‹ Le gouvernement de soi-même (volume 2)Chapitre 5 sur 91 · Automat · texte numérisé non relu

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2. Les ouvrages spéciaux abondent en faits de ce genre. Il est clair que les expériences se rapprochent de celles de la catalepsie, dans la mesure même où l'on réussit à isoler pratiquement

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mettent d'étendre nos constatations jusqu'aux pensées proprement dites.

Non seulement l'hystérique entend, voit, touche, mais il comprend aussi. Par la parole ou par le geste, on peut lui communiquer mieux qu'une sensation, on peut lui suggérer une pensée, un ordre, un conseil ; et parce que la synthèse mentale, qui devrait coordonner ces idées et les juger en les éclairant les unes par les autres, est très faible; parce que la volonté, qui devrait défendre le moi contre une mainmise étrangère, est presque abolie; il est à prévoir que toute pensée sera généralement admise sans discussion et pourra évoluer sans résistance. Or, on constate qu'elle se termine toujours dans un acte. «Voici un oiseau», dit l'expérimentateur; et le sujet a compris, il a l'idée abstraite, la pensée1 d'un oiseau; cette pensée provoque rapidement chez lui un souvenir, une image, puis une sensation ; il voit l'oiseau imaginaire à la place qu'on indique; et fatalement cette sensation le pousse à agir; il se lève, il s'em-

la sensation ou du moins à la soustraire à la réaction des idéer concomitantes.

4. Peut-être, en certains cas, ce mot n'éveille-t-il que des images, et non des pensées, dans l'esprit du sujet ; mais il y a d'autres cas où certainement la pensée entre en jeu, par exemple si l'opérateur dit : Vous verrez un oiseau, quand j'aurai frappé tant de fois dans mes mains; ou dans dix minutes, etc. 11 faut une pensée pour comprendre ces ordres compliqués et pour leur obéir. Or de telles expériences sont fréquentes. Cf., par exemple, H. Bernheim, De la suggestion, et Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotisme.

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parc de l'oiseau, il le caresse ou lui donne du grain. « Le voilà qui s'envoie», dit l'expérimentateur, et le malade se précipite à la fenêtre. «Asseyez-vous. » — Et il s'assied. — « Levez-vous. » — Et il se lève ; et ainsi de suite, quelle que soit l'idée qu'on lui suggère, si bizarre ou si compliquée qu'on la suppose.

On dit à une malade qu'on lui place sur la poitrine un vésicatoire à forme d'étoile à six branches : «J'ai tout le temps pensé k votre sinapisme», dit-elle pendant le sommeil hypnotique. On la réveille, eïle n'y pense plus; mais la pensée de tout à l'heure a eu le temps df> laisser sa trace dans la sensation et celle-ci dans les nerfs, et les nerfs font leur métier, et au bout d'un certain temps la poitrine porte la trace d'une étoile à six branches1.

On dit à une autre qu'elle est Napoléon ou Marie-Antoinette, ou telle actrice à elle connue, ou bien qu'elle se trouve en telle année, qu'elle a tel âge, dix ans par exemple : aussitôt l'attitude et les paroles s'harmonisent avec l'idée que la malade se fait du personnage; elle agira en actrice, en reine, en empereur, en petite fille, aussi long-

1. « Il ne suffit pas de dire que cette rougeur est due à l'excitation d'un nerf vaso-moteur ; car il n'y a pas dj nerf qui se distribue précisément à cet endroit sous forme d'une étoile à six branches. C'est une excitation partielle et systématique de plusieurs nerfs, que je ne puis comprendre sans l'intervention d'une pensée qui coordonne ces excitations. » (P. Janet, op. cit., 361.)

Faits tirés de l'hystérie 89

temps qu'on lui laissera cette idée, qu'on ne l'effacera pas par une idée contraire. Et cette idée, d'abord abstraite, puis concrétée par quelques traits essentiels, se développe spontanément, s'enrichissant de toutes les idées connexes et commandant de plus en plus tous les détails de la parole, du geste et de la conduite. Voilà bien, dans la pensée de l'hystérique comme dans la sensation du cataleptique, le triple caractère que nous avons signalé : tendance à l'acte, à la persistance, au développement.

Il va sans dire que l'hystérique peut aussi se suggestionner lui-même. L'idée qui tombe dans cette conscience agit, quelle que soit son origine, à la mesure de sa force, et le résultat se mesure à la valeur de cette force, défalcation faite des résistances rencontrées. Or, le rétrécissement du champ de conscience, en supprimant la plupart des idées antagonistes, et le manque de volonté en faisant très fragile la synthèse, réduisent presque à rien ces forces de résistance ; et la vitalité consciente du sujet, si faible qu'elle soit, n'ayant à se partager qu'entre un petit nombre de phénomènes, peut, le plus souvent, donner à chaque idée qui passe, d'où qu'elle vienne, une poussée vigoureuse, qui, si notre thèse est juste, devra la précipiter vers les actes.

Et c'est bien, en effet, ce que montre l'expérience. Ces personnes offrent, en dehors de leurs

périodes d'atonie, une extrême volubilité de paroles. A peu près tous les auteurs le constatent. Elles montrent alors, dit l'un d'eux1, « db véritables accès de logorrhée, s'exprimant parfois par un débordement de cris, de chants», et, au besoin, «de paroles grossières et d'injures». «Elles parlent, dit un autre2, avec une loquacité et une animation étonnantes... Leurs lettres sont verbeuses et diffuses; elles renferment, la plupart du temps, des phrases sonores et retentissantes. Les digressions y abondent, ainsi que les mots soulignés ou écrits en gros caractères», tout ce qui indique le retentissement immédiat de l'idée sur les actes.

Et c'est là, sans doute, qu'il faut voir la principale explication des mensonges qu'on reproche à l'hystérique. A l'ordinaire, il ne songe pas à mentir et ne songe même pas qu'il ment ; mais il « dit ce qui lui vient à l'esprit, sans autre préoccupation3 ». Un besoin irrésistible de gesticuler, de marcher, d'agir s'ajoute à celui de parler4, et leur activité extérieure présente le même caractère que leur langage. Elle est « extrêmement rapide et comme instantanée ; aussitôt l'idée conçue, il faut

1. Culierte, Traité pratique des maladies mentales, Baillière, 1890, chap. sur l'Hystérie, p. 472.

2. Dallemagne, Dégénérés et Déséquilibrés, Alcan, 1895, p. 432 et suiv., rapportant l'opinion de Legrand de Saule.

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