‹ Le Gouvernement de la defense nationale a ToursChapitre 5 sur 44 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La délégition da goiiTeniement à Tours. — Crémieax à l'archevêché. — TriamTint Crémieux, Glais-Bixoin, Fourichon. — Les snbdélégués. — La commission d'armement. — Les promenades de Glaîs* Bixoin.

Les armées prussiennes s'avançaient rapidement vers Paris, pour en faire le siège et l'investir. Paris allait bien* tôt être isolé du reste de la France et entouré d'un cercle de fer qui ne lui permettrait plus de donner une impulsion régulière et forte à l'organisation de la défense nationale en province. Le gouvernement songea à parer à cette difficulté. Le déplacement du gouvernement soulevait de ^ graves objections. Les habitudes et les préjugés d'une centralisation excessive leur donnaient encore plus de force et durent faire impression sur beaucoup de bons esprits dévoués à la patrie et à la république.

Cependant il n'y avait pas à hésiter, et en face de l'impérieuse nécessité crSée par les circonstances, le gouvernement aurait dû comprendre que Paris, devenu place de guerre assiégée, ne pouvait rester le centrede son adminis*

— 5i — I Iratioa. Il avait deux résuluts à atteindre: défendre la K capitale dans l'enceinte de ses forts et de ses reniparls. et, I en armant les provinces, les faire concourir à la défense el 1^ à la délivrance de Paris, Or, pour diriger lu défense înté- B rieure de Paris, il n'élait pas nécessaire d'y garder un mi- ■.nistère de l'agricullure et du coinmerce, un ministère de

■ l'intérieur, un ministère des travaux publics, ni même un

■ miaÎELère des Hâaires élrangères et un ministère de la

■ guerre. Tous ces rouages du gouvernement devaient fonc- Btioaner plus librement ut plus utilement liors de Paris ■assiégé. 11 sufii~!ait à Paris de laisser une armée et une

■ milice Tortement organisées et bien commandées, une Com-

■ mune ou, si le mot semble trop révolutionnaire, une repn''- Ksentation municipale choisie par les citoyens, et tout au Bplus des bureaux et des bommes spéciaux pour représenter Kles diverses branches de l'administration centrale du gou-

■ Ternement transplanté en province. Les ressources de W h science, de l'industrie et de l'activité privées n'auraient

■ pas fait défaut dans la première cilé du monde, parce que BmM. Jules Favre etLeFldauniient travaillé à oru'aniser les

■ relations diplomatiques et l;i guerre tjn dehors de Paris.

■ L'lI6lel-de-Ville et le commandement de la place, voili

■ ce qu'il fallait à la capitale investie : et l'on n'aurait pas

■ eu une défense moins énergique ; peut-être même les docu- W ments qui nous manquent et l'histoire de ce siège mémo- I rable nous appreudroiit-ils les iirailleraenis causés par la

Iriforsation du goufernement et les fautes qu*il8 ont amenées. Ce que nous saTons, c'est que la France n'aurait pas eu U douleur de voir le gouvernement de Paris livrer des provinces non occupées^ en même temps qu'il traitait de la capitulation de la grande cité assiégée et réduite par la fiimine.

Sans doute, le choix d'une seconde capitale était embarrassant» pour un gouvernement qui n'osait pas s'appeler le gouvernement de la république française. Une situation excentrique, rapprochée de la frontière et exposée à l'attaque d'une armée ennemie, fut probablement le prétexte qui empêcha de choisir Lyon ; mais il n'est pas moins probable que la seconde ville de France qui avait proclamé la république avant les élus de Paris, et s'était donné une Commune révolutionnaire, fut considérée comme une cité trop agitée et trop tumultueuse pour mériter l'honneur de devenir le siège du gouvernement.

Bourges et Tours étaient des villes plus calmes, en même temps que plus centrales, quoique non moins exposées que Lyon aux menaces et aux incursions de Tennemi. Tours devint le siège des délégations du gouvernement, évidemment à cause de sa situation au centre d^un réseau de chemins de fer qui en fait un point stratégique important, en communication rapide avec toute la France.

