‹ Le Gouvernement de la defense nationale a ToursChapitre 33 sur 44 · I TOUS · texte numérisé non relu

I TOUS

« Elle a déclaré par un vote unanime que les armées [déterre et de mer ont bien mérité de la patrie. ^^Ê ■< Au quartier %iaénA A Parti, le 7S mû 1871. ^^H

" Le martklial de Fj-anre, commandant en chef ,

u DE IIAC-HAUON. I>

Ces documents s'affichaient à Paris deux heures après qu'a?aient eu lieu, dans la cathédrale de Versailles , en présence de TAssemblée nationale et du gouvernement, les prières publiques ordonnées par la loi du 16 mai. Avant la cérémonie, Tévêque de Versailles avait prononcé CCS paroles :

<( Messieurs,

« Laissez-moi vous le dire, sous le poids d'une émotion que j'ai peine à dominer, ce moment est bien solennel. Tous, vous ôtes inconsolables des malheurs de la France, et, en ce jour, vous venez au pied des autels conjurer Dieu d'avoir pitié de nous, et d'écouter favorablement nos prières. Catholiques éclairés et convaincus', vous faites un acte de foi. Or, sachez-le, il y a dans cet acte de foi un enseignement immense que je tiens à résumer en deux mots. Vous avez tontes les lumières qu'on peut acquérir par l'étude et par l'expérience; mais, par l'acte que vous accomplissez, vous déclarez qu'il y a une lumière supérieure , et que vous en avez besoin pour résoudre les formidables questions que posent devant vous les événements. Vous avez toute l'autorité dans l'ordre politique et civil; mais vous déclarez également qu'il y a, au-dessus de vous, une autorité suprême qui est la source et qui doit ôtre la règle de tous les pouvoirs dont vous êtes investis. Vous reconnaissez encore, et surtout, que nos erreurs et nos discordes hélas ! ont été des se-

mences de calamil^s pour notre; chère patrie, et voi;s artiimez linulcment, publiquement, qu'il faut sans relard, par d'hunibles et ferveates supplications, apaîicr la justice divine et désarmer le bras qni nous cbillie. Il y a donc ici de votre part quelque chose de beau, quelque cbose de grand, quelque chose de profondément instructif pour le peuple, soyez-en béais! Votre courage pour la boum" cause, comme celui de nos héroïques soldats, sera d'un excellent elTet au milieu des tristes défaillance$ <ie notre époque. Non, l'exemple que vous donnez ne sera pas perdu , il portera ses fruits, il appellera d'abondantes bénédictions sur vos travau.t, il laissera une trace proFoode dans l'histoire de votre législature.

ic Maintenant, messieurs, tous, dans un mCroe sentiment de foi, de repentie el de oonlïauce, élevons nos cœurs vers Dieu. Sursum corda ! n

Quant aux derniers épisodes de lu lutte, voici le tableau qu'en a tracé le journal /^ l'rançaix, en son numéro du 31 .

» Sur le boulevard de la Villelle, h partir du haut de la rue Château- Landon, commence le champ de bataille de la lutte suprême qui a rendu Paris h lui-mCme et k l'ordre.

<i Le combat a été rude surce[M)inl. Les maisons du boulevard sont criblées de balles et d'obus, depuis le sol jusqu'il la toiture. On voit que les insurgés ne se con-

ientaient pas de faire feu derrière leurs barricades, mais qu'il fallait encore les déloger des fenêtres.

« Les bancs sont arrachés des deux côtés de la chaussée; les arbres, tordus, broyés, déchiquetés, jonchent littéralement le sol de leurs débris. On marche sur des tapis de branches, de brindilles et de feuilles. Les candélabres brisés gisent à terre , et les baraquements , construits pendant le siège pour abriter les mobiles, sont défoncés, brûlés, percés à jour, mis en pièces. Dans la plupart de ces abris sont entassés, les uns contre les autres, des insurgés tués dans la bataille. Les visages barbouillés de sang et de boue, défoncés par les balles, sont horribles et répugnants à voir. Nous les couvrons de feuillages ramassés sur les avenues; mais la curiosité, cet instinct atroce qui demande à se repaître quand môme d'émotions violentes, ne respecte pas longtemps ce suaire; des femmes, surtout, viennent successivement dépouiller les morts de ce dernier linceul.

