ET LA COMMUNE
Après la prise de Paris par les troupes de Versailles et l'incendie, par les communeux , de ses principaux monuments , M. Dumortier, député belge, déposa sur le bureau de la Chambre des représentants une interpellation tendant à obtenir du gouvernement des renseignements sur la conduite qu'il comptait tenir à Pégard des insurgés qui pourraient tenter de se réfugier en Belgique.
M. Dumortier développa son interpellation en ces termes :
*< Je me lève en proie à une émotion que vous partagez tous à la vue des désastres qui viennent de se produire à Paris.
« Je dois d'abord féliciter la presse belge d'avoir protesté avec la dernière énergie contre les abominations qui se commettent dans la capitale de la France.
V Ce n'est plus la guerre civile , c'est la dévastation de tous les monuments de Paris , de toutes les gloires des siècles, de l'histoire de Thumanité, qui était réunie au Louvre.
(i) Voir le Post'Scriptum^ page jo.
n Jamais depuis la destruction de Babylone, jamais depuis l'invasion de Rome par les Visigolhs. un pareil spectacle n'a épouvanté le monde, et on devait espérer que les progrès de la civilisation empêcheraient à jamais le retour d'un tel scandale. Mais malheureusement il n'en est pas ainsi. Qu'a- I-on détruit à Paris? C'est le Louvre, c'est, je le répète, l'histoire de l'humanité. Le Louvre n'est pas un palais : c'est un musée, c'est l'histoire de toutes les vieilles races humaines, de la race assyrienne, de la race ninivite, de la race égyptienne, de toutes ces anciennes dynasties dont l'histoire repose au Louvre, tous monuments qui nous éclairaient de leurs flambeaux, pour voir quelles ont été les premières destinées de l'humanité.
" Et tout cela a disparu sous la main dévastatrice, je ne dirai pas d'hommes, mais de monstres; tout ce qui faisait le mérite et la gloire de la civilisation est anéanti I
" La Belgique ne peut rester indifférente à de pareilles abominations. Je ne veux pas que le sol de la pairie soit fouie par ces hommes monstrueux qui ont commis de pareilles infamies. Nous sommes dans un pays de liberté, mais ce pays ne doit pas être le refuge de tous les hommes de désordre, de tous les criminels, de tous les misérables qui se sont rendus coupables de pareilles atrocités. (Très bienl)
" Je demande dès lors au gouvernement s'il est suffisamment armé pour empêcher que ces misérables ne viennent se fixer en Belgique, et s'il est armé d'une loi d'extradition qui permette que justice soit faite de leurs abominables iniquités; et s'il n'est pas armé de pouvoirs nécessaires, je t'invî
à présenter d'urgence à la Chambre une loi qui lui fournisse 1 les moyens de préserver l'honneur belge de ces misérables, i (Marques d'approbation.; »
Le gouvernement répondit, par la voix de M. d'Anethan, nistre des affaires élrangèrei, qu'un décret allait être soumis à la signature du Roi, décret qui déciderait :
1° Que l'entrée du lerriioire belge serait interdite à toute per- ' sonne convaincue d'avoir pris part au mouvement insurrectionnel;
z° Que lout individu qui, dans la situation indiquée et malgré . cette interdiction, aurait franchi la frontière belge, serait îmmédiaiemeni, sur une demande régulière d'eittradition, livré au gouvernement français.
Au sujet de celle mesure, aux principes de laquelle ont adhéré depuis les gouvernemenlE de la Suisse, de l'Espagne, de l'Italie et de l'Amérique, M. Victor Hugo adressa à Vlndiptadaau itlgi ' U lettre suivante :
Ati RÉDACTEUR DE l'Indépendance belge.
Biuxelles. 16 mai 1871 : 1
« Monsieur, |
• Je proleste contre la déclaration du gouvernement 1 belge relative aux vaincus de Paris.
1- Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, ces vaincus sont des hommes politiques.
Je n'élais pas avec eux.
" J'accepte le principe de ta Commune, je n'accepto^H les hommes. ^|
u l'ai protesté contre leurs actes, loi des otages, leprfsailles, arrestations arbitraireSj violation des libenés, suppression des journaux , spoliations , con6scations , démolitions, destruction de la colonne, anaques au droit, aiiaquei au peuple.
" Leurs violences m'ont indigné, comme m'indigneraient aujourd'hui les violences du parti contraire.
" La destruction de la colonne est un acte de lèse-nation. La destruction du Louvre eût été un crime de lèse-civilisation.
' Mais des actes sauvages, étant inconscients, ne sont point des actes scélérats. La démence est une maladie, el
1 un forfait. L'ignorance n'est pas le crime des ignorants.
< La colonne détruite a été pour la France une heure tiiste; le Louvre détruit eût été pour tous les peuples un deuil étemel.
< Mais la colonne sera relevée, et le Louvre est sauvé. " Aujourd'hui Paris est repris. L'Assemblée a vaincu II
Commune. Qui a fait le i S mars P De l'Assemblée ou de b Commune, laquelle est la vraie coupable? L'histoire le dira.
' le n'ai jamais compris Billioray, et Rigault m'a étonné
jusqu'à l'indignation ; mais fusiller Billioray est un crime ; mais fusilier Rigault est un crime.
« Ceux de la Commune , Johannard et La Cécilia , qui font fusiller un enfant de quinze ans, sont des criminels ; ceux de l'Assemblée qui font fusiller Jules Vallès, Rigault, Parisel, Amouroux, Lefrançais^ Brunel et Dombrowski, sont des criminels.