Un décret du 1S septembre 4870, rendu par le gouver-

, nemeol de la défense nationale, était ainsi conçu et molivé : « Consirléranl qu'il est imUspen^ahle-, en cas • d 'investissement de Paris, qne le gouvernement con-

: ■ serre aa complète liberté d'action pour organiser la ) défense dans les départements et maintenir l'adminis- » (ration :

■ Art. i". M. Créniieux, membre du gouvernement de

> la défense nalionale, garde des Eceaui, ministre de la I justice, est délégué pour représenter le gouvernement et I en exercer les pouvoirs.

■ Agt. 3. Chaque déparlement rainisiériel sera repré- I sente près de lui par un délégué spécial chargé du ser- ' vice de ce département.

n Art. 3. Le membre du gouvernement de la défense I » nationale établira son siège à Tours et pourra le trans- I » porter pariout où l'esigeront les nécessités de la I a délense.

> Abt. 4. Les pouvoirs conférés par le présent décret n caleront quand les relations avec Paris redeviendront

> libres. •

Ainsi, c'était à un vieillard qui avait été l'un des sept roii I de la république de I8i8 que la révolution de 1870 con- I ferait en province, en face dei'ennemi, la dictature admi- I oistrative et militaire I ses collègues restés à Paris I l'envoyaient à Tours pour organiser la Jéfense dans les Ldépartemenls I C'est à se demander si, par une singulière

iberratioD, s'imaginant que le flot de l'invasion s'arrêterait aux remparts de Paris, et qu'il y aurait peu de chose i faire en province, ils n'avaient pas voulu épargner à leur vieux collègue les fatigues, les émotions et les privations du siège, et lui procurer une douce et honorable villégiature !

Grémieux se hâta de quitter Paris et arriva le 4 3 à Tours avec les délégués des ministères. Son premier acte fut une Taiblesse et une faute. Comme cet israélite était garde des sceaux et ministre de la justice et des cultes, il s'installa i l'archevêché, dont il devint l'hôte et le commensal. Toujours la vieille politique de conciliation qui avait livré la république de 4848 aux bénédictions de r£glise. Cette promiscuité de la justice et de l'Église, du cléricalisme et de la république produisit un effet déplorable, même sur l'esprit des populations des campagnes, saiis amener d'autre résultat que de rendre quelque peu ridicule la situation de ce dictateur-soliveau, au milieu des grenouilles cléricales.

Cependant, prenant au sérieux sa dictature éphémère, le garde des sceaux, ministre de la justice et représentant du gouvernement de la défense nationale, fit sa proclamation au peuple de France. Rarement à aucune autre époque il fut dépensé plus de paroles sonores en proclamations, en circulaires et en décrets. La proclamation de Grémieux du U septembre 4 870 respirait la satisfaction

penonnelle qu'il éprouvait à faire coDnaltre au pays I' pleuT de ses pouvoirs :

« Pendant que le gouvernement de la défense sabo* I Date dirige sa grande œuvre, il a remis tous ses poa- I • Toirs au garde des sceaux, ministre de la justice, le • chargeant de veiller augouveraementdu pays que l'en- I Demi n'a pas foulé. Entouré des délégations de tous t les ministères, c'est anx sentiments àe noire peuple de I France que j'adresse mes premières paroles.

■ Placé dans un département qui m'a témoigné, dans » les plus graves circonstances, les plus vives sympathies,

• je sais que la Touraine est pleine de courage et de dé-

• vouement à la république. J'appelle tons les dépa^ ■ temenis libres à nous soutenir de loitrpatrioUque appui. » Souvenons- nous que nous étions, il y a deux mois à » peine, le premier peuple du monde. ■

\ ce premier peuple du monde, assez abaissé pour sup-

[torter vingt ans un Bonaparte, CrémieuK rappi-tait 92, les

■ sonvenirs elTacés, hélas! des soldats de la révolution, et

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