LE PÈRE LA CHAISE
L'incendie épouvantable allumé pour dévorer noire malheureuse ville de Paris a fait périr bien des innocents dans les flammes, et Ton ne saura jamais exactement combien d'enfants, de femmes et de vieillards ont été asphyxiés, calcinés, ensevelis dans les caves qui leur servaient de refuge. Le nombre de ces victimes doit être considérable.
Mais des crimes d'une autre nature devaient encore frapper d'horreur la population parisienne en proie à la frénésie des communeux. Ces vils fantoches de la rue ne se révélaient par aucun verbe original, et ne manifestaienc pas une idée qui leur appartînt en propre. Ils avaient, jusqu'alors, parodié, copié, recommencé les hommes de 92 qu'ils nommaient leurs pères; mais, pour parfaire le sanglant pastiche, il leur manquait encore des journées de massacres. Leur hideux théâtre était depuis longtemps
machiné pour des scènes de morl; quand le moment leur parut opportun, Us ne reculèrent point ils jouèrent froidement les septembriseurs, ainsi qu'il appert du texte de ce document auquel on voudrait refuser de croire :
Il Direction de la s'ireté générale. ^^^M
« Le citoyen Raoul Rigault est chargé, avec le citoyen Régère , de l'exécution du décret de la Commune de Paris relatif aux otages.
" Paris, î pairial, an 79,
Il DELEECIDZE , BILLIORAT. a
On se rappelle que, suivant la méthode prussienne, les nommuneux, belligérants sinistres, av-atent pris soin de ramasser des otages partout où s'était présentée l'occasion d'en faire. Puis, durant le cours des opérations dont le récit précède, ils nous avaient, à chaque instant, menacés de les fusiller, espérant arrêter ainsi l'élan de nos soldats, intimider les généraux , provoquer ces sentiments d'humanité qui amènent les concessions. Quand ils virent les progrès de notre armée dans Paris, ces hommes de sang se sentirent dégagés, à ce sujet, de toutes préoccupations politiques et, dominés par des instincts sauvages, ils ne songèrent plus qu'à satisfaire leurs besoins de vengeance. Cette lâche fureur est faite pour inspirer plus de douleur
qae de surprise : ou devait, hélas! s'attendre à des monstruosités de tout genre de la part de ceux dont l'entrée en scène avait été signalée par le meurtre de Lecomte et de Clément Thomas. Entre les principes de notre ordre social et les aspirations de la jacquerie internationale un vaste abime était ouvert. Cet abîme, aujourd'hui, déborde de sang.
Le jour ou le lendemain de notre entrée dans Paris , les eommuneux fusillaient, h la butte aux Cailles, quinze frères hospitaliers qui, depuis l'ouverture de la campagne, ne s'étaient rendus coupables que d'un pieux dévouement. Le mardi, 23 mai, àonze heures du matin, la prison de Sainte-Pélagie voyait aussi passer par les armes de malheureux gendarmes faits prisonniers au 18 mars, et M. Chaudey, l'un des rédacteurs du journal le Siècle. Le nommé Raoul Rigault commandait en personne le peloton d'exécution , aûn de bien jouer jusqu'au bout les . gredins féroces.
* Le soir du mercredi, 24, d'autres agents des Delescluze et des Pyat assassinaient, à la Hoquette^ M^' l'archevêque de Paris, Darboy, le président Bonjean, l'abbé
• Deguerry, curé de la Madeleine, et les trois pères jésuites Clerc, Allard et Ducoudray. Tous moururent en chrétiens. Outragé par les misérables qui allaient le frapper à mort, l'archevêque leur dit simplement : — u Ne pro- (i (ànez pas le mot de liberté. C'est à nous seuls qu'il M appartient , car nous mourons pour la liberté et pour la « foi. »
— 2Si —
Le jeudi, â5, à deux heures de l'après-midi, une îmfasse voisine de la place d'Italie était témoin de Tassassiiul des dominicains d'Arciieil, les PP. CdpUer, Co- Ibereau, Bourard, Dethorme et Chateigneraie. — ail faunvnffrir pour Dieu'. » dit en tombant le P. Capticr. Avec les pères furent aussi assassinés cinq domestiques da collège et deux professeurs civils , MM, Volant et Gauquelio. L'égalité républicaine voulait que les serviteurs et les maîtres fussent traités de la même façon : les communeus laissèrent là tous les cadavres, sans s'îaquiéter de la s^ulture. Le matin du même jour, ^5 nui, le banquier Jecker était également fusillé dans un coiu de la prison de la Roquette.
