L'EXPLICATION DE LÀ LOI
POURQUOI L'iDÉE INCLINE A l'àCTE
À rechercher l'explication des faits que nous venons d'établir, il y a autre chose qu'un intérêt de curiosité : nous ne comprendrons bien la portée de la loi et ses applications pratiques que si nous en avons pénétré le mécanisme.
Nous croyons qu'il faut rejeter, non pas comme erronées toujours, mais comme toujours insuffisantes, comme trop superficielles, toutes les explications physiologistes ou psychophysiologistes. Quand on aura démontré que les énergies apportées du dehors par les nerfs afférents doivent achever leur cycle et retourner à la périphérie par les nerfs efférents; ou bien quand on aura prouvé que toute idée s'accompagne d'une image
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et que l'image n'est qu'un mouvement commencé, on aura constaté sous une autre forme les faits que nous avons signalés; on aura indiqué peutêtre comment les faits se produisent; mais on n'aura rien dit du pourquoi^ on n'aura pas dévoilé leur raison d'être.
Pour trouver cette raison dernière, il faut, broyons-nous, aborder franchement l'explication téléologique ou, si l'on veut, ontologique.
A la connaissance spirituelle correspond la volonté libre; mais à la connaissance sensitive correspond l'appétit fatal. Or, dans l'homme, toute idée se mélange de sensation : voilà pourquoi toute idée en lui provoque fatalement une poussée de l'appétit vers l'acte correspondant.
Telle est l'explication que nous croyons devoir exposer avec quelques détails, pour la justifier et, par la suite, en tirer des conclusions pratiques.
L'être intelligent agit toujours en vue d'une fin, et, à la mesure de son intelligence et de son pouvoir, il proportionne son œuvre à cette fin, il en fait un moyen pour son but1. Dieu est intelligent, et il a donc agi en vue d'une fin ; son pouvoir est sans limite comme son intelligence, et il n'a donc pas manqué ses œuvres, mais les a, au contraire, parfaitement adaptées à ses intentions.
1. Cf., par exemple, pour la démonstration de ce principe, Th. de Régnon, la Métaphysique des c#wm, î|v, VJ Bf»
L'être tout entier ayant été créé par lui pour sa fin, il e*t tout entier un moyen efficace combiné pour l'atteindre, et donc il est fait tout entier pour y tendre activement, pour agir en conséquence, agere sequitur esse. Par suite, tout ce qui déploie son activité en ce sens, tout ce qui l'épanouit, tout ce qui l'harmonise, tout ce qui l'adapte pratiquement avec sa destinée lui convient, c'est-à-dire lui est bon1. Puisqu'il est fait pour agir ainsi et qu'agir ainsi lui est bon, il est donc fait pour chercher son bien.
Mais chez les êtres vivants, le bien peut varier avec les circonstances; précisément parce qu'ils varient eux-mêmes. Ce qui leur est bon maintenant, ce qui leur convient ne leur conviendra plus tout à l'heure, parce que tout à l'heure ils ne seront plus tout à fait les mêmes. Leur unité est complexe. Au lieu que l'atome de matière, sous toutes ses métamorphoses, reste invariable dans son entité physique et peut donc correspondre à sa destinée par une activité toujours identique à ellemême, le vivant, en restant toujours un, modifie sans cesse, dans le tourbillon vital, les rapports de ses éléments, les détails de son être, et doit donc modifier en proportion, pour l'adapter à sa fin, les modes de son activité. Voilà pourquoi le
1. La convenance est, en effet, la définition même du bien : Bonum est convenientia, ens in quantum conveniens, id quod convenir
POURQUOI I.'lDtiK INCLUSE A L?ACTE fi
besoin d'agir, qui reste en permanence dans sa nature, parce qu'elle reste toujours faite pour cherther son bien, doit être sans cesse, parce que ce bien varie, modifié dans ses applications, précisé par une sorte de mise au point perpétuelle. C'est pour faire cette mise au point que Dieu a donné aux vivants la connaissance; c'est l'idée qui a la mission d'indiquer au fur et à mesure quel est le besoin, la convenance, le bien du moment, et par suite l'acte à accomplir1.
Mais pour prévoir les actes qui vont suivre l'idée, il nous faut distinguer trois sortes d'êtres conscients :
Au bas de l'échelle, il y a les brutes.
Leur connaissance est essentiellement organique. Sans doute, elle suppose autre chose que l'organe matériel; l'œil le plus parfait, quand la vie se retire, ne voit plus. Mais, inversement, la vie la plus robuste, si l'œil est détruit, ne peut plus voir.
Toutes les connaissances de la bête, si elles sup-
1. Dans l'atome de matière, cette mise au point vient des cir constances extérieures, parce que ce sont elles seules qui se modifient et que lui reste intact. Dans la plante, les modifications intimes suivent un, cycle restreint, les besoins restent sensiblement les mêmes ; c'est leur dosage qui varie, et le mouvement des saisons suffit à y pourvoir sous la direction de cet architecte, ou plutôt de cet entrepreneur babile, mais qui a reça tous ses plans d'ailleurs, et qui s'appelle la vie.
Les expériences de Brondgeest prouvent que le muscle s'affaisse quand on coupe le nerf sensitif. En physiologie comm an psychologie, nil volitum quin praecognitum ; l'adaptation auï biens variables de l'individu doit être, c'est la condition iuài& pensable, dirigée par la connaissance.
posent quelque chose de simple, d'unifié, un ensemble de faits contradictoires aux lois de la matière, supposent aussi, dans leur entité même, quelque chose détendu et donc de matériel. 11 en résulte ce caractère spécial, qu'elles sont nécessairement concrètes. Non seulement elles viennent par les senc, mais elles y restent ; non seulement elles sont excitées par un contact matériel, mais elles en vivent, sans jamais prendre leur vol plus haut vers l'idée abstraite ; et si elles peuvent se combiner ensemble, c'est toujours en se touchant par les bords, pour ainsi dire, et en s'immergeant dans la matière. On ne verra jamais les animaux, en prévision de l'avenir, aménager des installations de force électrique, réserver pour les semailles une partie de leur nourriture, faire des émissions de billets de banque, ou organiser des sociétés en commandite. Si matérielles que soient ces opérations, il y a des idées intermédiaires dont les animaux sont incapables, des idées qu'on a tirées des sensations, mais comme on tire Tordu minerai, en le séparant de sa gangue ; des idées abstraites, prises dans la matière, mais immatérialisées par l'esprit et transportées en dehors du temps et de l'espace , tandis que celles des animaux restent nécessairement sensibles et concrètes, limitées à l'empreinte laissée sur l'organe, sans être décomposées par l'analyse, ni transformées par le remords pu l'idéal , ai scindées en représentations diverses