviser les coUnhorateurscivilset militaires en dehors des mmes compromis volontairement au service de l'empire et des monarchies, parmi ceux qui s'étaient dévoués ou ' étaient disp05és use dévouer sincèrement et sans arrière- I pensée à cette république de combat, qui n'avait pas désesf péré du salut de la France après Reischoffen et Sedan. La ;' justice commandai), en présence de l'invasion suscitée par les meneurs incapables ou perfides de h réaction en province, de ne pas leur laisser le commandement et la direction des forces destinées à la repousser, et de ne pas leur permettre, par des compétitions de pouvoir et d'influence inopportunes et coupables, d'introduire dans la défense nationale et la république les dissensions politiques, les vaines querelles et les divisions. La justice et les circonstances commandaient la dictature républicaine,

Don d'on homme d*Ëtat, d*un ministre ou d'un général, mais d'un gouTernement de salut public, dont la politique énergiquement patriolique inspirât et surveillât les chefs d'armées aussi bien que les adminis^lrateurs des départements et des communes pour les faire concourir au même but» la délivrance du pays.

Malheureusement, ce n'est pas cette politique qui fut suivie, et les actes ne furent pas, tant 8*en faut, à la hauteur des paroles.

Il importait beaucoup pour l'établissement de la république que la municipalité, la commune fût, sinon révolutionnaire, au moins républicaine dans les villes et dans les campagnes. Le gouvernement impérial ou tout autre gouvernement monarchique comprenait bien qu'il ne fallait pas .laisser l'administration municipale en des mains ennemies. Les maires de l'empereur et des préfets de Tempire n'étaient pas disposés à faire aimer et à défendre la république. Malgré la difficulté de trouver dans les campagnes des municipalités et des maires républicains capables d'administrer les petites communes^ une mesure radicale, la dissolution générale, eût été la plus sage et la plus politique, sauf à permettre et conseiller aux prétêts de reprendre, faute de mieux, les hommes les plus utiles, les moins illibéraux, pour les replacer dans les commissions municipales et même i leur tète. Le gouvernement, toujours en vue d'une conciliation impossible et

ImMre, préféra adopter un moyen terme qui devait sa- [ tisfaire peu de monde Ht inécoDteDter vivement le parti ^TépiibUcain.

Une circulaire de Gambetta, minietre de l'intérieur, atu

I préfets leur Hisiiil : t La détense du pays avant tout!

■ s Assurez-la... eu suscitaut autour de vous les énergies

Es locales, en disciplinant par avance ioub les dévoue-

I ments, afin qu<; le gouvernemeiil puissu ks mettre à

» profit, suivant les besoins du pays, n

Le ministre sentait donc, et les événements ont confirmé depuis l'importance du remaniement des municipalités > pour la résistance et la guerre à outrance à opposera I l'invasion.

Il ajoutait : « Pour ce qui est de vos relations avec Wb l'ancien persounel du gouveruement déchu : maires, |> adjoints, conseillers muuicipiiui et fonctionnaires, i^ ■s levant eiclusivemenl de l'ordre administrai! fj votre !■ conduite esl.tuulu tracée dans les idées que Je viens I d'exposer. Ce qu'il faut à notre pays endormi et énervé

> depuis dix-huit ans, ce qui lui est nécessaire au jour de

• eu terrible réveil, c'est l'activité sans confusion, la vie, I» une vie régulière et organise'.', farlout donc où se ma-

n nifesteront des tendances h la propre initiative des ci-

> loyens assemblés dans leurs communes, ensouragei-les

• tn les réglant, si elles s'inspireut de l'eiprit de paino-

9 tisme et de dévouement qui anime les représentants n des pouvoirs publics.

i> Le gouvernement de la défense nationale a été corn* » posé par le peuple de ses propres élus ; il représente en A France le grand principe du suffrage universel. Ce gou* 9 vernement manquerait à son devoir comme à son ori^

• gine, s'il ne tournait pas dès Tabord ses regards sur les

• municipalités issues, comme ses membres, des urnes po*

• polaires. Partout où sont installés des conseils munici-

• paux élus sous Tinfluence du courant libéral et démo*

• cratique» que les membres de ces conseils deviennent vos

• principaux auxiliaires.

