LISE LECTURES
à fait le même, s'il n'avait pas lu tel r ou tel ouvrage1. » Pour beaucoup, c'est trop peu dire : ils ne sont plus du tout les mêmes ; leur vie en a été changée de fond en comble2. Si nous en croyons leurs aveux, leur correspondance ou leurs mémoires, c'est dans la lecture que la plupart des hommes, célèbres dans le bien ou dans le mal, ont trouvé leur vocation ; c'est elle qui a fait saint Augustin et saint Ignace de Loyola; c'est elle qui a fait George Sand et Musset, comme c'est elle qui a faitTropmaiVRavachol et tant d'autres assassins de grande envergure ; c'est elle aussi qui continue sous nos yeux à fournir des clients aux prisons et à la guillotine. « Ce sont les mauvaises lectures qui m'ont conduit ici ! tous les directeurs et aumôniers de prisons, tous les magistrats ont reçu des aveux semblables3. » En face du crime ou du suicide, « pour en trouver la cause, il ne suffit pas dédire : Cherchez la femme; il faut souvent aussi chercher le livre4.» «Les plus grands bienfaiteurs et les plus grands malfaiteurs de l'humanité, ce sont les livres5. »
i. P. Bourget, Essais de psychologie contemporaine, Préface.
2. « Vous avez changé ma vie, il fallait donc aussi changer mon sort »; iit à ses livres une des héroïnes de G. Sand. Les livres ne peuvent pas changer notre sort; mais ils peuvent, en changeant notre vie, nous empêcher d© le remplir.
3. Proa*, op. cit. y 410. Cf. les chap. x et xi. — Cf. 1t. Joly, les Lectures dans les prisons de la Seine; — Bethléem, Romans à lire et Romans à proscrire, Masson Cambrai* 2* éd ., 1905, p. 38.