LES AMBIANCES
Les ambiances et la nourriture, circumfusa et ingesta, voilà, disent les médecins, ce qui fait le tempérament. Les psychologues constatent que les idées confuses se réunissent aux idées claires
— les ambiances à la mentalité, les circumfusa aux ingesta — pour faire le tempérament moral.
Le cadre où s'écoule notre vie, l'ameublement, les tableaux, la tenue des personnes, le ton général, l'agitation ou le calme, la joie ou la tristesse ambiantes, tous ces circumfusa constituent une sorte d'atmosphère morale qui a son importance,
— l'importance qu'a pour les poumons la qualité de l'air qu'ils respirent. Peut-être ils ne la remarquent pas, mais elle compte, et entrera pour sa part dans la vigueur du sang. De même ces influences ambiantes peuvent ne pas être aperçues, elles le sont bien souvent, et il n'est pas rare d'en entendre l'aveu ; mais si elles ne le sont pas, il suffit qu'elles infiltrent telles ou telles impres-, sions, pour qu'elles aient à la longue leur contrecoup sur la conduite. Les nuages en passant
laissent tomber la pluie sur la montagne. Les eaux se ramassent et s'écoulent à gros bouillons par les torrents. Mais les torrents ne prennent pas tout; les racines des arbres, les feuilles, les broussailles retiennent un peu des eaux de pluie et les gouttelettes qui suintent du brouillard ; une partie de cette humidité peu à peu s'évapore et retourne aux nuages; le reste s'infiltre dans le sol et disparaît; mais très loin de là peut-être, dans la plaine, une source jaillit qui est son ouvrage. Ainsi des idées qui passent sur notre âme : souvent on les voit pleuvoir, pour ainsi dire, et s'écouler par les chemins connus ; mais il y en a d'autres qui suintent de toutes nos ambiances, cheminent inaperçues, se rencontrent et s'unissem pour créer un courant qui, un jour ou l'autre, affleure la conscience et ne demande qu'à jaillir dans des actes.
C'est pour mettre à profit cette loi que les moines gravaient, sur les murs de leurs cellules, des sentences ou des images leur rappelant « les grandes vérités ». C'est encore dans le même esprit que nos aïeux érigeaient un peu partout des calvaires ou des madones, et qu'ils réservaient aux grands hommes rappelant de grands exemples l'honneur de donner leurs noms aux rues et aux places publiques. Nous avons un peu changé tout cela, et il ne faudrait pas recommander sans discernement à l'imitation de la jeunesse les « grands hommes » choisis maintenant pour cet usage, ni l'attitude