Dans la nuit du vendredi , ^G, au samedi , 27, seize notables, raflés à un groupe de 38 gendarmes, furent extraits de la prison de la Roquette; conduits, sousprétexie de transfèrement , au cimetière du péi-e La Chaise, et passés par les armes. On cile parmi les victimes les pères jésuites fienzy, Caubert et Oliivaint; les séminaristes Gard et Seigneray ; le missionnaire Bouillon ; l'abbé PolaoGbin ; l'abbé Sabattier, vicaire de N.-D. de Lorelle, et M" Surat, grand-vicaire de Paris.
Samedi matin, 27 mai, quatre autres personnes, dont [es noms sont inconnus, furent encore odieusement assassinées A la Roquette. 11 restait alors, dans la prison, 169 prisonniers dont TA sergents de ville, !5 ecclésiaslîques, et 100 militaires qui avaient refusé de senir la Commune, Tous ces malheureux allaient être mis à raoïl
lorsque, à rinstigation du gardien Pinet^ ils se révollèrenl contre leurs bourreaux ivres. Ils choisirent, pour s'y barricader, un coin de la prison où les communeux essayèrent de les brûler vifs ; mais la laine des matelas qui leur servaient de défenses refusa, fort heureusement, de s'allumer. Les malheureux ne furent délivrés de leurs transes qu'à cinq heures du soir, lorsque la Commune , prise de panique, transporta brusquement son quartier g^éral de la Roquette à la mairie du XX® arrondissement.
Quelque temps auparavant, d'autres prisonniers, enfermés à la préfecture de police , avaient pu se soustraire aux flammes ou être, à temps, secourus par les troupes du général de Cissey.
Tels sont les otages dont on connaît , dès à présent le sort. Nous apprenons que M. l'abbé Bécourt , curé de Bonne-Nouvelle, a été aussi passé par les armes; mais il est encore , on n'en saurait douter, bien d'autres victimes de ce peuple en faveur duquel M. Hugo puise en son cœur des trésors d'indulgence. Que sont devenus tous ceux qu'a fait arrêter la Commune, ce pouvoir pétri de sang et de boue? Prêtres ou militaires, gardiens de la paix ou banquiers, où sont-ils? Qu'ont-ils fait, les maudits, des compagnons de ce frère Nétbelme , tué sur le champ de bataille , au temps du siège des Prussiens? Ont-ils aussi fusillé les religieuses qu'ils enfermaient à Saint-Lazare et, entre autres, ces douze sœurs de Saint- Marc qui dirigeaient l'ambulance d'Arcueil et soignaient si bien les blessés de nos combats de Cachan? Le
iMBps seul noos fera coanaitre l'étendue de noire denil. L'assassinat de H. Chaudej, il Sainte-Pélagie, était un acte d« Tengeaoce répondant au fait de la prise des bulles MoDlnurtre. Ctlui de l'archevfique, à la Roquette, paraissait destiné à consoler la Commune de la perte du Paiitbfon.
Le 24 mai, tandis que les divisions LacreteLe (3* du 3" corps de l'armée active) etBrual(i*de l'armée de résetre ) enlevaient le faubourg Saint-Germain, le général Je Cissev dirigeait sur le Luxembourg sa 2' division (Susbielle ), A deux heures de l'aprts-midi , la brigade Patutei ( 17' bataillon de marcbe de chasseurs , 38' et 76° de nuurhe) pénétre dans le jardin par les rues d'Assas et de Vauginrd, emporte l'École des mines et étend se^ tirailleurs le long des grilles de la rue Médicis. Les ebasseure à pied emportent la barricade de ta rue Souniot, prcnoent possession des rues Cujas et Malebrancbe et veulent descendre au pas de course le boulevaid Saint-Michel. Mats là, ils éprouvent une très-vive résistance de la part des communeux (gui garnissent les barricades et qui reçoireul. à chaque instant', des renforts provenant des forces insurgées, débusquées de la Croix-llouge parla division L^cfetelle. Nos pertes s'accumulent; le général Palitr\-I, encore souffrant d'une blessure reçue le IS mars, est en ton* atteint d'un coup de feu h ta caisse. Le colonel Biadeiti, du 3S' de marche, est également blessé. La rage s'empare de nos soldats, et leurs ofPciers ont quelque peine à les contenir.