9 Partout au contraire où, sous la pression fatale du ré>

• gime antérieur, les aspirations du citoyen ont été refou*

■ lées et où les conseils élus et les officiers municipaux ne

• représentent que des tendances rétrogrades, entourez-

• TOUS de municipalités provisoires et placez à leur tète les » cbets qu'elles auront choisis elles-mêmes dans leur sein,

■ si dans leur choix elles ont su obéir aux nécessités pa« > triotiques qui pèsent sur la France. »

L'auteur de cette circulaire et rinspirateur rie la politique qu'elle imposait aux préfets avait évidemment voulu se montrer habjle, en écartant la pensée et l'image de la révolution pour placer le gouvernement de la défense na • lionale sous Tégide du suffrage universel, dont il ne tenait pis si grand compte qu'il ne le livrât à l'appréciation ré-

[ Irospeclive de ses agents administratifs. Bien qu'il fût eu I grande majorité composé (les élusde Paris, auxquels avaient I été adjoints Trochu, Le Fid et Fourichon, qui ne tenaient I leur mandat d'aucune élection, le gouvernement du ( sep- [ lembre, quoiqu'il fit pour en ellacer la tache originelle aux [yeux de la réaction, n'en était pas moins issu d'un mon- L vement révolulionnaire. Le grand principe du suffrage t universel invoqué par Gambella avait bien subi quelque I alteinte, comme il en subirait néceseairement toutes les 1 fois qu'il aurait immolé à la peur ou à l'égoisme les liber- I tés, l'indépendance et l'honneur du pays, et rendu indie- [ pensable unerévolulion commecelle qui avait renvoyé dans I leurs départements ses élus du Corps (éî^islatif. N'était-ce I pas, quelque précaution oiatoire que prit 1c ministre pour t envelopper <ies instructions, lui porter une nouvelle atteinte l que de charger les préfets de remplacer par des municipa- I iiléa provisoires les conseils raunicipauxqui n'avaient pas I élé élus sotit l'in/liiet'rdii cnurant libi-ml el démocratique f 1 Toutes les finesses de langage et les habiletés qui trahis- I siîent la faiblesse et le manque de foi en la révolution du I 4 septembre valaienl-elles une situation nette, une fran- I che altitude?

I Cette circulaire de Gambelta n'était pas même le der- I nier mot de l'habileté du ministère de l'intérieur. Nous I; avons TU et lu une circulaire confidentielle de Laurier, K «hcf du cnbinct du ministre, qui recommandait aux pré-

fels de maintenir en fonctions les municipalités existantes t'I (le \ivre en bon accord avoc elles. Étrange politique, en Vf'rité, qui gardait avec r ancien personnel du gouvernement déchu de tels ménagements!

La politique du ministère des affaires étrangères n'avait pas une allure plus fermement républicaine. Certes» la circulaire que Jules Favre adressait^ te 6 septembre» aux agents diplomatiques de France est magnifique et d'une rare éloquence. Mais vous y chercherez vainement le mot de république. On dirait que l'illustre orateur Ta écarté à dessein de sa communication aux puissances étrangères.

Cette politique d'effacement inspirait au Réveil le 9 sep« tembre les réflexions suivantes, qui expriment parfaitement une opinion que nous partageons : a Deux voies s'ouvrent » pour la république. Doit-elle chercher à s'effacer, se faire 9 aussi petite que possible, en vue de se faire pardonner • son existence, ou bien, déployant hardiment son dra- » peau, doit-elle n'en appeler qu'à son droit incontestable ? » Entre ces deux alternatives le choix n'est pas douteux. » La politique d'efiEacement, c'est la mert honteuse à courte » échéance. Il n'y a de salut que dans la pratique franche» » loyale, énergique du régime républicain.