« L'ancienne maison Bordin, à la gauche du rondpoint de la Rotonde , ne tient plus que par une sorte de prodige : elle est percée à jour, du haut en bas, comme une dentelle.

a Derrière la barricade , faite de pavés maçonnés et de tonneaux remplis de terre, les morts ont été relevés ; mais ils devaient être nombreux : le sang coule dans les ruisseaux. Des canons, des affûts brisés, des fusils en tas, maculés de sang , des chevaux étendus raides, des mares noirâtres, des bouteilles cassées, des boites de

cooserre rides et des pains entiers, voilà c« que l'on relroiive derrière chaque barricade du quartier de la Tillelte.

n Sur l'injonction de la Iroiipc qui monte la garde autour des positions qu'elle a conquises, les tiabitanU teuTersent les traTaux de l'émeute. Nous avons pu passer en voiture jusqu'aux buttes Cbaumont et dans toutes les raes qui aboutissent au canal Saint-Martin. Seule, la rue Grange-aux-Belles n'était pas encore déblayée ù cinq heures du soir.

Il La bataille a duré là trois jours et trois nuits. A la seule barricade de la rue de Puebla , soixante tnsui^s se sont fait tuer. Ils sentaient, les infAmes, qu'ils n'avaient plus qu'à vendre leur vie, que leur cause ét^it perdue sans aucune ressource. C'est ce qui explique l'énergie de leur dernière résistance. Ce n'étaient plus des combattants, mais des bëtes féroces acculées se déballant dans les convulsions de l'agonie.

(1 XuUe part nous n'avons vu autant de fusils abandonnés que dans la rue de Meaux. 11 y en arait par centaines sur tous les tas d'ordures. Les gamins grouitlaient au milieu de ces débris, des immondices et des provisions de cartouches laissées à terre. Bien des accidents peuvent arriver, mais il est impossible d'arracher ces imprudents à leur pillage.

« Des légions de chiffonniers, boite sur le dos, crochet en main, vont fouiller les barricades et les ruisseaux. Il y a de tout dans leur moisson : des fourreaux, des

ceinturons, des sacs, des képis, des uniformes en lambeaux, des bonnets, des casaques et des jupes de femmes. Ce sont les oiseaux de proie qui viennent après la bataille.

a Les Greniers d^abondance lancent encore des colonnes de fumée ; la rotonde seule est sauvée. II ne reste rien que des murs ruinés de la grande scierie mécanique J. Falck et compagnie.

a Surpris par le mouvement tournant du corps Ladmirault, les insurgés, qui s'attendaient à une attaque de front par la Yillette, ont été complètement déroutés.

« Une première fois, ils demandèrent à capituler; on leur donna deux heures pour se rendre. Les parlementaires revinrent solliciter qu'on leur laissât la vie sauve. Sur le refus de nos généraux d'entrer en quelque proposition d'accommodement que ce fût, les séides de la Commune se décidèrent à mourir. Le feu reprit. Mais , cernés par trois corps de notre armée , écrasés par le tir de nos mitrailleuses, ils ne purent tenir.

« Ce ne fut pas un combat , mais un sauve-qui-peut général. Plusieurs milliers tombèrent entre les mains des premières colonnes qui assaillirent les positions. D'autres, un millier peut-être, tentèrent d'atteindre les lignes prussiennes. Là encore, ils eurent à subir le feu , puis à se rendre à merci.