Heureusement^ vers deux heures^ la grande barricade de la rue de Rennes, à Saint-Germain-des-Prés , vienl d'être emporlée. Nos soldats se jettent dans la rue de rÉcole-de-M6decine, descendent jusqu'à la Seine et, remontant alors le boulevard Saint-Michel, en prennent à revers toutes les défenses.
Au même moment, on annonce au général Palurel l'arrivée de la brigade Bocher (IS** bataillon de marche de chasseurs, 46'' et WJ"" de marche) qui débouche par les rues d'Ulm et Uoyer-GoUard, après avoir emporté les barricades du Val-de-Gràce et de la rue des Feuillantines. Les chasseurs n'y tiennent plus ; ils s'élancent par les rues Soufflot, Cujas , Malebranche, abordent de front les barricades et emportent le Panthéon. Ainsi surpris de toutes parts, les insurgés se retirent en désordre, non sans laisser bien des leurs sur le terrain.
S'étendant alors aussi vers l'est , et parallèlement aux troupes qui venaient de prendre le Panthéon, les détachements du 2"" corps, qui tenaient la place d'Enfer, passèrent de là dans les jardins de l'Observatoire, suivirent la rue Méchain et, ayant fait tomber les barricades de la rue de la Santé et celles du boulevard Arago, se concentrèrent, pour y passer la nuit, à la prison des Madelonnettes.
Cette journée du 24 mai fut, en outre , employée à des travaux de divers genres. Les habitants de Paris reçurent du maréchal de Mac-Mahon l'ordre de boucher en maçonnerie toutes les baies de sous-sol, tous les soupiraux
ir lesquels les bandits jelaienl desraalière ou qui leur servaient de créneaux pour assassiner nos soldats. D'autre part, le senice de l'artillerie réorganisait Montmartre, et cette butte, qui commande si bien toute 1.1 ville , était armée de boucbes à feu destinées à battre le dernier réduit des communeux.
Vers sept heures et demie du soir, la canonaado coramença serrée , furieuse , incessante. Les batteries de Montmartre écrasaient la Chapelle, la Villette, les Butter ChaumonI; celles du Panthéon couvraient d'obus les abords de la place de la Bastille.
A dis heures , le feu devint des plus intenses, et ceux qui ont entendu ces détonations n'en oublieront jamais le vacarme infernal. Ce n'était plus un tonnerre de canons mugissant en cadence, en échangeant ri^guliëremenl leurs projectiles, mais un roulement continu de coups violents provenant d'une armée de batteries insensées. La Seine elle-même prenait part à la lutte et les canonnières, embossées sous les ponts , grondaient comme des volcans. La fusillade stridente était si bien nourrie que l'oreille ne percevait plus qu'une sorte de ronflement semblable à celui du vent qui s'engouffre dans les vieux édifices et , sur ce concerto sombre, effroyable, le crépitement de la mitrailleuse a^ait peine à se détacher.
On se battait partout à la fois : à la Villette , & Saint- Vincent-de-Paul, sur les boulevards, à l'Hôtel de ville, au Luxembourg, au Pont-Neuf. Paris était tout entier noyé dans une fumée épaisse sillonnée par les éclairs du
canon et, çà et là, rougie par les flammes, car la rue Lafayette , Saint-Eustache , l'Hôtel de ville , la préfecture de police, la Conciergerie, deux cents maisons étaient en feul Non, Paris n'oubliera jamais la nuit du 24 mai 1871 . Les communeux affolés durent enfin reconnaître la supériorité de notre artillerie et celle de nos braves soldats. Ils évacuèrent, durant la nuit, la partie centrale de la ville pour se réfugier dans la région nord-ouest, ne laissant dans les quartiers des Halles et du Palais-Royal que quelques bataillons sacrifiés à l'avance. Protégés par ces tirailleurs et par les incendies allumés, ils espéraient couvrir suffisamment leur retraite. On a dit aussi qu'ils voulaient, sous la protection du canon des buttes Ghaumont, reprendre les anciens boulevards extérieurs et couper l'armée française; mais ils étaient alors trop démoralisés pour rien tenter de pareil. Fuyant en désordre, et acculés dans leurs derniers retranchements, que pouvaient-ils faire? Opérer une sortie par le nord-est, et abandonner la place? Il n'y fallait plus songer; les Prussiens étaient là , barrant le passage à tous les drôles qu'ils avaient eu tant de plaisir à voir travailler.
Le 25, vers cinq heures du matin, le combat cessa. On n'entendait plus de mousqueterie qu'à Charonne , à la Bastille et vers la rue Mouffetard.
