Voilà pourquoi
Ou né dort pas quand on a trop d'esprit.
Pour dormir, il faut ne plus avoir d'esprit, ne plus réfléchir, ne plus raisonner juste. — Et pour s'endormir, quand le sommeil ne vient pas, le procédé consiste à fixer son attention sur un seul point, pour faire s'évanouir tout le reste, et à faire ensuite s'évanouir l'attention elle-même, en l'usant, c'est-à-dire en la fixant sur une sensation ou une image qui, par sa répétition monotone, impressionne de moins en moins la conscience et finisse par lui échapper. Par exemple, on s'endort en écoutant le bruit — réel ou imaginaire — d'un jet d'eau ou du tic tac d'un moulin. On sait que, pour les mêmes raisons, les manouvriers — et aussi quelques autres personnes — s'endorment très vite en faisant une lecture ou en écoutant un discours. On dit alors qu'ils « ne peuvent pas soutenir l'attention ». C'est quelque fois la faute du livre ou de l'orateur.
On aura remarqué la très grande analogie qu'il y a entre ce procédé pour amener le sommeil ordinaire, et celui des passes, du point brillant, etc., pour amener le sommeil hypnotique. — Cf. ci-dessus, p. 115, note. La « misère psychologique» des sujets rend le succès facile pour l'hypnose; mais le travail de la journée, l'usure des organes qui en résulte, la fatigue de l'attention rapprochent les êtres normaux de ces conditions et expliquent le succès des mêmes procédés pour 1« sommeil ordinaire.
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tension psychologique1. » « L essence du rêve2 est d'être absurde...; la volonté du rêveur a un caractère fatal, c'est une impulsion3. » « On constate tour à tour... des traits propres à l'idiotie, à la démence sénile, à la manie aiguë4. » Les idées surgissent au hasard des moindres impressions5, sans être appelées, ni choisies, ni discutées; elles s'imposent, si absurdes qu'elles soient; elles vont et viennent sans cohésion ni discipline, imprécises, fugaces, emmêlées comme les nuages que fouette le vent, puis se disloquant peu à peu, s'évanouissant, pour ainsi dire, en une brume insaisissable et finissant par échapper à toute prise du moi conscient6.
Tels sont les rêves.
Or la rêverie no s'en distingue, disions-nous, que parce que le rêveur alors ne s'endort pas. Il lui reste donc le minimum d'attention qui sépare la veille du sommeil, qui empêche la pensée et le vouloir de se dissoudre; mais le lien est relâché presque entièrement; la pensée s'abandonne, le
i. Pierre Janet, Psychosthénie, p. 498.
2. Pris dans ie sens strict : le rêve qu'on fait en dormant, «ynonyme de songe.
3. Grasset, Clinique, 77. Les rêves « appartiennent au psychisme inférieur, au polygone » (78).