« La rapidité de ce mouvement décisif a sauvé de la ruine et de la destruction les quartiers qui servaient de refuge aux débris de l'insurrection. Nous avions des bat-

leries insUllËes tout aulour de ce boulevard dp l'émeute. C'eût été un écraseœonl qui aurait ajouté de nouvelles -ruines k celles qui désolent déjh la capitale. Nos troupes ont eu le bonheur de n'avoir pas h recourir à ces terribles extrémités. Les habitants, prévenus quelques heures ù l'avance , avaient en partie déniénagL- . pour se réfugier dans les caves. On s'attendait à un bombardement. A ju-

, ger par le tir des batteries de Montmartre, qui avaient tiré Jusqu'à cent sept coups en une demi-heure, il fallait compter sur une crise épouvantable. Elle fut épargnée par la rapidité, la précision de nos mouvements, l'enlmin

. des troupes et le profond' déi:oura|;em en t des rebelles. Dans ces quartiers vides, sur ces hauteurs inhabitées, on voit sans donle de nombreuses traces du passage des bombes et des obus; mais les dégâts ne sont rien auprès

I de ceux des rues de la Villette- La terre est labourée; les

, arbres, hachés;quelques monuments funèbres, ébréchés;

j mais on oublie ces quelques atteintes à la pensée des désastres qui ont affligé le reste de la capitale. »

Tel est le récit du Franrak.

Nous ne saurions mieux terminer ce chapitre qu'en reproduisant cet article du numéro du 2!) mai du Jom-nal of/idel:

Il II y avait foule aujourd'hui sur la route de Paris. I L'inBurrection élait vaincue définitivement; le dernier ! coup de fusil ét^iit tiré; c'est h peine si quelques dâ^^

pérés luttaient encore sur les hauteurs de Ménilmontant ; tout le monde voulait voir ce que le communisme avait fait de Paris.

« II en a fait des ruines. Dès le Point-du-Jour, commence la longue suite de toîls effondrés , de murs abattus , de poutres noircies. A l'intérieur, la ville est encore debout; c'est par places que l'on trouve la marque terrible de cette révolte contre la civilisation et l'humanité. A droite, le ministère des affaires étrangères criblé de boulets et de balles; à gaucho, le palais de l'Industrie, dont la toiture en vitraux a été brisée par les projectiles. De la place de la Concorde, on voit au loin ce qui subsiste des Tuileries : des murs noircis, avec leurs fenêtres béantes. Plus de toîts : la fumée s'élève lentement audessus des décombres.

« La rue de Rivoli est barrée par les restes d'une barricade formidable; les soldats empêchent les voitures d'y entrer, parce que le ministère des finances fume encore.

« La rue Royale, presque tout entière, est détruite. La barricade qui en défendait l'entrée se confond avec les pans de murailles écroulées qui la couvrent. Il faut aller par les Champs-Elysées retrouver la place de la Madeleine pour descendre jusqu'à la rue Saint-Honoré et à la rue Castiglione.

(I La barricade qui^ de ce côté, fermait la place Yend6me, est ouverte. La foule se précipite vers le soubassement de la colonne. Elle était là ! Pendant trois quarts

de siècle , elle a. rendu témoi|;nage du génie de nos g6nfraux, du courage de nos soldais. Il ne reste à présent que le socle; les débris mêmes ont disparu. La première ruine, après la place Vendôme , est le Palais-Uojal ; puis, on retrouve encore les Tuileries avec leurs pans de mur^lle qui pai'aissent énormes depuis qu'ils sonl décourounés de leur loilure. Au loin , dans la rue de Rivoli , un nuage d'épaisse et lourde fumée désigne le lieu où s'élevaJl l'Hùlel de ville.

