LES FUNÉRAILLES
La guerre des communeux était bien finie , mais le théâtre de cette longue et abominable lutte présentait encore quelques points dangereux et il était urgent de poursuivre l'insurrection jusque dans son dernier repaire.
Trois cents gardes nationaux ^ dix-huit de leurs officiers supérieurs et une quinzaine de hauts fonctionnaires de la Commune tenaient encore le fort de Vincennes et ne paraissaient pas vouloir s'empresser de le rendre à l'autorité légale reconstituée. Éperdus, cependant, et affolés, ils s'étaient adressés au commandant des forces prussiennes, en avant du fort, afin d'en obtenir la vie sauve et un passe-port pour la Suisse.
Informé de ces faits, le général Vinoy fit connaître aux
însur)!és bloqués dans le réduit de Vincennes qo'i) entenduit voir la garnison se rendre, et se rendre à merci; que, au cas d'un refus, il s 'em parerait de vive force de leur donjon. Et, en même temps, il procéda oslensiblcment aux premières opérations d'un sîége en règle. Ces dispositions énergiques produisirent leur elTel. Le 29, à six heures du soir, les derniers dércnseurs de Tutcennes se rendaient purement et simplement h discrétion. A ce moment, le général de Ladmirault, commandant le 1" corps de l'armée de Versailles, publiait cet ordre (lu jour : ,^^
(I Officiers etsoldats du 1<" corps 1 ^M
II Les défenses des lignes de Neuilly, Courbei'OÎe, Bécon etAsniéres ont été pour vous un apprentissage. Votre énergie et votre courage se sont formés aux travaux el aux périls les plus grands; tous, dans la mesure de ros grades, avez donné l'exemple de l'abnégation el du dévouement les plus complets ; artillerie, génie, troupes ie ligne, cavalerie, volontaires de Seine-el-Oise, vous av» tous rivalisé de zèle et d'ardeur.
Il Ainsi préparés, vous aveiabordé, le 23 mai, les insurgés, dont vous aviez pu connaître et mépriser les coupables desseins et les criminelles entreprises. Vous vous êtes élancés pour sauver de la destruction les monnments de notre vieille gloire nationale et les propriétés de vos concitoyens, menacés par une rage sauvage.
« Le 23 mai , la position formidable de la butte Montmartre ne pouvait résister a vos efforts, malgré tous les obstacles dont elle était couverte.
V C'était aux 1^*^ et 2° divisions et aux volontaires de Seine et Seine-cl-Oise que cette tâche avait été conQée, et leurs têtes de colonnes arrivaient ensemble au sommet de la position.
u Le 24, la d<^ division, qui seule avait été chargée de chasser les insurgés de Neuilly, Levallois-Perret et Saint- Ouen, rejoignait les autres divisions, et s'emparait de la gare de TEst , pendant que la i"^ division eutrait de vive force dans celle du Nord.
< Le 26, la 3'' division occupait la rotonde de La Villette.
a Le 27, les 1''' et 3® divisions, avec les volontaires de Seine-et-Oise , par un mouvement combiné, ont enlevé d'assaut les buttes Chaumont et les hauteurs de Belleville dont l'artillerie, par son tir habile, avait préparé l'occupation.
(( Là, les troupes donnaient de nouvelles preuves de leur audace et de leur courage et , par leurs efforts , prenaient une part considérable à la répression de l'insurrection.
u Enûn , le 28 , les défenses de Belleville cédaient au dernier effort, et le i^' corps achevait brillamment la tâche qui lui était conûée.
« Dans ces journées de luttes et de combats, vous avez rendu les plus grands services à la civilisation, et vous
acqiis éts titres k la recoonaissaoce da pa;s. Re- X donc tous les éloges qui tous sodI dus.
■ Paris, 29 mai 1811.
B Lt gèAtral aumnaadanl le 1"
n L1J>]IIBJIULT.
Il est regrettable que les commandants des autres corps de l'ann^ D'aieat polut tait paraître des ordres semblableSL, lesquels, livrés & la publicité, eussent permis k chacun de restituer l'ensemble des épisodes de cette bataille de huit jours. Oo assure que les rapports des généraoi de dirîsioQ sur les opératioDS dont l'exécution leur u élé Mnfiée Tiennent d'être adressés aux commandants de; corps d'armée, qui préparent lenrs rapports au maréchal commandant en rbef.
Ces rapports ne larderont pas à 6tre ransmis à l'étalmajor général , et l'on pense que le rapport d'ensemble du maréchal sera très-prochainement terminé. Ce docih ment, qui sera publié, doit présenter un intérêt coasidêrable, et le lecteur y trouvera des élémenls propres à rectilîer. à compléter les pages de ce récit , pages rapidement écrites dans le but de donner immédialemenl un aperçu des événements qui viennent de s'accomplir.
11 était indispensable de procéder immédiBtemL'nt au désarmement de Paris el, le 29 mai , le cher du Pouvoir exécutif fiiisait publier le décret suivant :
« Le chef du Pouvoir exécutif de la République française ,
(( Considérant que les armes de guerre répandues dans Paris à profusion^ et sans contrôle, sont tombées dans les mains des factieux et des malfaiteurs, et que le désarmement peut seul, en ce moment, garantir la sécurité publique,
« Arrête ;
a Art. i^. — Par les soins de Tautorilé militaire, les armes de guerre de toute nature seront reportées dans chaque mairie , pour être ensuite versées dans les arsenaux de l'État.