Dans ce dernier quartier, le général de Cissey emportait vigoureusement les deux barricades élevées à Tintersection des boulevards Arago et de Port-Royal. D'aulre
part, il mettait vingt-cinq pièces de 7 ou mitraiUeottt ea batterie sur les grands remblais organisés, en 1870, aui alentours de la rotonde du chemin de Sceaux, par le service des ponts et chaussées, sous la direction du génie militais du 8' secteur. De ces positions heureusemenl choisies, l'artillerie du 2'' corps batlait admirablemeut la butte aux Cailles, le boulevard et la place d'Italie; elle entamait sans peine les barricades de la rue Dubois; de la mairie du XIII" arrondissement ; de l'avenue d'Italie et de la route de Gboisy-le-Roi.
Les insultés paraissaient généralement abattus. Quelques bandes avaient cependant trouvé asile dans le cimetière du p^re La Chaise et voulaient y vendre chèrement leur vie. Ils y construisirent des batteries, créDelèrent les murs, se barricadèrent derrière les tombes et attendirent... prêts à combattre avec toute l'énergie du désespoir. Celte fière phalange comptait sept ou huit mille hommes.
Le joudi, 23 mai, à sept heures et demie du matin, le chef du pouvoir exécutir adressait cette dépêche auï autorités civiles et militaires de tous les départements :
(i Nous sommes maîtres dé Paris, sauf une très-petite partie qui sera occupée ce matin. Les Tuileries soni en cendres, le Louvre est sauvé. La partie du minislèndes flnancos qui longe la rue de Rivoli a été incendiée. Le palais du quai d'Orsay, dans lequel siégeaient le conseil d'Ëtat et la cour des comptes, a été incendié en
ment. Tel est l'élat dans lequel Paris nous est livré par [es scélérats qui l'opprimaient et le déshonoraient. Ils nous ont laissé 12,000 prisonniers, et nous en aurons [certainement 18 à 20,000. Le sol de Paris est jonché de leurs cadavres. Ce spectacle affreux servira de leçon, il faut l'espérer, aux insurgés qui osaient se déclarer partisans de la Commune. La justice , du reste , satisfera bientôt la conscience humaine , indignée des actes monstrueux dont la France et le monde viennent d'être témoins.
(( L'armée a été admirable. Nous sommes heureux dans notre malheur de pouvoir annoncer que , grâce à la sagesse de nos généraux, elle a essuyé très-peu de pertes. »
A neuf heures cinquante-cinq minutes , le général de Cissey envoyait, du Luxembourg, le télégramme suivant :
« Le fort de Montrouge et celui des Hautes-Bruyères « sont à nous... Nous sommes maîtres du Panthéon, (( de la Halle aux vins et de tous les environs. Il ne a nous reste plus «^ enlever que la barrière d'Italie. Je (c vais prendre et fermer les portes jusqu'à la Seine. « Rapprochez-vos troupes, et occupez Choisy-le-Roy, « l'Hay et environs. Resserrez votre blocus; ne laissez « passer personne... »
minisire de l'inlérieur gui, en la séance dn 25 mal, Taisait part de ces noiiTclles h l'Assemblée nationale , lui apprenait aussi la chute du Tort de Bicôtre.
Des relations parliculîËres nous faisaient, en même temps, connallre les éminenls services rendus, en celte journée du 23, par l'armée de résene, si bien connue et, ajuste titre, aimée des Versaillais.
Dès le matin, la division Bniat, chaînée du soin de tourner, par l'est , le faubourg Saint-Antoine et Uelleville, avait pris possession du Jardin des Plantes et de la gare d'Orléans. Elle attaqua vigoureusement le pont d'Aiislerlilz , soutenue, sur la rive gauche, par la brigade Dcrroja ; sur la rive droite, par la brigade de la Mariouse, toutes deux de la division Faron ; sur le coui*» mCme de la Seine, par la floUîlle de canonnières, tout récemment réorganisée. Les défenses du pont étaient formidables; mats, vers quatre heures du soir, la position fut emportée, et la conséquence de ce succès fut de faire tomber la gare de Lyon, la prison Mazas elle viaduc du chemin de fer de Vinccnnes.
Pendant que les divisions Faron et Bruat procédaient ainsi, la division Vergé (3* de l'armée de réserve) filait par les rues Saint-Paul , Charles V, de la Cerisaie; cheminait dans les maisons, le long de la rue Saint-Antoine, s'emparait de la barricade de la me Castex et débouchait enfin place de la Bastille. Là, elle rencontrait une résistance des, plus vives, rendue plus sérieuse encore par l'incendie du Grenier d'abondance et
des pâtés de maisons situées au pourtour de la place.
