LA PARESSE ET LA RÊVERIE
pas d'arrêt volontaire, puisque la liberté ne fonctionne plus.
De sorte que, non seulement les idées que suscite la rêverie seront presque fatalement les plus malsaines, mais encore elles envahiront la conscience dans des conditions qui se rapprochent de leur maximum d'efficacité, coïncidant, chez le sujet, avec le minimum de résistance (Voir le tableau, p. 121,1).
Ce bilan n'est même pas complet; mais nous sortirions de notre cadre si, après avoir montré l'application de nos principes au fait de la rêverie, nous voulions ajouter l'influence déprimante qu'exerce l'habitude sur l'intellectualité, le caractère et là sentimentalité du rêveur. Il saute aux yeux, du moins, que quelqu'un qui passerait sa vie à dormir ne développerait pas beaucoup son esprit, sa volonté ni son cœur. Or, à ce point de vue, la rêverie ne vaut pas mieux que le rêve. Les mêmes causes produisent les mêmes résultats. La rêverie étiole et déséquilibre l'intelligence en la déshabituant de l'activité normale; elle rabaisse et la fausse en la laissant se complaire aux images floues et abs"p4es; tandis que c'est le goût, le besoin de la vérité et de la précision qui est la marque authentique de toute intelligence forte ou même de toute intelligence cultivée.' — Le caractère, *îe vouloir ne se trempe pas, mais se dissom avec l'habitude de la rêverie. Quand un roi « règne et
ne gouverne pas », il n'est pas loin d'être détrôné, et « on ne se pose qu'en s'opposant ». La volonté du rêveur ne s'oppose à rien ; elle laisse faire, se contentant de sentir vaguement qu'elle pourrait empêcher, et qu'elle pourra se ressaisir. Elle l'essayera trop tard, si elle l'essaye. Elle s'affaiblit dans l'inaction, pendant que les instincts grandissent par l'exercice, et, ayant pris l'habitude d'en faire à leur fantaisie, il est à craindre qu'ils ne la gardent. — Le cœur, enfin, vaut surtout par son dévouement délicat; mais délicatesse et dévouement sont faits de l'attention au bien ou au plaisir d'autrui et de la volonté de se gêner pour y pourvoir: or la rêverie supprime, nous l'avons vu, cette attention et cette volonté, et, comme elle fait prévaloir sur la pensée l'imagination, sur la volonté F instinct, elle remplace donc la délicatesse et le dévouement par l'égoïsme.
— La rêverie est pourtant une chose très douce, va-t-on dire, et en voilà une de plus dont il faut se priver!
— L'eau est agréable en été; mais, quand on sait qu'elle porte la mort ou la maladie avec elle, on s'en prive.
Et d'ailleurs la vie active a ses douceurs aussi, plus grandes que celles du rêve, lequel ne console. . . qu'en rêve. Et le rêve a ses amertumes, plus grandes que celles de l'action. Il remue le fond malsain qui est en nous et, comme la paress*, en