B Que le souvenir de 1848 nous serve de leçon. Alors, n on recourait aux procédés de la vieille politique ; on ne 0 songeait qu'à rassurer les rois qu'un souffle aurait Jetés n à terre, qu'à rassurer aussi les repus de la veille. On

lene ■ Dnc- H

i> ci'OjiiiL avoir tout gagné eu obtenant l'adiuissiop d'

> représentant de la république dans uae chancelli

> étraDgère, et l'on gardait le plus qu'on pouvait des fonc-

> tlounaires du jus le-mi lieu. Qu'esl-il arrivé? L'action u exlérieure de la république a été paralysée en puie perte, B la rcaclioD a conservé ses cadres, et bientôt, après uae ) douloureuse agonie, la république périssait sous la main 1 de celui qui vient de livrer et de miaer la France. Mili> beurà qui serait tenté de l'oublier!

« Voyons les choses comme elles sont. Le iDagniUque

> laiigaçe de M, Jules Favre ne sera pas entendu de l'Eu- » rope monarchique, el de même les réaclionnaires, qui B foni mine aujourd'hui de retourner leur babit pour » tromper la république et la mieux trahir, rcsierontsourds

• à l'appel du patriotisme.

B Ne nous y trompons pas. La dérease nationale n'est 1 possible qu'avec et par le peuple, qu'avec et parla répuu blique. Si les serviteurs du régime monarchique restent

> eu fonctions, si le gouvernement compte sur les rois,

> s'il ne projette pas au dehors la révolution, s'il De s'oc- I cupi: pas :>,iiis délai de républicauiser les admiuistra- ) lions, s'il ne réduit pas a l'impuissance tous les ennemis I de la révolutiou, il assumera Hur sa lèle la plus ecra-

• santé respomabililé.

« Qu'il écoute DOS conseils i ils sont aussi désintéressés

» qae sineères; c'est le patriotisme le plus pur qui nous les » ÎDspire.

» Avec la France pour point d'appui, a?ec la révolution > pour levier, la république est invincible. »

Répondant à un organe de la réaction qui déjà relevait la tète, le Béveil disait encore :

« Pour les membres du gouvernement provisoire, qui » se sont chargés des destinées chancelantes du pays, le » droit de renvoyer tout ce qui s'est sali au contact de » l'empire subsiste tout entier; c'est même le seul moyeu 0 qu'ils aient d'organiser la résistance désespérée que la • lâcheté de Bonaparte nous a imposée. •

Les conseils ne manquaient pas ; mais ils n'étaient pas écoutés. Rochefort même, de qui Jules Favre avait dit : Il vaut mieux l'avoir avec nous dans le gouvernement qu'en dehors; Rochefort se faisait des illusions sur les ennemis de la république, parce qu'ils avaient changé de langage ou gardaient le silence. Dans sa lettre du 8 septembre, où il désavouait la Marseiilaise et les emportements du génél'al Cluseret, il disait : Toutes les opinions désarment. Comme si la réaction monarchique désarmait jamais autrement que ces Prussiens cauteleux qui lèvent la crosse eu l'air pour tromper leurs ennemis et les fusiller à bout portant; comme s'il ne fallait pas lui faire mettre bas les arm^ et licencier ses cadres !

Le bon sens le plus vulgaire dictait les mesures à

prendre contre les ennemis intérieurs et extérieurs de la république.

Contre les premiers il fallait profiter de la stupeur où lies avait jetés Técroulement de Tempire, pour les maintenir relégués dans le silence et l'impuissance de la défaite et de la honte.

Contre les ennemis extérieurs, contre les armées de rinvasion la tâche était plus ardue, mais non moins nettement commandée par la situation du pays ; il fallait lâcher sur elles Paris révolutionnaire^ livré i lui-même, k son ardeur patriotique, pour aller réveiller la province, la tirer de sa torpeur et la soulever contre les Prussiens.

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