‹ Le Gouvernement de la defense nationale a ToursChapitre 31 sur 44 · TH. FER11Ë.|^H · texte numérisé non relu

TH. FER11Ë.|^H

Mais le Comité de salut public ne se proposait pas seument de britlerParis ; il aval t conçu, coucun'emment, l'idée de le faire sauter. Les é(;outs, les sous-œuvres de nos édifices avaient été, à cet effet, criblés de chambres de mine, eties fourneaux étaient chargés de poudre, de dynamite et de pétrole. Le Trocadéro, les Ternes, le boulevard Mulesherbes, la gare Saint-Lazare, les Invalides,

l'église Sainte-Clotilde , la rue de Lille, la rue Saiat-Dominique^.Notre-Dame devaient s'écrouler sous un jeu d'explosions formidables. On découvrit, fort heureusement, à temps, un millier de fils conducteurs destinés à la mise du feu, et c'est à l'armée qu'on doit ces précieuses découvertes. Quand un détachement pénétrait dans un quartier, il se divisait .en deux sections, dont l'une gardait les rues à la surface du sol, et l'autre, explorait les égouts sous la conduite des officiers du génie. Grâce aux ingénieuses recherches et à la circonspection de ces mineurs habiles, on sut prévenir toute espèce d'accidents, et c'est l'incendie seulement qui a fait des ravages.

Au milieu de tant de calamités, nous devons encore remercier Dieu qui pouvait nous infliger des épreuves plus terribles. La ruine est loin d'être totale , et Paris n'est pas enseveli sous ses décombres.

a 11 ne faut , dit le Journal officiel du 5 juin , ni se dissimuler, ni s'exagérer ses pertes.

tt Paris a perdu la plupart de ses palais.

a Les Tuileries, le Palais-Royal, THôtel de ville, le palais du quai d'Orsay ne sont plus que des ruines. Il faudrait des millions pour leur rendre la splendeur qu'ils avaient encore il y a trois semaines. Rien que pour réparer les murailles, poser une toiture, relever ou remplacer quelques statues, la ville devra s'imposer des sacrifices énormes. 11 sera sage de le faire, pour ne pas laisiser aux rues leur aspect désolé. Cette grande ville, si riante et si

:* qui attirait les gens du monde , les i bommes d*élude, et qui avait conquis l'utile royauté de la mode, ne peut rester longtemps ensevelie sous les décombres.

■ Elle doit, I tout prii, relever les façades de ses monuments; pour l'intérieur, c'est une perte presque irréparable. On ne refait pas en un jour des chefs-d'œuvre accumulés par des siècles.

« Quand m(me on trouverait, malgré les chaînes qui nous accablent , assez de ressources pour refaire les escaliers, peupler les appartements de tableaux et de statues, suspendre des lustres aux plafonds , étaler des tapis sous les pieds, jeter sur les murailles les riches tentures des Gobelins el de Beauvais, on ne referait pas la grandeur historique qui s'attachait & ces appartements et à ces galeries.

« L'histoire perd ses témoins. Nous ne connaîtrons plus nos rois que parles livres. Leur maison, que nous pouvions visiter, qui racontait les détails de leur vie , a tout à coup disparu. Il ne nous reste de l'œuvre de Philibert Delorme que ces murailles crevassées et noircies, derrière lesquelles se sont abrités, après les rois de France, les assemblées révolutionnaires et l'empire.

« L'architecture est l'art français par excellence. Nous avons des maîtres presque partout ; en architecture, nous n'avons que des rivaux, et c'est à peine si nous en avons pour l'architecture religieuse. On s'était donné bien du mal pour cacher et alourdir le palais de Philibert De-

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lonne; oDaiait amplifié, saDs trop de suecès, notre Hôtel de ?îU^. On les retrouvait pourtant et on les admirait , sous ces ornements maladroits. Ils sont perdus. Si, quelque jour, la France redevient assez riche pour se donner le luxe qui sied à un grand peuple, elle les remplacera : mais elle ne pourra pas les refaire.

a Ce malheur, qui est déplorable , pouvait être beaucoup plus grand. Les incendiaires avaient projeté une destruction complète ; ils y travaillaient scientifiquement. Ils avaient choisi pour instrument le pétrole, ils avaient étudié avec soin ce Paris, qu'ils voulaient anéantir; la bande avait ses ordres, son système , son plan régulier. N<m-seulement, on accumulait les matières incendiaires , mais on coupait les conduites d'eau; on emportait les pompes, les tuyaux, les échelles. Quand on apprit que les Tuileries brûlaient , ce ne fut partout qu*un cri d'effroi, à cause du Louvre. Les flammes en vinrent bien près, puisqu'elles brûlèrent cette belle bibliothèque qui séparait l'ancien ministère d'État de la caserne des zouaves de la garde. Grâce à Dieu , elles s'arrêtèrent au seuil du musée des Antiques*

