LA PARESSE ST LÀ RÊVERIB
porte1, celui qui est fait tout entier d'égoïsme brutal et à très courte vue.
La raison avait la tâche de guider les instincts, de les asservir pour s'en servir, pour les coordonner vers son but; mais elle ne fait plus sentir le joug, et ils se débandent, chacun tirant à soi (Cf. p. 15 sq.). Il n'y a plus que les habitudes, dans la mesure où elles sont devenues fatales, qui puissent encore les ten-ir en respect et défendre contre l'animalité quelques-unes des positions précédemment conquises. En définitive, comme le corps, dans le sommeil, prend une position uniquement déterminée par les lois de la pesanteur, ainsi l'activité dans le rêve : rien ne la soulève plus, elle est livrée à la loi de moindre résistance, aux forces fatales s'équilibrant entre elles; en d'autres termes, aux tendances inférieures ou aux habitudes passées à l'état de nature, aux instincts ou à l'automatisme.
Il s'en suit que, du moins à l'ordinaire, c'est l'affection dominante qui va orienter le rêve2. Cela revient à dire que c'est le défaut dominant. Nos vertus, môme les plus solidement ancrées par l'habitude, ont généralement besoin d'être appuyées par la raison et le vouloir pour s'exercer
i. A. Fouillée, Tempérament et Caractère, Alcan, 1895, p. 84 et suiv.
2. Cf. Maine de Biran, Œuvres philosophiques t publiée» pa? Cousin, Ladrange, 1841, lî, p. 248 a25S.
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en des actes positifs. Quand il s'agira donc, non plus de résister, mais d'agir, d'entraîner et d'orienter, selon la combinaison des forces, l'activité fatale, il est à prévoir que nos instincts seront plus forts que nos vertus ; et que si quelque circonstance particulière peut, une fois ou l'autre, donner la prépondérance à tel ou tel instinct, c'est l'instinct ou le défaut dominant qui, en général, dominera, et entraînera la rêverie dans son orbite.
Aussi est-ce l'avantage — le seul — que peut nous offrir, après coup, la rêverie, de nous faire connaître notre défaut dominant. Si, à l'ordinaire, elle nous entraîne vers des visions d'orgueil, nous sommes des orgueilleux; si elle nous entraîne vers des visions de sensualité, nous sommes des sensuels, et ainsi du reste.
Quoi qu'il en soit, il est aisé de voir que les idées que suscite la rêverie seront très près des instincts, très incarnées, très riches des expériences accumulées par notre défaut dominant, et par conséquent très agissantes de leur nature, très efficaces pour conduire aux actes correspondants.
Par ailleurs, la prépondérance de l'imagination dans la rêverie précipite de façon exceptionnelle l'association des idées; la pensée, presque éteinte, n'exerce aucune vigilance, aucun contrôle, et n'oppose plus aux idées nouvelles, par l'antagonisme spontané des idées préexistantes, une sorte de frein 01* ,rarrêt automatique. Et, enfin, il n'y a