‹ Le gouvernement de soi-même (volume 2)Chapitre 35 sur 91 · LIS LECTURES · texte numérisé non relu

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part de ceux qui la subissent n'ont jamais ouvert les œuvres de ces écrivains et ne savent peut-être pas leur nom. Ils ne vont pas boire cette doctrine à sa source, mais dans les canaux dérivés, dans les livres d'accès plus facile où l'ont délayée les littérateurs. Pratiquement, elle n'eût pas été assimilable à la foule sous sa forme primitive. Elle aurait eu besoin d'être méditée dans le recueillement, à petites doses, avec une longue persévérance. Or, les lecteurs, au moins de nos jours, ne méditent guère ; on n'aime pas assez l'effort et on a trop de livres ; on papillonne, on ne butine plus ; on lit au hasard et en courant ; le doigt, sans s'arrêter, tourne les pages, le regard glisse à peine sur les mots et l'esprit ne peut donc y prendre que des idées à fleur des sens. Aussi est-ce le roman qui a la vogue1. Mais, précisément, c'est lui qui, toutes choses égales d'ailleurs, a le plus d'influence sur les actes.

Parce que les idées qu'il remue sont à fleur des sens, elles y retournent très vite ; tout l'art du

1. Livres lus, en 1891, dans les bibliothèques municipales de Paris : 1.277.436, dont 625.489 roman», cçusx de Zola tenant la tête (D'après V Univers du 24 février 4892). Dans un chef-iieu d'arrondissement, la bibliothèque, qui est bien montée, a reçu, en un an, 35 lecteurs, qui ont demandé 2.444 volumes, dont les deux tiers sont des romans et le troisième tiers pas beaucoup plus sérieux (D'après les Annales politiques^ 17 août 1902, article de G. d'Esparbès).

11 se publie, en France, environ 3.500 romain chaque aimi* (D'après Bethléem, op. ci*.» S€).

romancier consiste à mettre son idée en images, à la sensibiliser, à la faire marcher, à la faire vivre, donc à Vincarner; il l'encadre aussi dans une série de milieux, de personnes et de gestes différents ; il la répète dans un défilé d'épisodes dramatiques, dans des dialogues enflammés où toutes les passions -r.hantent toute leur gamme, et elle devient ainsi riche et complexe. C'est donc en faveur d'une telle idée un coefficient de force psychologique énorme (Tableau, p. 121, 1, 1§), et on est mal venu à dire de ces lectures : « A moi, cela ne fait rien. » Il est fatal que cela fasse quelque chose.

D'autant plus que le coefficient du sujet (p. 122, I, 2°) est fatalement augmenté ici de toute son irréflexion. Les idées ou même les doctrines entrent dans la conscience tout de go, derrière les faits imaginaires qui se déroulent, sans être discutées ni presque remarquées, et se font leur place à leur fantaisie. Cela peut mener très loin, surtout dans des consciences à synthèse inachevée ou fragile, chez les êtres jeunes ou impressionnables; et, si je ne prends pas cette décision à mon compte, du moins je comprends les sages, comme M. R. Bazin1, ou les autres en leurs jours de sagesse, comme J. Janin2, déclarant qu'il n'y a pas de romans écrits pour la jeunesse, et dans la pratique lui défendant

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