‹ Le gouvernement de soi-même (volume 2)Chapitre 22 sur 91 · COMMENT L'IDÉE INCLINE A L'ACTE · texte numérisé non relu

COMMENT L'IDÉE INCLINE A L'ACTE

autres cellules, celles du squelette, des glandes, des muscles, une fois spécialisées dans leur rôle, n'en sortent plus, et on peut dire qu'en général elles ne se souviennent guère et ne s'éduquent pas » ; mais les neurones, qui ont pour mission de veiller à tout et de tout diriger, se souviennent, chacun de ce qui le concerne, et montrent de plus en plus d'empressement et de facilité à reproduire les actes accomplis. Or, on a compté — et sans doute on en a oublié beaucoup — six cents millions de neurones. Grâce à leur mémoire particulière et à leur activité de plus en plus excitable, il leur arrive souvent d'additionner en grande partie leurs forces pour mieux faire aboutir l'acte correspondant, surtout quand il est représenté, non plus dans la sensibilité particulière de telle ou telle cellule, mais dans la sensation consciente qui résume et coordonne la sensibilité actuelle de l'organisme tout entier.

Les neurones, en effet, sont hiérarchisés dans leur propre caste. Chacun a sa place et son rôle dans le nerf, chaque nerf dans le groupe, et le groupe autour d'un centre qui le régit; les centres euxmêmes sont reliés entre eux et dominés par un ensemble de cellules maîtresses capables de recueillir, de résumer et de coordonner, comme le miroir de la chambre noire, les impressions de tout le système nerveux ; elles sont le siège, ou mieux, l'écran où

I, Cf. Reaaut, tirid., U §q.

se peint le reiîet organique de l'idée consciente •• Et puisque tout neurone impressionné doit, directement ou à travers d'autres neurones, réagir sur les muscles ou les cellules glandulaires qui déclenchent les actes; à plus forte raison, les neurones supérieurs, maîtres de tout l'organisme, vont-ils traduire en actes leurs propres impressiono; et si peutêtre, la première fois, chaque neurone intermédiaire devant être tiré de son inertie, la force s'épuise un peu sur la route, la mémoire cellulaire rendra les expériences suivantes de plus en plus faciles; de sorte qu'en maintenant et en répétant Pidée avec persévérance, on finira par diminuer peu à peu toute résistance appréciahle ; si bien qu'une simple ébauche de l'idée première pourra suffire, un jour ou l'autre, pour mettre en jeu toute la sériejusqu'àl'acte. Même, si la répétition de l'idée s'accentue et se prolonge, il ne sera plus nécessaire que le mot d'ordre parte du sommet de la hiérarchie : une impression reçue au hasard par un neurone quelconque et répercutée dans un centre ira, de là, dans les cellules musculaires, par exemple, susciter l'acte correspondant. C'est le cas, probablement, de certains réflexes transmis par l'hérédité; et c'est évidemment le cas des réflexes ou des aenu-reflexes créés par l'habitude.

L'acte, en échappant ainsi à ia conscience, n'eu

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