Le lendemain 26, le ministre de la guerre disait aux députés : « Messieurs, la situation de Paris s'améliore de « plus en plus. Les troupes rencontrent une très-éner- « gique résistance, mais leur courage et leur dévouement a sont plus grands que la résistance qu'elles éprouvent. « Elles cheminent difBcilement , mais sûrement. Nous f( sommes maîtres de toute la partie de Paris située sur a la rive gauche; sur la rive droite, nos attaques s'é- « tendent jusqu'à la place de la Bastille, qui est au pou- « voir de l'armée.
c( Le général Vinoy manœuvre, en ce moment, pour « enlever la barrière du Trône. Presque tous les boule- « vards sont au pouvoir de Tarmée : la place du Châ- (( teau-d'eau , la caserne du Prince- Eugène , les Magac( sins-Réunis, toute celte partie de Paris est entre nos « mains.
« Tous les forts de la rive gauche, y compris ceux € de Bicôtre et d'Ivry, sont en notre pouvoir; Bicétre K et Ivry ont été enlevés par la cavalerie (dragons à c pied.)
« Il ne reste, à l'heure qu'il est , que les huttes Chau- « mont et toute la partie qui s'étend de ce côté, c'esla hrdive Belleville, la Villette, la Chapelle. Mais les « troupes avancent méthodiquement et résolument sur € ces derniers points; et demain, j'espère, elles pourront « vaincre cette dernière citadelle de l'insurrection; et il « sera enfin donné au gouvernement la grande sati.*)-
■' faction lie pouvoir atiiiom'er à l'Assemblel * mie, grâce à l'héroïque dévouement des soldats et ■ iL l'habileté de leurs chers, est redevenue maîtresse !■ de Paris, n
A cet exposé succinct nous pouvons ajouter quelques traits.
Le géuéml de Cissey, partant du boulevard Arago, avait, dans la nuit du 25 au 20, remonté le cours delà Di&vre jusqu'au sud de ta manufacture des Gobelius, ei pénétré dans les jardins, mais trop tard pour sauver de l'incendie la toUllté de ce magnifique étahlissemenL Au jour, les brigades Osniont (i* de la division Le\-assor) et Booher ( 1" de la division Susbielle) avaient emporté, de haute lutte, la place d'Italie; et la division Lacretelle, hillant le pas, s'était installée  la SalpOtriére, à la gare d'Ork^ans et au Jardin des Plantes. EnGn, la brigade Lian ( 1" de la division Levassor) avait complété l'opération par la prise de possession de tout le U° secteur et l'occupation du pont Napoléon III. qui relie Bercy à la gare. Les insurgés, repoussés sur Ivry, avaieol laissé U.OOO prisonniei's entre nos mains.
Pendant cette journée du 26 mai, les trois divisions de l'armée de résene opérèrent de concert pour envelopper la place du Trône. La division Faron, maîtresse des rues perpendiculaires aux quais de la Râpée cl de Bercy, aborda la position par lu place Daumesnil, la rue et le boulevard de Picpus ; la division Brual suivit
le boulevard Mazas; enfin, la division Vergé lança ses colonnes par la me du Faubourg-Sainl-Antoine, dès qu'elle se fut rendue maîtresse de la place de la lias- Ulle.
Le fort d'ivrj- venait aussi d'être pris, et d'une façon singulière qui rappelle la capture par la cavalerie française de certaine flotte en hivernage dans les eaux de la Hollande. On sait que le corps du Barail était chargé d'observer Montrouge, Bicôtre et Ivr}-, lesquels lançaient sur le sud de Paris, et à toute volée, une pluie de projectiles incendiaires. Montrouge et Bicétre venaient de se rendre; seul, le fortd'Ivry continuait sa canonnade.
Une batterie de 12, de campagne^ eut l'idée de contrebattre les conimuntux et, par un hasard providentiel, Tun de ses premiers obus fit Siiuter le grand magasin à poudre. Il est juste de dire que le fait de cet heureux coup se trouve contesté ; que, suivant certaine opinion, l'explosion doit être attribuée à l'imprudence ou au désespoir des défenseurs. Quoi qu'il en soit, le 4» dragons, en observation sous les glacis, s'empressa de mettre pied à terre, profita du désarroi , tenta l'assaut du fort rudement ébranlé, et l'enleva en un tour de main. Il y a dans ce fait toute une révélation du rôle que la cavalerie française est appelée à jouer à l'avenir, et qui consiste simplement en l'action heureusement combinée de l'infanterie et de la cavalerie. Qu'on se reporte aux exploits des Numides, du temps d'Annibal et de César; à ceux des Télites des Nœvius, et l'on saura se convaincre que les
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deux armes, ca concertant leurs cITorU, oblieuîâiTsî vent des résultais mencilleux. Il y a deux mille ans que les anciens pratiquaient ce principe, et il semble sage d'en revenir h U théorie des anciens.