Il Le Louvre a été sauv£. Les tableaux, les Antiques sont encore dans les galeries. Les sauvages , qui inondaient de pétrole les musées et les bibliothèques ont, échoué au moins dans cctle parlie de leur tâche. Ils ont brûlé la bibliothèque du Louvre et les Gobelins; mais le musée, la bibliothèque nationale, toutes les autres bibliolhèques, les Archives, le musée de Cluny, celui du Luxembourg, l'ËcoIe des Beaux-Arts, l'Institut, la Saiute-Chapelle, tous ces trésors , toutes ces merveilles nous restenU Le Louttc porte sur son fronton, sur la façade de Jean Goujon, sur la parlie extérieure de la salle d'Apollon, de nombreuses traces des boulets et des obus venus de Belleville; mais pa^ une statue u'a été touchée, pas une toile n'est pei-due. pas une figure de Jean Coujoii n'est altérée.

(( En remontant vers le ministèi-e des aiïaires étrangrgères, il faut passer devant la rue du Bac, un cratère encore fumant, devant la Caisse des dépôts et consignations dont il ne reste que des pierres; l'hAteidu quai d'Orsay est dans le même étal. Voilà Paris! Si le maréchal de Mac-

Mahon et ses glorieux généraux avaient mis quatre jours (le plus à conquérir cette ville immense , à anéantir ces hordes de brigands, que serait-il resté de tant de monuments ^ de tant de grandeurs, de tant de souvenirs? Où seraient ces livres, ces manuscrits, ces statues? Chaque heure de durée, que Dieu laissait à l'insurrection, anéantissait une des richesses de l'humanité, une de nos gloires nationales !

a La population est sortie aujourd'hui des caves où elle se cachait. Le soleil l'appelait, et aussi la joie de pouvoir circuler sans craindre la mitraille, de respirer en paix, de n'avoir plus à trembler devant les Vengeurs de la République, ou les sbires du comité de salut public , féroces imitateurs de 93. Il y a tant de vitalité dans ce peuple qu'on voit bien qu'il va se relever après ces jours d'effarement. Qu'il n'oublie pas! On lui rebâtira ses édifices ; cela même ne sera pas long , avec le génie et l'activité qu'il retrouve toujours après les grandes crises. Quand ses rues seront balayées ; quand elles ne sentiront plus le carnage; quand les murs seront reconstruits, les totts rétablis, les monuments à leur place, qu'il n'oublie pas!

(( On aurait dit que la Terreur ne pouvait pas renaître dans le même lieu, avant qu'un siècle se fût écoulé. Elle est revenue, cependant, barbare, ignoble, toute-puissante ; toute-puissante pour quelques heures ! Elle a régné de nouveau comme en 1793, plus atroce qu'en 1793, remplaçant Téchafaud par la fusillade , et allumant ces

— SHV —

incendies dont le moade, jusqu'à ces derniers jours, ' n'avait pas connu l'iiorreur.

. Thiers est anivé sur les trois heures, enlouré

\ de plusieurs ministres, et il a passé toute l'après-midi

f avec le général de Mac-MahoR. Tout ce monde grouillant

[ dans les mes s'est précipité sur son passage ; les hommes

I levaient leur chapeau; les Temmcs agitaient leur mou-

I choir; on poussait des acclamations; le môme enthou-

I sîasme a éclaté pendant toute sa marche de Versailles ï

Paris, et (le Paris à Versailles : c'était la délivrance! Esl-

ce la paix, enfin? Cela dépend de notre conduite. Nous

avons ajouté une guerre civile à la guerre étrangère :

c'est un acte de folie assez nouveau dans l'histoire des

peuples. 11 est grand temps de nous arrêter et de nous

reposer. Que tant de sang répandu nous apprenne au

moins la sagesse I

Il Comptons nos morts, guérissons nos plaies, réparons DOS ruines; mais surtout ratTermissons nos esprits, et soyons des hommes, si nous voulons être un peuple, n Nous serons un peuple!

Ne fut-ce que dans l'armée, il est encore deshommes !.. des hommes qui portent haut le CŒur et répondent du salut de la patrie en deuil.

Page 1