« Ne faisons pas verser l'indignation d'un seul côté. Ici le crime est aussi bien dans l'Assemblée que dans la Commune, et le crime est évident.
« Premièrement^ pour tous les hommes civilisés^ la peine de mort est abominable; deuxièmement, l'exécution sans jugement est infâme. L'une n'est plus dans le droite l'autre n'y a jamais été.
tf Jugez d'abord^ puis condamnez, puis exécutez.- Je pourrai blâmer, mais je ne flétrirai pas. Vous êtes dans la loi.
<( Si vous tuez sans jugement^ vous assassinez.
«< Je reviens au gouvernement belge.
« Il a tort de refuser l'asile.
« La loi lui permet ce refus ; le droit le lui défend.
« Moi qui vous écris ces lignes, j'ai une maxime *. Pro jure contra legem,
« L'asile est un vieux droit. C'est le droit sacré des malheureux.
H Au moyen âge, l'Sglise accordait l'asile même aux parriciJes.
M Quant à moi, je déclare ceci ;
(' Cet asile, que le gouvernement belge refuse aux vaincus, je l'offre.
« Où * En Belgique.
« Je fais à la Belgique cet honneur.
i< J'offre l'asile à Bruxelles.
•< J'offre l'asile place des Barricades, 4.
■ Qu'un vaincu de Paris, qu'un homme de la réunion dite Commune, que Paris a fort peu élue, et que, pour ma part, je n'ai jamais approuvée, qu'un de ces hommes, fùt-îl mon ennemi personnel, frappe à ma porte, j'ouvre. Il est dans ma maison. Il est inviolable.
" Est-ce que, par hasard, je serais étranger en Belgique ^ Je ne k crois pas. Je me sens le frËre de tous les hommes et l'hâte de tous les peuples.
<• Dans tousies cas, un fugitir de la Commune chez moi, ce sera un vaincu chet un proscrit; le vaincu d'aujourd'hui chez le proscrit d'hier.
« Je n'hésite pas à le dire, deux choies vénérables :
a Une faiblesse protégeant l'autre.
'< Si un homme est hors la loi, qu'il entre dans ma maillon. Je défie qui que ce soit de l'en arracher.
" Je parle ici des hommes politiques.
« Si l'on vient chez moi prendre un fugitif de la Commune, on me prendra. Si on le livre, je le suivrai. Je partagerai sa sellette, et, pour la défense du droit, on verra à côté de l'homme de la Commune, qui est le vaincu de l'Assemblée de Versailles, l'homme de la République, qui a été le proscrit de Bonaparte.
Il Je ferai mon devoir. Avant tout, les principes.
« Un mot encore.
" Ce qu'on peut affirmer, c'est que l'Angleterre ne livrera pas les réfugiés de la Commune.
« Pourquoi mettre la Belgique au-dessous de l'Angleterre i'
" La gloire de la Belgique, c'est d'être un asile. Ne lui ôions pas cette gloire.
« En défendant la France, je défends la Belgique.
" Le gouvernement belge sera contre moi, mais le peuple belge sera avec moi,
" Dans tous les cas, j'aurai ma conscience.
■c Recevez, Monsieur, l'assurance de mes sentimenis distingués (i).
" Victor Hugo. >■
e qu'fciivait M. Vktot Hugo « jpcau tiïcoloif SI
CetU lettre cauu i Bruxelles et dans tout lion facile à comprendre. En France elle fut appréciée fort ié remem par les organes de la presse de toutes h lecteurs trouveront les témoignages de ce sentiment u réprobation dans les quelques articles que nous reproduison aux appendicci de cette brochure A Brunelles, la populatioD te sentit plus directement outragée, et une imposante manifciUiioi eul lieu, dans la nuii du 17 au a8 mai, devant la d <jue le poêle habitait, place des Barricades , — un nom vraioctt prédestiné... — avec son fils François, la veuve de son autre Bt, M""" Charles Hugo, et son jeune enfant.
M. François-Victor Hugo a fait lui-mfme, dans une Itltrc adressée aux iournaux belges, un récit , plus ou moins implifié, de celte manifestation, récit que nous donnons ci-aprés
nplihe, I
|] statue de Mirai, détniira l'Initiint. l'École polytechnique et la d'honneur; ajoutera 1 l'auguste devise: Liberté, Egiiîté, Fiai l'option linisire : ou la mon; fera banqaeioule, ntineta Ici ncb» enrichir les psuvies, anéantiia le crédit, qui est la fortune de tous, cl le travail, qui est le pain de chacun ; abolira la propiiélé ei la famille, pioménera des ijtes sur des piques, remplira Ici prïsoni pti le sonpcw et tes videra par te massacre ; mettra l'Europe en feu cl la drilioliin a cendres, fera de la Fiance la pairie des lénébrei, égorgera U liberté, itouffen les arts, décapitera la pensée, niera Dieu ; lemeitra en monte* ment ces deux machines fatalei qui ne vont pas l'une sani l'antre. Il planche aux assignais et la bascnte de la guillotine ; en un mot. (en ftoidtmtnt ce qucles hommes deçi ont (ait ardemment, et, après llMtlible dans le grand, que nospéiei ont vu, nout monirua lemomtnuv dans le petit.
n L'autie sera la sainte communion enlie loui lei Françûi dé> 1 préleni, <i de IDtu les peuples un jour, dam le principe déoiocraliqne,
•I De (es deux Républiques, celle-ci s'appelle la dvîliiatton, celle-U ^'ippelle 1) terreur. Je mis piîi j dévouer ma vie poui établir l'uae " cmpfchei l'aulte u