Quant aux insurgés qui tentèrent de s'échapper, à la faveur du desordre qui suit toujours une prise d'&ssaut , ils furent rudement ramenés par la ca^■ale^ip Un Barail. Pris entra les feux des pièces de campagne du 3* corps et ceux des mitrailleuses que le général de Chsey avait placées en batterie sur les fronts du 9* secteur, ils n'eurent plus qu'à se faire tuer ou h se rendre à merci. Quelques-uns d'entre eux se réfugièrent , dîlon , dans des carrières souterraines oti ils moururent de faim.
I^ situation de la Commune devenait de plus en plus critique, et ses partisans n'avaient plus qu'à songer aux moyens de fuir. Mais, fort heureusement pour la pirantie des droits delà vindicte publique, la fuite allait devenir impossible. Le jour même, en elTel, notre ministre des affaires étrangères expédiait le télégramme suivant h tous les représentants de ta France à l'étranger :
Il Monsieur, l'œuvre abominable des scélérats qui succombent sous l'héroïque effort de noire armée ne peut Olre confondue avec un acte politique. Elle constitue une série de forfaits prévus et punis par les lois de tous les peuples civilisés. L'assassinat, le vol, l'incendie, systémalîquement ordonnés , préparés avec une infernalr
habileté , ne doivent permettre à leurs aateurs ou h leurs complices d'autre refuge que celui de l'expiation légale. Aucune nation ne peut les couvrir d'immunité et, sur le sol de toutes, leur présence serait une honte et un péril. Si donc vous apprenez qu'un individu compromis dans l'attentat de Paris a franchi la frontière de la nation près de laquelle vous êtes accrédité, je vous invile à solliciter des autorités locales son arrestation immédiate, et à m'en donner de suite avis pour que je régularise cette situation par une demande d'extradition. )>
Dès le soir du 2(y mai, les gouvernements de Belgique et d'Espagne répondaient qu'ils étaient prêts à nous seconder dans notre œuvre de répression; et les autres puissances, sauf l'Angleterre, allaient prendre des mesures propres à nous faciliter cette tâche.
Pendant la nuit du 20 au 27 mai, d'immenses lueurs rouges éclairèrent d'un ton sinistre les édiflces de Versailles. On eut dit les teintes vives de l'aurore boréale qui, l'automne précédent, avait si bien illuminé Paris; mais ce n'était plus hélas ! l'effet d'un phénomène magnétique I C'était l'incendie, le hideux incendie qui projetait ses reflets jusqu'au bassin d'Apollon et à la pièce d'eau des Suisses !.. Après avoir brûlé le Grenier d'abondance , ces Malais internationaux venaient de mettre le feii aux bâtiments de la Halle aux vins !.. ils détruisaient ce qu'ils n'avaient pu boire.
A la séance de l'Assemblée nationale du S7 mai, le mi-
nistre de rinléiictir lit aux dépiilés communication siii-
n Le général du Barail, à la t6le de la cavalerie , s'est emparé de tous les forts qui restaient à prendre.
« Au dedans, le géuéral de Cissey est maître de toute la rive gauclie.
« Sur la rive droite, les corps des généraux Douaj et VÎQoy, secondés par la Itottilte, ont enlevé les positions de la Bastille qui étaient retranchées d'une manière Tormidable. Ils ont conquis le faubourg Sainl-Antoinc, hérissé de barricades, jusqu'il la plaee du Trône.
Il Ces corps bordent maintenant le pied des hauteurs de Belleville à l'ouest; à l'est, les corps du général Clinchant et du général Ladmîraull, après avoir enle^'é les Magasins-Rémiis, la Douane, la gare du Nord, celle de l'Est, sont venus s'établir au bassin de la ViJIetle, et se placer au pied des hauteurs des buttes Chaumont que les corps des généraux Douay et Vinoy bordent & l'ouest. Soixante mille hommes enlèveront demain ces positions, dernier refuge de l'insurrection la plus moi trueuse qui ait été vue dans le monde, d
ton»-—
Et le soir du même jour, à 7 heures 15 minutes'TC* chef du pouvoir exécutif expédiait celle dép(^che & toutes les autorités.
