LES FRÉQUENTATIONS
dégage !es mauvaises fièvres, qui rendent triais. « On n'a jamais vu, dit-on, de portefaix mélancoliques. » Ils n'ont pas le temps de rêver.
Le remède à la rêverie est donc une vie occupée. Il est même bon de se faire, à côté de la tâche que le devoir impose, une occupation aimée, à laquelle on revienne d'une pente naturelle, aux heures lourdes où l'on est incapable d'effort. Elle servira de dernier refuge contre la rêverie.
IJBS FRÉQUENTATIONS. — l/ AMITIÉ. — LA MUSIQUE
Il est inutile de signaler nos fréquentations: nul ne met en doute leur influence sur la conduite; « dis-moi qui tu hantes... » et
L'on apprend à hurler, dit l'autre, avec les loups.
Mais il est bon de constater que nos fréquentations atteignent leur maximum d'influence quand c'est Yamitié qui les inspire, et qu'il faut donc apporter un grand soin au choix de nos amis. Or, « nous mettons tous nos soins à examiner le chien ou le cheval que nous désirons acquérir, nous nous informons de sa généalogie, de son éducation.
de son caractère ; tandis que trop souvent nous abandonnons presque au hasard le choix de nos amis ». Et cependant c'est « un choix d'une importance infiniment supérieure, puisque notre vie entière peut en être influencée en bien ou en mal * ». L'amitié multiplie, avec les entretiens, les échanges d'idées; elle les fait voir, par l'admiration qu'elle inspire, sous un jour favorable; elle les rend sympathiques, en remue fréquemment le souvenir, entraîne a Timitation et emporte peu à peu les deux existences dans le même orbite. Après avoir pensé, on finit par vouloir et par agir de même : Eadem velle, eadem nolle, ea demum firma amicitia est, disaient les Anciens.
La musique, par l'ébranlement qu'elle donne à l'imagination, aux sens et aux nerfs, et par l'imprécision même de son idée — une sorte de brume intellectuelle où le rêve du moment trouve toujours à se faire un manteau grand à sa taille et souple à son caprice, — la musique agrandit la sensation présente, réveille celles qui sont endormies, en fait surgir qui s'ignoraient, les unit ensemble, les emmêle, les échauffe, les transforme. C'est une fée. Elle est bienfaisante ou malfaisante, selon les heures, et surtout selon le tempérament ou le passé de l'artiste.
i. J. Lubbock, le Bonheur de vivre, trad. fraoç., Alc&n, 189if p 10.
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