US THEATRE
n'est pas étonnant qu'on y constate des délires en ovations et en tout autre genre, et des batailles pour les motifs les plus futiles, comme à Hernani. Il n'est pas étonnant, quand la pièce est au service des grandes causes, qu'elle précipite les auditeurs, prêts à tous les sacrifices, vers les autels de la Patrie, comme au temps d'Eschyle ; ou, comme au temps de Bornier et de la Fille de Roland, qu'elle relève des vaincus et les fasse prêts à l'espérance. Il n'est pas étonnant que les mystères du moyen âge ou la Passion d'Oberammergau aient tiré tant de nobles larmes des yeux des spectateurs, ou que les abominations mises au compte des religieux dans Electra aient soulevé en Espagne des émeutes contre les couvents. Il importe peu que les idées soient justes, pour soulever la foule, au théâtre ; il suffit que psychologiquement elles soient fortes, et, pour peu qu'il se rencontre quelque talent chez les auteurs ou les acteurs, elles seront fortes.
Il s'agit donc, quand on va au théâtre, de choisir une pièce dont on veut traduire en actes l'impression d'ensemble ; car il y a beaucoup de chances pour qu'un tel résultat s'en suive, et, s'il ne s'en suit pas, c'est qu'on aura combattu pour y échapper. Ce n'est pas de bonne guerre de se jeter au péril sans nécessité et sans autre espoir que de s'en tirer indemne, peut-être, et à force de courage.
136 LE GOUVERNEMENT DK SOI-MÊMB