« Art. 2. — Les gardes nationales de Paris et du département de la Seine sont dissoutes. £n attendant que PAssemblée nationale ait statué sur leur réorganisation, les citoyens qui ont apporté leur concours à Tarmée pour le rétablissement de Tordre pourront continuer leur service sous les ordres et la direction de Tautorité militaire.
« Art. 3. — Les ministres de la Guerre et de llntérieur et le maréchal commandant l'armée de Paris sont chargés de l'exécution du présent arrêté.
(( Fait à Versailles, le 29 mai 1871. »
Et, dès la veille, le général commandant le 2* corps avait déjà fait afficher ce qui suit :
0 Conformément aux ordres du maréchal commandant
n chef de l'armée do Vcrsuilli's. le désarmement de U ville (le Paris est général el ne comporte aucune exception.
Il Au moment où le général commandant en chef le l 2' corps de la rive gauche de la Seine fait esécuter rigoureusement cette niesuri?, il lient à exprimer publiquement toute sa salisracliou pour le concours empressé et < palriulique que certains groupes de gardes nationaux I ont prôlé il l'armée, en combattant pour la cause de l'ordre et de la civilisation; ces braves compagnons d'armes ont donné un noble exemple à leurs concitojens, et montré ce qu'aurait pu faire la population parisienne contre une minorité d'avenluriers et d'anarchistes qui l'opprimait.
M Au nom de la France, au nom de la société menacée, le général commandant le 2° corps les remercie et leur serre cordialement la main.
i> Au quartier général du Luxembourg, le 28 mai 1871,
(1 Le général commandant le 2* corps,
•I E. DE CISSET. ■
Ce désarmement général ne s'opérant pas asset rapidement, l'autorité militaire prescriïil, dans divers qoarliers de la ville, des perquisitions qui amenèrent la découverte d'un grand nombre d'armes de toute espèce, notamment dans les Vil', XIV* et XV' arrondisse monts. Un avis officiel enjoignit aux habitants d'avoir à rendre leurs
armes dans les quarante-huit heures, sous peine d'être traduits par-devant la cour martiale , et les généraux commandant dans Paris tinrent la main à la rigoureuse exécution de cet ordre. C'est ainsi que le général Berthaut, commandant la 1'" division du 4* corps, écrivit au maire du IP arrondissement :
« Monsieur le maire ,
(t II y a encore une grande quantité d'armes qui n'ont pas été rendues par les particuliers qui en étaient détenteurs. Je vous prie, en conséquence, de vouloir bien rappeler aux habitants de la portion de votre arrondissement placé sous mes ordres que toute personne qui, dans les circonstances actuelles, est trouvée en possession de fusils ou carabines de guerre, est passible des tribunaux militaires.
<( Je viens de donner les ordres les plus précis pour qu'à l'avenir toute personne chez laquelle on trouvera des armes de cette nature soit immédiatement arrêtée et traduite devant un conseil de guerre. »
Afin d'assurer le retour absolu de l'ordre et d'obtenir une harmonie indispensable au fonctionnement de tous les rouages de la machine sociale, le maréchal de Mac- Mahon prit l'arrêté suivant qui fut porté, le 30 mai ^ à la connaissance des Parisiens :
. k\lS.
« Jusqu'à Dourel ordre, la ville de Paris sera divisée I eD qnalre grands commandements militaires, savoir :
« I* Celui de l'Est, comprenant les Xl% XII% XIX' et XX' I arrondissemeuls, soos les ordres du général Vinoj, commandant l'armée de réserve ; quartier général au cou- , vent de Picpus ;
« 2* Celui de Nord-Ouest, comprenant les VIII*, IX', X',
XVI*, XVII' et XVI 11' arrondissements, sous les ordres du
général Ladmirault, commandant le 1" corps d'armée;
quartier général à l'Elysée;
•3* Celuidu Sud, comprenant toute la r)vegaucfae,c'est-
I à-dire les V, VI', VlI'.XUr, XlV'el XV' arrondissements.
sous les ordres du général de Cissey, commandant le
I 3* corps d'armée; quartier général au petit Luxembourg.
■ 4* Celui du Centre, comprenant les 1",I1', IIP et IV"
I «mmdissements, sous les ordres du gênër.il Douay, com-
' mandant le 4* corps; quartier général place Vendôme.
c ConTurmément à l'article 7 de la loi de 1819 sur
l'état de siège, tous les pouvoirs dont l'autorité civile
était revêtue pour le maintien de l'ordre et la police
passent tout entiers à l'autorité militaire.
n Au quartier général, le 30 mai 1871.
B Le maTtckat de Francf , commandant en chef,
DE )lAC-HAilO>', DUCHE mageutaT
Et le môme jour, 30 mai, le commandement du Nord- Ouest donnait , le premier, signe de vie, en réprimant énergîquement les attentats i la sécurité publique. Le général de Ladmirault faisait placarder cet avis :