I. mêlait à tous ces elfets de rhélODque le refrain de Ï8i
, Union 1 cooconle, concorde, union I
Pour rajeunir et vivifier lit dictiilure de Crémîeuï, le [ Bouvernement de Paria, par déciels du 16 septembre, lui l adjoignait lilais-Bizoin et l'amiral Pourichon.
> [.e gouvernemenl de la dél'i'use nntiooule liécréti' :
» M. Glais-Bixoin, membre du gouvememeot, et l'ami- » rai Fourichon^ ministre de la marine, se rendront i » Tours, et y formeront, avec le garde des sceaux, la
> délégation du gouvernement de la défense nationale, » appelée à exercer les pouvoirs de ce gouvernement
> dans les départements non occupés par Tennemi. Ces B pouvoirs dureront autant que Tinvestissement de la » capitale, v
Un autre décret de la môme date porte : « Le vice-amiral Fourichon^ ministre de la marine, • exercera par délégation les fonctions de ministre de la
> guerre auprès de la partie du gouvernement siégeant » hors de Paris. »
Ces décrets, promulgués à quelques jours d'intervalle^ pour établir à Tours la dictature de Crémieux, puis le Triumvirat Crémieux, Glais-Bizoin, Foorichon, dénotaient ^ de la part du gouvernement provisoire une politique sans fermeté et sans esprit de suite, qui n'avait pas même mesaré Timportance capitale du choix de ses agents délégués en province. Emile de Girardin, dont nous smnmes loin de partager les opinions variables^ avait raison sur ce point lorsqu'il écrivait : a Ce que prescrivait » le bon sens^ ce que prescrivait la logique, — le gouver- » nement ayant reconnu la nécessité de se dédoubler afin « de conserver sa liberté et sa puissance d'action, —
> c'était que le ministre des affaires étrangères, Jules
t Favre, accoœpagDàl les membres du corps diplomatique
> afin de rester libre de communiquer journeliement » avec eux; c'était que le ministre de rinlérieuF, » M. Gambetta, suivit soucoil^ue afin de rester égale- I ment libre de correspondre jouroeltement avec tous les I préfets de France ; c'était que le tniuistre des ÛDances, I M. Ernest Picard, partit afin de pouvoir prendre toutes I les mesures fiscales et financières que nécessiterait l'ar- I mement de la nation, appelée à dégager à tout prix et
[' » sans aucun retard Strasbourg et Metz investis et Paris à t la veille de l'être ; c'était enfin que le mioistre de la
F » guerre, M. le général Le FIA, ne s'emprisoauât pas à ) Paris, où il n'avait absolument rien à faire, tandis que I bors de Paris il avait absolument tout à faire, tout à
> réformer, tout à organiser.
> Aussi, quelles ne furent pas la stupeur et l'aniiéLé
I de tous les gens sensés, le jour où ils virent que M. Jules
I Favre laissait passer le corps diplomatique sans partir
I avec lui ; le jour où ils virent que M. Léon Gambetta,
. ■ au lieu de se rendreà Tours, restait à Paris, où il serait
F > sans action possible sur les départements, sur Lyon,
'. ■ sur Marseille, etc.; le jaur où surtout ils virent que le
I miaisiète de la guerre, que le ministère de la défense
' « nationale, que le ministère delà délivrance de Straa-
I bourg, de Meti, de Paris ; que lu miuislère de la défaite
• et de la capitulation de Sedan a venger et à réparei ;
» que le ministère de la victoire à organiser, éta
» délégué à H. Crémieox, garde des sceaux, chargé^
> conjointement avec M. Glais-Bizoin, d'aller constituer • hors de Paris la défense nationale.
> Ce jour-là, i! ne fut pas nécessaire d'être doué d'une
> bien grande perspicacité pour craindre que s'étant ainsi B délégué en la personne de deux septuagénaires, l'un » ayant plaidé toute sa vie, l'autre n'ayant jamais fait » qu'interrompre les ministres à la tribune, le gouverne- » ment de la défense nationale ne fût le gouvernement de » la dédaite nationale. 9
Hélas ! c'était plutôt le gouvernement de la défaillance nationaleque de l'énergie républicaine et révolutionnaire; car il semblait redouter par-dessus tout un mouvement de Paris et des tendances fédérales et séparatistes des grandes villes et des provinces du Midi. Le désir d'encliatner la révolution, au lieu de l'exciter et de la déchaîner contre les Prussiens, et la crainte de voir Lyon, Marseille et le Midi rel&cher ou rompre les liens de l'unité, avaient inspiré cette grave faute et paralysaient encore les restes d'ardeur des septuagénaires de la délégation de Tours. Crémieux ne cachait pas les appréhensions vaines que lui causaient les ligues du Midi, et le fantôme de séparation que son imagination trop alarmée croyait voir surgir et s'agiter à Marseille et à Lyon.