Il Nos troupes n'ont pas cessé de suivre l'insurrcetioa
pied à pied^ lui enlevant chaque jour les positions les plus importantes de la capitale, et lui faisant des prisonniers qui s'élèvent jusqu'à 25,000, sans compter un nombre considérable de morts et de blessés. Dans cette marche sagement calculée, nos généraux et leur illustre chef ont voulu ménager nos braves soldats, qui n'auraient demandé qu'à enlever au pas de course les obstacles qui leur étaient opposés.
(1 Tandis qu'au dehors de l'enceinte notre principal officier de cavalerie, le général du Barail, prenait, avec des troupes à cheval, les forts de Montrouge, de Bicêtre, d'Ivryy et qu'au dedans, le corps de Cissey exécutait les belles opérations qui nous ont procuré toute la rive gauche, le général Yinoy, suivant le cours de la Seine, s'est porté vers la place de la Bastille, hérissée de retranchements formidables, a enlevé cette position «avec la division Vergé; puis, avec les divisions Bruat et Faron, s'est emparé du faubourg Saint-Antoine jusqu'à la place du Trône. Il ne faut pas oublier, dans cette opération, le concours efficace et brillant que notre flottille a donné aux troupes du générai Vinoy. Ces troupes ont, aujourd'hui môme, enlevé une forte barricade de l'avenue Philippe-Auguste et de la rue de Montreuil. Elles ont ainsi pris position à l'est et au pied des hauteurs de Beïleville, dernier asile de cette insurrection qui, en fuyant, tire de sa défaite la monstrueuse vengeance de l'incendie.
« Au centre, en tournant vers l'est , le corps de Douay a suivi la ligne des boulevards, appuyant sa droite à la
place de la Bastille cl sa gauche au cirque Napolét [ corps de Cliiichanl, venant se rallier, il l'ouest, au corps de Ladmîrault, a eu à vaincre, aux Magasins-Réunis, une I yiolente résistance qu'il a vaillammant surmontée. Enfin, le corps du général Ladniirault, après avoir enlevé avec vigueur les gares du Nord et de l'Est, s'est porl^à la Villetle et a pris position au pied des bulles Chaumont. u Ainsi les deus tiers de l'armée, après avoir conquis successivement loule la rive droite, sont venus se ranger au pied des hauteurs de Belleville, qu'ils doivent attaquer demain matin. Pendant ces six jours de combats continus, nos soldats se sont montrés aussi énergique^ qu'infatigables et ont opéré de véritables prodiges, bien autrement méritoires de la part de ceux qui attaquent des barricades que de ceux qui les défendent. Leurs cbef!^ se sont montrés dignes de commander à de tels hommes et ont pleinement juslîlié le vote que l'Assemblée leur a I décerné.
I n Après les quelques heures de repos qu 'ils prennent F en ce moment, ils termineront, demain matin, sur les hauteurs de BellevîUe, la glorieuse campagne qu'ils ont I entreprise contre les démagogues les plus odieux et les plus scélérats que le monde ait vus, et leurs patriotiques efforts mériteront l'éternelle reconnaissance de la France et de l'humanité.
Il Du reste, ce n'est pas sans avoir fait des perles douloureuses que noire armée a rendu au pays de si mémorables services. Le nombre de nos morts et de nos blei
n'est pas grand, mais les coups sont sensibles. Ainsi, nous avons à regretter le général Leroy de Dais, l'un des officiers les plus braves et les plus distingués de nos armées. Le commandant Ségoyer, du 26'' bataillon de chasseurs à pied, s'élant trop avancé, a été pris par les scélérats qui défendaient la Bastille et, sans respect des lois de la guerre, a été immédiatement fusillé. Ce fait, du reste, concorde avec la conduite de gens qui incendient nos villes et nos monuments, et qui avaient réuni des liqueurs vénéneuses pour empoisonner nos soldats presque instantanément. »
La journée du 27 mai fut particulièrement signalée par de nouveaux progrès de la division Bruat ( 2"" de l'armée de résen'c). Les marins poussèrent, d'une part, jusqu'à la porte de Bagnolet; ils abordèrent, de l'autre, le cimetière du père La Chaise et atteignirent la rue de Puebla. Enfin, dans la nuit du 27 au 28, et sous des torrents de pluie, ils prirent possession de la prison de la Roquette où, l'on s'en souvient, ils furent assez heureux pour délivrer 169 otages voués à la mort.