« Nos beaux marbres , nos grandes toiles sont préservées. Mous n'avons rien perdu, absolument rien. Si l'on excepte un coin du plafond de la galerie d'Apollon, tout les dommages du Louvre sont extérieurs, et ils sont médiocres. Une femme, sculptée par Sarrasin , est à moitié détruite; la façade de la galerie de l'Infante a perdu une partie de son entablement; c'est presque tout, avec quel-

ques traces d'obus, et des traces plus nombteases de balles. On avait lanl à redoulcr, qu'on se prend h se sentir reconnaissnnl envers la Providence de ne nous avoir pas frappés plus durement.

(1 Le musée de Cluny, rempli de trésors jusqu'à regorger, étalera encore ses faïences, ses cristaux, ses armures, ses bijoux, ses meubles, toutes ces spleadidcs reliques qu'on ne se lasse pas d'admirer et d'étudier. Le Luxembourg nous rend intactes les toiles de l'ècoto française contemporaine. Le musée de Sôires, transporté dans Paris quand il était menacé par les Pi-ussitns, a miraculeusement échappé aux communcux. Nous avons perdu les Gobelins avec les magnifiques lapisseries qu'ils contenaient ; mais les tapisseries de la couronne nous restent.

H A part la bibliothtque du Louvre et celle du Palaisîloyal, d'une importance bien moindre, toutes nos bibliothèques sont sauvées. Nous avons tremblé longtemps pour r.\rsenal, très-voisin du grenier d'abondance, dont l'incendie a duré trois jours. Le feu et la fumée ont passé sur ces livres inestimables et sur ce riche amas de manuscrits, sans les atteindre. Sainte-Geneviève, la bibliothèque de la Sorbonne, la belle collection de M. Cousin, lêguËc par lui \ l'État, celle de l'Ëcole normale, dont le fonds principal est un bârilage de Georges Cuvier, celle du Sénat devenue publique, celle de l'École de médecine, celle du Corps législatif n'ont pas souffert. Le grand dép&t national de la rue Hichelieu, si dangereusement

situé et entouré de maisons de tous les côtés , quoique menacé à plusieurs reprises, est sorti sain et sauf de cette terrible crise. C'est ainsi que nous conservons un trésor que ni le British Muséum, ni la bibliothèque du Vatican, ni aucune collection connue ne peut égaler. Les manuscrits les plus précieux étaient en dépôt dans les caves de l'École des beaux-arts, dont on s'occupe en ce moment de les tirer.

(( Nous avons eu le môme bonheur pour les Archives. Elles sont sauvées ; l'histoire de France est sauvée I L'hôtel Soubise, où tous ces manuscrits sont réunis dans un ordre admirable, n'estséparé duMont-de-Piété que par une rue. Les commissaires de la Commune venaient au Montde-Piété tous les jours ; il y avait là des millions qui les attiraient; Us comprenaient moins la valeur des autres trésors entassés si près de là. Il n'aurait pas fallu beaucoup de pétrole pour les détruire. On les a oubliés.

c( On a oublié aussi l'Imprimerie nationale ; ou plutôt on a pris ce grand monument de l'art typographique pour une manufacture comme toutes les autres. Le temps aussi a manqué aux iconoclastes. Nos soldats marchaient vite; leurs chefs savaient ce que chaque minute de retard coûtait à la civilisation.

(( Enfin, l'art religieux n'a presque rien perdu. La Sainte-Chapelle, la merveille des merveilles, a tous ses vitraux intacts. Elle est restée debout entre l'incendie du palais et celui de la préfecture de police. Saint- Étienne-du-Mont, Saint-Germain-des-Prés, Saint-Séverin,

Saint-Eustache nous reslenl. Saint-EusUche, pourtant, a soufTert. Les vitraux de Philippe de Champagne sont perdus, malheur irréparable. A Notre-Dame, tout était prêt pour l'incendie. Les deux ambous, à l'extrémité du baschœur, sont brûlés. Les barbares n'ont pas incendié la séculaire Torët qui domine les voûtes ; ils a' ont pas fait pleuvoir sur la Cité et l'Hâtel-Dieu cette immense quantité de plomb qui couronue le majestueux édifice. Paris, malgré les Tuileries et l'HAtel de ville; malgré le Palais-Royal et le palais du quai d'Orsay ; malgré les Gobelins, Paris est encore Paris. II peut, comme la France, ressusciter et graadîr, h force de sagesse. »