Nous ne saurions dire quelles influences ou quelles
qualités personnelltis avaient fait nuiuiiicr par le guiiver- Dément du i septembre le vice-amiral Pouricliuo ministre de la marine ; encore moins savons-nous pourquoi ou lui donnait à Tours li ilirectian des affaires militaires de toute la France, à l'eiception de Paris investi. Ce marin, qui avait élé gouverneur de Cayenne, et que r«mpite expirant avait chargé d'une expédition maritime contre la Prusse où la floue ne s'était nullement couverte de gloire, , devean ministre de la manne et ministre de la guerre h la (ois, n'avait ni dévouement pour la république, ni conSance dans l'efficacité de la défense nationale. Au général polonais Mieroslavski, qui venait offrirsonépéeet son expérience militaire à la cailse démocratique, il disait que la France ne pouvait faire qu'un simulacre de dé/etue. 11 décourageait ses collègues bien plus qu'il ne les encourageait à la résistance énergique. Il fallait entendre Glais-Bizoin raconter, avec infiniment d'esprit, leurs querelles de ménage avec l'amiral qui, resté fidèle anx traditions de la liiérarchie et du dédain professionnel que le civil inspire aux officiers de lerre et de mer, ne comprenait pas et essayait même de repousser l'immixtion de ses deux supérieurs du gouvernement provisoire dans les conseilsqu'il tenait avec seséials-uiajorf. Le malin vieillard allait même jusqu'à dire que lu loup de mer clait plus savant en hydrographie qu'eu goograplit, et que le minielre de la ({uerre, ne sachnat pas bien exactement oii
était sUué Chartres^ ne se rendait pas compte de l'importance stratégique de cette ville pour la défenae nationale et la protection des lignes importantes du Loir et de la Loire. Nous verrons ces petites dissensions intestines, se traduire, dans les premiers jours d'octobre^ par la démission demandée et obtenue de Tamiral Pourichon, comme ministre de la guerre par intérim*.
M. Jules Favre avait envoyé à Tours M. de Chaudordy, qui 7 représentait parfaitement les traditions de la chancellerie monarchique et n'entendait pas toucher au personnel des agents consulaires.
M. Silvy, qui devait beaucoup sous l'empire à^a protec* tioik de M. Segris, avait reçu de Jules Simon la mission formelle et le mandat impératif de ne rien changer dans Tadministration et le personnel de Tinstruction publique; tant on craignait de désorganiser et de briser quoi que ce fut de la machine montée par le gouvernement déchu 1
Clément Laurier^ le bras droit de son ami Léon Gambetta^apportait peut-être, malgré son Mve de ménagements et d'habiletés conciliantes quelques pensées de réformes, quelques résolutions viriles ; mais il était paralysé par les vieillards auxquels le gouvernement avait donné des pouvoirs plus étendus que les siens. Si Laurier avait été envoyé à Tours par le ministre de l'intérieur, c'était un décret daté de Tours le 44 septembre 4870 et signé Grémieux qui lui avait donné Tinvestiture de la direction
! générale du personnel et liu cabinel, de la ilireclion pot litique, du personnel dps pri^fectures, de la publicilt^ et de f la sûreté générale.
I Par décret du 9 septembre 1870, émanant de Léon f Gambetla et signé de lui seul, il avait été créé à Paris une I commission d'armement dont la présidence avait élé
donnée à Jules Lecesne, ancien député du Havre. Ce décret l portait: a Art. i". i\ est institué, pour centraliser tontes I a las offres d'armes et de munitions de guerre Tailes au Is gouvernement et aux administrations publiques, une ■ > commission spéciale de l'armement par le concours de I » l'industfie privée, o
I Cette commission, modeste à son origine, et son pré- I Btdent Jules Lecesoe, vinrent fonctionner à Tours, et le I monopole des achats et de la répartition des armes tut ï remis entre leurs mains.
I Toutes les délégations avaient trouvé k s'installer plus roa moins à l'aise dans la ville de Tours, dont la population
se trouva presqne doublée par le ilux et te reflux des L BoUiciteurs et des délégués et envoyés des villes et des y provinces venus de tous les poinu de la France à ce qou- I veau siège du gouvernement. Crémieux et les bureaux de [ la justice occupaient une partie de l'archevêché et du I palais do justice. Laurier et les bureaux de l'intérieur, I l'administration des postes et des télégraphes, et les l&uraaui de la sûreté publique s'étaient installés s la
préfectare. M. Silvy et les bureaux de rkistnictioD publique s'étaient cantonnés au lycée, M. Jules Lecesne et sa commission d'armement, an petit séminaire. L'amiral FourichoD, ses états-majors et ses employés de la marine et de la guerre, s'étaient naturellement casés à l'hôtel du maréchalat, construit à l'époque où l'empereur, x>ur museler la France, l'avait divisée en grands prox)nsulats militaires.
Seul, l'infortuné Glais-Bizoin n^ayait pas tronvé de demeure digne d'un membre du gouvernemeni. Sa situation (le triumvir ambulant, ayant tout au plus un pied-à-terre au lycée, donnant audience à l'hôtel de Bordeaux ou sur les trottoirs de la rue Royale, allant fréquemment de Tarcheyéché à la préfecture, était pour lui un thème de fines plaisanteries. Mais elle n'ajoutait nen, tant s'en faut, au prestige et au sérieux qui lui manquait pour jouer le rôle d'un homme d'État, tenant dans ses mains séniles les pouvoirs et les destinées du pays, et échapper an ridicule qui, chez nous, discrédite et tue les hommes et les gouvernements.
Ainsi, c'était à un triumvirat de vieillards pacifiques, nullement révolutionnaires et à peine républicains, que les hommes dn 4 septembre avaient donné mission de fonder la république en province et d'organiser la guerre pour faire tète à l'iuvasion !