Ainsi que le prévoyait M. Thiers, la lutte devait bientôt se terminer. Une circulaire officielle, datée de Versailles, dimanche, 28 mai, 2 heures 15 du soir, rendait, comme il suit, compte des événements de la journée :
« Nos corps d'armée, chargés d'opérer sur la rive droite, étaient, dès hier au soir, rangés en cercle au pied des buttes Chaumont et des hauteurs de Belleville. Cette nuit.
ils ont surmonlé tnus l«s obstacles. Le gênerai Ludmirault a franchi le bassin de la Tillelle, l'Aballuir, le parc utix bestiaux, et gravi les buttes Chaumont et les hauteurs deBelleville.
« Le jeune Davoust, si digne du nom qu'il porte, a enlevé les barricades et, au jour, le corps de LadDiirauIl couronnait les hauteurs. De son côté, le corps de Doiiay parlait du boulevard Hiehurd Lcnoir pour aborder, parle cealre, les mOnies positions de Uellerille. reudant le même temps, le g(?nci-al Vinoy a gravi le cimetière du père La Chaise, enlevéla mairie du \X*aiTOudissement et la prison de la Hoquette. Les marins ont, partout, déplofc leur entrain accoutumé. En entrant dans la Hoquette, nous avons eu la consolation de sauver 1G9 otages qui allaient être rusillês.
n Mais, hélas! les scélérats auxquels nous sommes obligés d'arracher Paris incendié et ensanglanté, avaient eu le temps d'en fusiller soixante-quatre, parmi lesquels nous avons la douleur d'unnoncer que se trouvaient l'archevêque de Paris, l'abbé Deguerry, le meilleur des hommes, le président Bonjean et quantité d'hommes de bien et de mérite. AprÈs avoir égorgé, ces jours derniers, le généreux Cbaudey, cœur plein de bonté, républicain inrariable , qui pouvaient-ils épargner?
n Maintenant, rejetés à l'extrémité de l'enceinte, entnl'armée française et les Prussiens, qui leur ont refusé passage, ils vont expier leurs crimes et n'ont plus qu'à mourir ou tt se rendre.
« Le trop coupable Delescluzc a été ramassé mort par les troupes du général Glinchant. Millière^ non moins fomeux, a été passé par les armes pour avoir tiré trois coups (le revolver sur un caporal qui Tarrêtait. Ces expiations ne consolent pas de tant de malheurs, de tant de crimes, surtout; mais elles doivent apprendre à ces insensés qu'on ne provoque, qu'on ne déûe pas en vain la civilisation, et que, bientôt, la justice répond pour elle !
(f L'insurrection , parquée dans un espace de quelques centaines de mètres, est vaincue, définitivement vaincue. La paix va renaître, mais elle ne saurait chasser des cœurs honnêtes et patriotes la profonde douleur dont ils sont pénétrés. »
Les débris des dernières bandes communeuses venaient d'être jetés en bas de Ménilmontant par la division Faron, opérant de concert avec la gauche du 1" corps (de Ladmirault), et rabattus sur le boulevard Richard-Lenoir. Là, ils avaient été reçus à la pointe du sabre-baïonnette par les 4* et 3* corps (Douay et Clinchant). L'insurrection était bien décidément étoufTée. C'est alors que le maréchal de Mac-Mahon adressa aux habitants de Paris la proclamation suivante :
(( Habitants de Paris,
« L'armée de la France est venue vous sauver. <f Paris est délivré. Nos soldats ont enlevé, à quatre heures, les dernières positions occupées par les insurgés.
« Aujourd'hui la luUe est terminétï, l'ordre est rétabli, f le Iravail et la sécurité vont renaître. H Auquirlier e^^ial, le 28 mai 1871.
Il Le
narichal de France, commandant en chef,
DIS MAC-XABON, DUC DE HAGEKTA. It
Et. à l'armée, cet ordre du jour :
< Soldats el marins!
I Votre courage et votre dévouement oui triomphé An I tous les obstacles. Après un siège de deux mois, après une lutte de huit jours dans les rues , Paris est enfin dé* I livré. En l'arrachant aux mains des misérablesquia%'aient I projeté de le réduire en cendres, vous l'avez présené ; d'une ruine complète, vous l'avez rendu à la France.
K Soldats el marins! ^^P
(( Le pays tout entier applaudit au succès de vos pa- I trioliques elTorts, et l'Assemblée nationale , qui le repré- I sente, vous a accordé la récompense la plus digne de