C'esten elTetà l'heureuse arrivéeet à la rapidité des mouvements de l'armée que la ville de Paris doit son saluU

Si nos troupes avaient franchi la porte de Saint-CIoud quarante-huit heures plus lard , c'en était fait de tous les édiQccs, de toutes les maisons, de tous les quartiers. Le feu devait tout dévorer, et les matières explosibles accumulées n'allaient plus avoir à disperser que des cendres et des décombres!... Une fois entrés dans Paris, nos soldats s'empressèrent d'organiser un service de secours, se portèrent partout où on les appela , et sauvèrent des trésors déjà en proie aux flammes. C'est ainsi que, dans la matinée du 24 mai, les divisions Bruat et Vergé (3* et 3' de l'année de réserve) coupèrent l'incendie du Louvre. Ce sont des fusiliers marins qui ont préservé du feu la Bibliothèque oatîonale, l'Institut, les Beaux-Arts, le Luxembourg!

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Il nous faut témoigner ici notre gratitude aux étrangers amis. Anglais et Belges qui, dès la nouvelle du sinistre, s'empressèrent d'accourir à notre secours. Nous devons aussi remercier, avec l'Assemblée nationale, ces sapeurs pompiers de la province dont le dévouement ne nous fait jamais défaut. Nous les avions déjà vus à Paris au mois de septembre 1870, quand les Prussiens allaient nous investir. Us sont revenus en mai 1871, alors que nous étions aux mains des bandits internationaux. Comme le chœur des tragédies antiques , ils auront vu le prologue et le dénouement du drame.

La presse s'est faite, dans ces derniers temps, l'écho de bruits persistants tendant à attribuer aux Prussiens une large part de responsabilité dans ces événements effroyables. Nous nous abstiendrons d'émettre aucun avis touchant cette question délicate, mais nous observerons que les incendiaires de Paris ont opéré par le pétrole... exactement suivant la méthode des officiers de Tannée prussienne chargés de mettre à feu nos villages.

Nous citerons aussi un mot de M. de Bismarck. — «La Commune de Paris, aurait-il dit, se chargera de grouper autour d'elle les chefs de la démagogie cosmopolite, et nous fermerons ensuite la souricière. »

Et, en effet, il a empêché les communeux vaincus de s'échapper par les chemins de l'Est et du Nord. Il a fait tirer sur quiconque osait franchir les lignes de l'armée prussienne.

Nous transcrirons enfin la lettre suivante adressée, le

Sa mai, au journal la Giii)n(le'pav un officier de l'ainiêe danoise :

« Je suis Danois d'origine, mais Français de cœur ; el, en lisant dans voire journal l'Incendie du Louvre et de$ Tuileiies, j'éprouve un grand serrement de c<rur. A voir le plus beau joyau du monde entier incendié par ces bandits, c'est borriblel Mais laissez-moi vous raconter quelques bribes de ma conversation avec un officier d'élat-major prussien que je rencontrai il y a quelques jours à Compitgne, et dont je lis la connaissance en 1868, précisément au bal des Tuileries, en l'eatendant causer, en allemand, avec assez de familiarité, avec uu domestique de Sa Majesté l'empereur qui le servait au souper :

Il Que pensez-vous du drame qui se joue à Paris? me Il disail-ilijc suis lier du succès de mon pajs, mais où Il je rougis d'Être Allemand, c'est d'entendre à mes eûtes H nos généraux se réjouir des forfaits de cette lie de Il loules les nations, en partie soudoyée par Bismarck, Il pour que, suivant sa prophétie, Paris « pourrisse dans Il son jus 11. Et, pour que le programme soit complet, Il lïs liri'tleronl (oui, pour la plus grande gloire de l'Alli'n magne, u

Il La prédiction s'accomplit, vous le voyez, et ma mémoire me retrace tldèlement CCS paroles sinistres, dont je vous garantis la parfaite e^Hctilude.

a Je vous tairai, monsieur, le nom de Tofûcier prussien de qui je tiens ces détails , par des raisons que vous comprendrez ; mais je ne crains pas de signer de mon nom, que je vous livre pour en faire tel usage qu'il vous conviendra. »

Cela dit, nous en appelons aux âmes sincères qui se sentent libres de préjugés, et se croient exemptes de toute prévention.

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